Chocapic hyperprotéiné et pâtes protéinées : trop de protéines ?
Entre 2020 et 2024, le chiffre d’affaires des produits hyperprotéinés a été multiplié par plus de cinq, passant de 70 millions d’euros en grandes et moyennes surfaces à 380 millions en 2024, selon une étude d’Intotheminds. Selon un rapport du Sénat en 2025, 85 % de la population consomme plus de protéines que l’apport nutritionnel recommandé.
On ne sait pas encore ce que donnera le hantavirus, mais une autre épidémie frappe nos supermarchés : les produits hyperprotéinés. Selon une étude d’Intotheminds, leur chiffre d’affaires a été multiplié par plus de cinq entre 2020 et 2024, passant de 70 millions d’euros en grandes et moyennes surfaces à 380 millions en 2024.
Au départ limitée au rayon yaourt, avec l’engouement pour le skyr dès 2020, la tendance aux produits enrichis en protéines s’est répandue dans tous les rayons. Quel produit n’a aujourd’hui sa variante super-protéinée ? Lait, pâtes, biscuits ou même céréales Chocapic… Tout a sa formule « supplément prot’ ». Les consommateurs en achètent de plus en plus : trois quarts de la population auraient déjà acheté un produit enrichi en protéines.
**Veni Vici healthy**
La première explication réside dans la vague *healthy* et ses idées reçues. « Il y a l’idée que si vous mangez des lipides, vous prenez du gras, mais que si vous mangez des protéines, vous prenez du muscle… Les choses sont plus complexes », analyse Marie-Eve Laporte, enseignante-chercheuse à Paris-Saclay et spécialiste de l’évolution du comportement alimentaire. Sur les réseaux sociaux, les protéines sont souvent présentées comme la base d’une « alimentation santé ». « On ne pense pas qu’on peut manger trop de protéines, ou qu’en tout cas, on se dit qu’en surconsommer n’apportera rien de grave », complète Sandrine Doppler, experte en marketing alimentaire.
À l’inverse, les matières grasses et le sucre sont diabolisés. « Si vous enlevez les glucides et les lipides, il faut bien que votre produit contienne quelque chose », analyse Anne-Laure Laratte, diététicienne connue sur les réseaux sociaux sous le pseudo de Miamologue. Il ne reste donc que le dernier macronutriment : la protéine.
**Le règne de l’alimentation-solution**
Pourquoi ne pas simplement acheter du blanc de poulet et du tofu au lieu de chercher des céréales à la prot’ ? Sandrine Doppler explique : « On a un consommateur de plus en plus flemmard et qui veut une alimentation-solution. Il veut un plat déjà hyperprotéiné, plutôt que cuisiner son repas équilibré. »
Le temps consacré à cuisiner et, plus généralement, aux repas s’est considérablement réduit : les pauses déjeuner sont passées de 98 minutes en moyenne en 1973 à 38 minutes en 2024, selon l’Insee. Souvent, l’acheteur n’est pas tant un pigeon, mais plutôt une victime volontaire : « Après ma séance de sport ou au travail, je me descends un yaourt à boire hyperprotéiné, avoue Anthony, 32 ans. Ça coûte trois euros 50, je sais bien que c’est de l’arnaque, mais c’est pratique. »
**Une population qui mange déjà trop de protéines**
De nombreux influenceurs sur les réseaux sociaux, notamment sportifs, affirment sans relâche que la population ne mange pas assez de protéines. Anne-Laure Laratte balaie cette contre-vérité : « Au contraire, les Français consomment trop de protéines par rapport à leurs besoins. » Pour la majorité de la population, il est recommandé de consommer entre 0,8 et 1 gramme de protéines par kilo. Or, selon un rapport du Sénat en 2025, 85 % de la population en consomme plus que l’apport nutritionnel recommandé.
« Bien souvent, les gens résument la protéine à la viande », regrette la nutritionniste. Or, on en trouve dans tous les aliments, à l’exception des fruits et légumes. Aux yeux de Marie-Eve Laporte, seuls les seniors, les sportifs et les personnes souhaitant réduire leur consommation de viande peuvent avoir des carences. Ces groupes, rappelle la chercheuse, sont tous trois dotés d’un pouvoir d’achat élevé.
**L’arnaque marketing**
La folie des protéines représente avant tout un business rentable. « C’est une très bonne façon de « premiumiser » des produits et de faire flamber leur prix », affirme Sandrine Doppler. En moyenne, un produit protéiné coûte 20 à 100 % plus cher que sa version classique, selon l’étude d’Intotheminds. Le Babybel enrichi en prot’ augmente de 30 %, le lait de soja Alpro de 50 %. Quant aux pâtes protéinées, elles sont 80 à 180 % plus chères.
Il s’agit souvent d’une question de marketing. Les apports nutritionnels du skyr, par exemple, ne diffèrent que très peu de ceux d’un Petit-Suisse ou d’un fromage blanc 0 %. Pourtant, présenté comme un produit healthy et protéiné, il coûte 30 à 50 % plus cher. « De nombreux produits n’ont que peu de sens en version protéinée », poursuit Anne-Laure Laratte. Elle cite l’exemple du beurre de cacahuète : la version enrichie contient 30 % de protéines… sauf que la version « normale » en contient 27 %.
**Comment ne pas se faire avoir ?**
Pour éviter d’être victime du marketing, Anne-Laure Laratte avance trois conseils :
– Se demander si la différence en protéines est vraiment significative.
– Regarder le prix au kilo et comparer avec la version « normale ». Généralement, la différence de prix est bien plus importante que celle des protéines.
– Se demander enfin – et surtout – si c’est vraiment de cette manière qu’on veut consommer ses protéines. « Par exemple, ce n’est pas vraiment le rôle des pâtes. »
Les expertes affirment que cette tendance ne devrait être que passagère. « Les modes alimentaires durent peu, estime la nutritionniste. En revanche, quand elles apparaissent, elles prennent toute la place… »

