Belgique

Josep Borrell : « L’Union européenne n’a pas été conçue pour aujourd’hui »

Josep Borrell déclare que « cette Union européenne, celle que nous avons, n’a pas été conçue pour le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui ». Il souligne également que « à 27, avec l’unanimité, on n’ira pas plus loin » et qu’il faut « chercher un autre noyau ».


Josep Borrell, ancien vice-président de la Commission européenne, s’est exprimé lors d’une grande conférence à Bruxelles sur les problèmes internationaux liés aux conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. Il a critiqué l’Union européenne, la qualifiant d’inadaptée aux enjeux géopolitiques contemporains.

« Cette Union européenne, celle que nous avons, n’a pas été conçue pour le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, » a déclaré Borrell. « Les règles de décision ne sont pas compatibles avec l’accélération de l’histoire. On continue à vouloir décider à l’unanimité sur des événements qui vont trop vite, très importants et on arrive presque jamais à un accord. » Il a noté qu’il n’existe pas de position unifiée de l’Union sur des questions comme la guerre en Iran, laissant chaque État agir indépendamment. « On n’est pas très relevant pour la politique internationale, » a-t-il affirmé.

Concernant le dossier iranien, Borrell a rappelé ses négociations infructueuses pour relancer l’accord de Vienne de 2015, qui visait à limiter le programme nucléaire iranien en échange d’un assouplissement des sanctions. Cet accord a été conclu le 14 juillet 2015, mais les États-Unis s’en sont retirés en 2018 sous la présidence de Donald Trump. Borrell a noté que, suite à cette décision, « Trump allait faire un cataclysme en Iran… Et maintenant, on dirait qu’il est en train de prier pour que le détroit d’Hormuz soit ouvert, parce que le monde ne peut pas se passer d’Hormuz, qu’il le veuille ou pas. »

Il a poursuivi : « C’est dommage pour tout le monde. Parce que ça ne va pas donner plus de sécurité à Israël, ça ne va pas donner plus de liberté au peuple iranien, et ça ne va pas donner aux Libanais la paix dont ils en ont besoin. C’est une grosse bêtise. » Borrell reste pessimiste concernant l’avenir de l’accord, soulignant que l’accord de Vienne marchait et que Trump a souhaité une « reddition inconditionnelle » de l’Iran.

En ce qui concerne Israël, Borrell a critiqué la position peu claire de l’Europe et a soutenu celle de l’Espagne, dont le président Pedro Sanchez a qualifié la guerre en cours à Gaza de « guerre illégale ». « Soit le droit international vous préoccupe, soit vous vous en foutez complètement, » a-t-il déclaré. « Cette guerre-là, elle ne répond pas à une menace imminente, quoique Trump dise. »

Josep Borrell a également évoqué la nécessité pour l’Union européenne de rechercher d’autres alliances, citant l’accord du Mercosur comme un exemple d’opportunité économique et géopolitique. « On est arrivé à un accord bon du point de vue économique et même du point de vue géopolitique pour l’Europe, » a-t-il déclaré. Il a insisté sur la nécessité d’une action collective efficace, affirmant qu’il fallait créer une « Union dans l’Union » pour avancer au-delà des freins liés à l’unanimité, permettant ainsi à ceux qui souhaitent aller plus loin dans l’intégration politique, économique et militaire de le faire.