Belgique

Plafonnement de l’indexation des salaires : Bouchez affirme indexation si inflation > 2%

Le gouvernement De Wever a opté pour un plafonnement de l’indexation des salaires en 2026 et en 2028, permettant une indexation jusqu’aux premiers 4000 € brut par mois. Selon le professeur Jean-François Husson, limiter l’indexation au-delà d’un certain montant est une solution défendable dans une situation budgétaire difficile.


Pour diminuer les coûts salariaux des entreprises et renflouer les caisses de l’État, le gouvernement De Wever propose un plafonnement de l’indexation des salaires en 2026 et en 2028.

Si la loi-programme est adoptée par la Chambre, les salaires seront indexés jusqu’à 4000 € brut par mois. Cette mesure s’appliquera également aux pensions et allocations sociales dépassant 2000 € brut par mois.

« Le déficit est trop important. Il faut faire des choix, et on a dit que l’ensemble des personnes qui gagnent moins d’argent devaient continuer d’avoir 100% de leur indexation. Par contre, ceux qui gagnent au-delà de 4000 euros brut, admettons 5000 euros brut, auront 80% de leur indexation. Ceux qui gagnent 10.000 € n’auront que 40%« , a déclaré sur le plateau de « QR le débat » le président des Engagés, Yvan Verougstraete.

Comment fonctionne le plafonnement si l’inflation dépasse 2% ?

Que se passera-t-il si l’inflation dépasse 2% ?

« Si l’inflation est trop élevée, au-delà de 2%, alors dans ce cas-là vous retrouvez votre pleine indexation. J’entends qu’il y a des craintes par rapport aux crises de l’énergie. Ce qui est prévu dans l’accord de gouvernement, c’est que l’on plafonne cela à 2%, c’est-à-dire l’inflation traditionnelle. Si on a une inflation supérieure, on parle de 4%, alors vous retrouvez une indexation sur tout votre salaire« , a répondu le président du MR Georges-Louis Bouchez.

Une adaptation est prévue, mais les salaires dépassant 4000 € brut ne seront pas totalement indexés à 4%.

Prenons l’exemple d’un secteur ayant une indexation de 3%, comme l’avance l’UCM, l’Union des Classes Moyennes. Si une personne gagne 4500 € brut par mois :

– Une indexation de 2% sur les premiers 4000 €, selon la règle du plafonnement (soit 80 €)
– Puis une indexation supplémentaire de 1% sur l’ensemble du salaire de 4500 €, conformément au système d’indexation classique (soit 45 €).

Ainsi, le travailleur sera donc indexé à hauteur de 125 € et non 135 € comme cela aurait été le cas sans le plafonnement.

Le plafonnement de l’indexation va-t-il coûter aux entreprises ?

Les employeurs craignent que le plafonnement de l’indexation engendre des coûts importants : 1,1 milliard d’euros supplémentaires par an à partir de 2029.

Pourquoi cette inquiétude ? Le projet de loi inclut une contribution de modération salariale que les employeurs devront verser pour une partie des économies réalisées par le biais de l’indexation des salaires. Cela pourrait se transformer en une charge permanente, augmentant ainsi les coûts salariaux.

« Le gouvernement donne d’un côté et reprend de l’autre. On fait les choses à l’envers« , déclare Jean-François Husson, professeur de finance et politique publique à l’UCLouvain. Selon lui, il est légitime de limiter l’indexation lorsque l’État fait face à des difficultés budgétaires. « C’est une moins mauvaise solution que de faire un saut d’index« , estime-t-il.

Cependant, il ajoute : « Au-delà de ça, la façon dont le calcul doit être opéré est kafkaïenne. Les secrétariats sociaux vont mettre du temps à adapter leurs logiciels pour deux indexations partielles, ce qui coûtera cher. Et les secrétariats sociaux répercuteront ces coûts sur les entreprises. C’est sans compter tous les problèmes internes des entreprises avec des travailleurs multi-emplois, etc. C’est l’exemple même de la mauvaise solution en termes de mise en œuvre, même si l’on peut comprendre et valider l’idée. »

« Si l’un des objectifs était de récolter de l’argent, il y avait d’autres manières plus faciles et équitables d’y arriver. Par exemple, en n’indexant pas les barèmes fiscaux pour les revenus les plus élevés« , conclut l’économiste Philippe Defeyt.