Belgique

Participation des pays non-européens à l’Eurovision : pourquoi ?

Il y a septante ans, le tout premier concours Eurovision de la chanson s’ouvrait avec sept pays : la Belgique, la France, la Suisse, le Luxembourg, l’Italie, les Pays-Bas et l’Allemagne. Aujourd’hui, 56 pays sont membres de l’UER, l’Union européenne de radiotélévision, dont certains payent jusqu’à 500.000 euros pour participer à l’Eurovision.


Il y a soixante-dix ans, le premier concours Eurovision de la chanson était lancé. Sept pays y participaient : la Belgique, la France, la Suisse, le Luxembourg, l’Italie, les Pays-Bas et l’Allemagne. Aujourd’hui, 35 pays prennent part à cet événement. Des artistes, comme la candidate australienne Delta Goodrem, voyagent même des milliers de kilomètres pour se rendre à Vienne, alors que le concours était à l’origine conçu pour rassembler uniquement les pays européens.

Dans les années 50, un nouveau mode de diffusion télévisuelle a permis de partager des émissions entre les pays européens. Ce réseau est nommé « Eurovision », et il est à l’origine du concours de la chanson. Fabien Randanne, journaliste culturel pour « 20 minutes », souligne : « Le nom Eurovision est contre-intuitif parce que quand on l’entend, on a tendance à penser Europe. Or, le concours Eurovision de la chanson n’est pas réservé au seul continent européen. L’Eurovision, c’est avant tout le nom d’un dispositif technique qui permet de retransmettre en direct un événement. »

Pour participer à l’Eurovision, il faut être membre de l’Union européenne de radiotélévision (UER), ce qui est le cas de 56 pays actuellement.

Organiser un tel événement, retransmis en direct, coûte entre 20 millions et 40 millions d’euros par édition. Les plus petits pays doivent payer environ 100 000 euros pour participer, tandis que les « Big Five », regroupant les pays les plus importants, investissent environ 500 000 euros par Eurovision.

En s’ouvrant au-delà des frontières de l’Europe, l’événement atteint une plus grande audience, attire davantage de spectateurs et diversifie ses sources de revenus. Vincent Bayer, responsable presse de la délégation belge à l’Eurovision, explique : « Ce sont des enjeux d’audience essentiellement. Plus c’est retransmis, plus c’est vu dans un plus grand nombre de pays. Et donc, qui dit audience, dit enjeux financiers. »

« United by music » est le slogan de l’Eurovision. Cependant, chaque pays a ses propres raisons de participer au plus grand concours de chant en direct au monde. L’année dernière, l’événement a rassemblé plus de 166 millions de personnes. Participer à l’Eurovision permet ainsi d’assurer une certaine visibilité.

Fabien Randanne précise : « Pour des pays, et je pense par exemple à des petits pays qui ne sont pas les plus mis en avant, l’Eurovision, c’est vraiment l’occasion d’être mis en lumière. Je pense particulièrement à Saint-Marin. C’est quasiment le seul moment où on entend parler de ce micro-état enclavé en Italie. »

Pour d’autres nations comme l’Australie, c’est une occasion de rejoindre une grande fête pop et extravagante. Par contre, pour des pays comme Israël, l’objectif peut être plus politique. Le journaliste déclare : « On est clairement dans le soft power, la diplomatie par la culture. C’est le fait d’exister sur la scène internationale. Il y a aussi une volonté de montrer quelque chose du pays dans le contexte actuel et c’est aussi cela qui crispe. »

Depuis des décennies, l’Eurovision fait monter sur scène des artistes du monde entier. Vincent Bayer résume cela : « L’Eurovision n’est pas un concept géographique, c’est un concept médiatique. » Cette année, des pays comme l’Australie, l’Azerbaïdjan, l’Arménie et Israël montent sur scène. Dans le passé, la Turquie et le Maroc avaient également participé à l’Eurovision. Vincent Bayer ajoute : « C’est tout à fait ouvert. Et ce sont des discussions avec l’Union européenne de radiodiffusion qui sont, entre autres, conditionnées par le succès du concours et par les audiences. Plus le nombre de pays participants est important, plus cela va générer des recettes. »

Il est envisageable que d’autres pays rejoignent ce mouvement. Fabien Randanne anticipe : « Je pense notamment au Kazakhstan qui participe à l’Eurovision Junior. Il y aurait aussi des discussions avec le Canada qui auraient été entamées. » Une rumeur qui intrigue le spécialiste : « Il y a eu des Canadiennes comme Natacha Saint-Pierre pour la France ou Céline Dion pour la Suisse qui ont marqué le concours. Mais on ne peut pas dire que l’Eurovision soit très connue au Canada, même si un intérêt du diffuseur existe, et il se pourrait que l’on voit le Canada participer dans les deux ou trois prochaines années. »