Guerre en Ukraine : la paranoïa de Poutine face aux menaces.
Vladimir Poutine a renforcé sa sécurité, interdisant à son personnel proche de posséder un téléphone avec Internet. En 2023, les services ukrainiens ont lancé la rumeur de sosies employés par le Kremlin pour éviter au président russe de se montrer en public.
Vladimir Poutine ressent-il une véritable menace ? Selon un document d’un service de renseignement européen qui a fuité dans la presse, notamment sur CNN et le Financial Times, le président russe aurait renforcé sa sécurité personnelle et celle de ses proches. Ce renforcement se traduit par un protocole de sécurité accru autour de sa personne. Par exemple, ses cuisiniers, gardes du corps et photographes sont désormais interdits d’utiliser les transports en commun.
Le personnel de l’entourage proche de Poutine ne peut pas posséder de téléphone avec Internet. De plus, le président a limité ses déplacements et, d’après certains journalistes, il passerait de plus en plus de temps dans des bunkers sécurisés. Bien que le rapport n’ait pas été authentifié, Carole Grimaud, doctorante en Sciences de l’information et communication et spécialiste en géopolitique russe, rappelle qu’il « n’y a pas de fumée sans feu » et que la paranoïa de Poutine n’est pas récente.
Une paranoïa ancienne
Depuis la pandémie de Covid-19, Vladimir Poutine s’est déjà isolé. En 2024, les autorités russes continuaient de tester les participants aux événements publics, selon Pierre Lévy, ancien ambassadeur en Russie. Depuis le début de la crise sanitaire, le président russe a également passé beaucoup de temps dans ses résidences secondaires en dehors de Moscou, et pour dissimuler sa localisation, son bureau au Kremlin a été reproduit à l’identique.
Les précautions entourant la vie de Vladimir Poutine ne se sont pas assouplies avec le déclenchement de la guerre en Ukraine. En 2023, des services ukrainiens faisaient même circuler des rumeurs selon lesquelles des sosies auraient été engagés par le Kremlin pour éviter que Poutine ne soit aperçu en public. Récemment, des journalistes d’investigation ont remarqué des modifications dans les duplicatas de son bureau officiel. Carole Grimaud précise que « cela laisse à penser qu’il y a eu des travaux ou qu’il s’agit de nouveaux bureaux dans une quatrième adresse inconnue », alimentant ainsi la supposition qu’il pourrait se trouver dans un bunker.
Des ennemis à portée de drones
Vladimir Poutine est dans une situation de tension à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Loin de vaincre l’adversaire ukrainien, il est désormais vulnérable face à des drones, capables de frapper même au cœur de la Russie. Les services ukrainiens ont démontré leur aptitude à orchestrer des assassinats ciblés de généraux et de figures proches du pouvoir, renforçant le climat de danger autour du président russe, dont l’une des résidences a déjà été touchée par des drones envoyés par Kiev.
Cependant, le danger le plus sérieux pourrait venir de l’intérieur, selon Vera Grantseva, politologue et enseignante à Sciences Po Paris. Elle souligne la dégradation politique, économique et sociale, avec la flambée des prix du gaz et du pétrole, l’inflation et un taux de la banque centrale à 20 %. Les problèmes, longtemps sous-estimés, s’accumulent, et la population russe ne perçoit pas de solutions. Le manque d’espoir et l’absence de vision d’avenir sont considérés comme des menaces. Les coupures d’électricité et d’Internet aggravent la situation, touchant non seulement les civils, comme l’affirme Carole Grimaud.
Le passé a prouvé qu’un coup de force contre Vladimir Poutine n’est pas impossible. La tentative d’Evgueni Prigojine, ancien chef du groupe Wagner, en 2023, en est une illustration. « Le pouvoir a certes désamorcé la bombe, mais il a montré que c’était possible », analyse Carole Grimaud. De plus, Prigojine a pu traverser quatre régions russes sans rencontrer de résistance. Si une telle situation se reproduisait, « le régime a bien vu que les régions n’allaient pas le défendre », explique Vera Grantseva.
Le propre des régimes autoritaires
Il est important de noter que, même dans les régimes autoritaires, l’opinion publique a son importance. « Il faut s’appuyer sur un soutien intérieur : plus l’opinion publique est mécontente, plus les élites prennent conscience que le dirigeant, Vladimir Poutine, peut devenir plus un danger qu’un atout pour elles-mêmes », poursuit Vera Grantseva. Ces raisons alimentent la crainte de Poutine face à une concurrence potentielle, notamment de prétendants plus jeunes au pouvoir, susceptibles de contester sa légitimité.
Cette ambiance de paranoïa ne découle pas seulement du contexte actuel, mais est également inhérente à la nature même des régimes. « Tous les régimes autoritaires sont paranos, et plus ils durent, plus leur paranoïa augmente ; chaque année, elle s’accentue », résume Vera Grantseva. Avant Poutine, Staline avait déjà une obsession pour le complot. À l’heure actuelle, Kim Jong-un est un autre exemple, car il ne quitte jamais la Corée du Nord en avion et ne voyage que dans son train blindé.

