Tunisie

Palais de Carthage : Priorité aux examens nationaux et réformes de l’enseignement

Le Président de la République, Kaïs Saïed, a reçu, lundi au palais de Carthage, les ministres de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, de l’Emploi et de la Formation professionnelle, ainsi que des Technologies de la communication, pour discuter de la préparation des examens nationaux et de la réforme de l’éducation. Selon le ministère de l’Éducation, 647 cas de fraude et de comportements inappropriés ont été enregistrés lors de la session principale du baccalauréat le 22 juin 2025, contre 821 cas en 2024.

La préparation des examens nationaux et la réforme de l’éducation par le biais du Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement ont été au centre des discussions entre le Président de la République et les ministres de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, de l’Emploi et de la Formation professionnelle, ainsi que des Technologies de la communication.

La Presse — Dans le but d’assurer les meilleures conditions de réussite aux examens nationaux à l’approche de la fin de l’année et de garantir l’égalité des chances pour tous, sans aucune distinction, le Président de la République, Kaïs Saïed, a reçu, lundi au palais de Carthage, les ministres concernés.

Cette rencontre a porté sur les réformes envisagées dans le domaine de l’éducation via le Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement, que le Chef de l’État considère comme un pilier essentiel du développement national et de la stabilité du pays. Ce conseil a été établi selon le Décret-loi n° 2024-2 du 16 septembre 2024. Il a pour mission de créer un cadre consultatif afin de coordonner les différents systèmes éducatifs et joue un rôle fondamental dans l’amélioration du système éducatif.

Conférer plus de crédibilité au système éducatif

À ce sujet, Kaïs Saïed a donné des instructions pour assurer une préparation optimale des examens à tous les niveaux. Il est évident que cela passe inévitablement par le renforcement des dispositifs de lutte contre la fraude aux examens, ce qui explique la présence du ministre des Technologies de la communication à cette réunion.

Ce phénomène suscite actuellement l’inquiétude des autorités compétentes, qui soulignent la nécessité de renforcer les mécanismes de contrôle et de prévention, tout en adaptant les outils techniques et organisationnels aux nouvelles méthodes de fraude électronique.

Un exemple récent illustre cette vigilance accrue des autorités. Suite à des rumeurs d’une possible fuite de l’épreuve d’informatique du baccalauréat blanc dans le gouvernorat de l’Ariana, le ministère de l’Éducation a décidé de remplacer le sujet initial, la veille de l’examen, pour préserver l’égalité des chances entre les candidats.

Intervenant sur une radio privée, Zakaria Dassi, directeur général du Centre international de formation des formateurs et d’innovation pédagogique, a confirmé, lundi 11 mai, que les autorités prenaient ces soupçons très au sérieux dès les premières alertes, réaffirmant l’importance de garantir la transparence et la crédibilité du système éducatif, surtout à l’approche des examens nationaux.

Toujours dans ce même registre, le ministre de l’Intérieur, Khaled Nouri, avait annoncé en avril dernier, devant l’Assemblée des représentants du peuple, le démantèlement de plusieurs réseaux spécialisés dans la fraude au baccalauréat. Selon lui, ces réseaux utilisaient des moyens technologiques sophistiqués, comme des stylos équipés d’écouteurs et des dispositifs Bluetooth, pour faciliter la triche lors des examens. Cette opération est en ligne avec les efforts des autorités pour lutter contre la fraude électronique et préserver l’intégrité des examens nationaux.

Pour mémoire, le ministère de l’Éducation avait aussi annoncé, le 22 juin 2025, avoir enregistré 647 cas de fraude et de comportements inappropriés lors de la session principale du baccalauréat. Ces cas étaient répartis entre 433 dans les établissements publics, 143 dans les établissements privés et 71 parmi les candidats libres. En comparaison, lors de la session principale du baccalauréat de 2024, 821 cas de fraude avaient été notés selon les données du ministère.

C’est dans ce contexte que le Chef de l’État a souligné la nécessité d’assurer une préparation rigoureuse des examens à tous les niveaux. Les tentatives de fraude ou de fuite des sujets sont, en effet, susceptibles de nuire à la crédibilité du système éducatif et de créer des tensions, étant donné l’importance particulière que les familles tunisiennes accordent aux examens nationaux, surtout au baccalauréat.

L’éducation, un levier de cohésion sociale

Lors de cette rencontre, le Chef de l’État a aussi insisté sur le fait que l’avenir du pays repose largement sur l’établissement d’un système éducatif national accessible à tous «sur un pied d’égalité», non seulement dans les documents, mais surtout dans leur mise en œuvre.

Il a souligné l’importance de garantir une véritable égalité des chances entre les différentes catégories sociales et entre les régions du pays, dans un contexte où les disparités en matière d’infrastructures éducatives, d’encadrement pédagogique et d’accès aux moyens technologiques pourraient creuser les inégalités scolaires.

Cette approche montre également la volonté de faire de l’éducation un levier de cohésion et de garantir le rôle de l’école en tant qu’ascenseur social. La réforme du système éducatif ne peut pas se limiter à des dispositions législatives ou à des déclarations de principe, elle doit se traduire par des mécanismes d’application efficaces et des politiques publiques capables d’assurer les mêmes opportunités de réussite à tous les apprenants.

La sécurité nationale éducative

Au cours de cette réunion, le Chef de l’État a également affirmé que la création du Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement, institution prévue par la Constitution, «ne relève pas du hasard», mais émane d’une conviction profonde de l’importance stratégique de ce secteur en tant qu’élément clé de la sécurité nationale. Cela conduit au concept de «sécurité nationale éducative», en lien avec la lutte contre divers crimes commis à l’intérieur ou à proximité des établissements éducatifs ou via les plateformes numériques liées à la vie scolaire.

Il convient de noter qu’une proposition de loi relative à la «sécurité nationale éducative» a été déposée à l’Assemblée des représentants du peuple en février 2026. Le texte prévoit un durcissement significatif des sanctions pour plusieurs crimes commis en milieu scolaire, tels que le trafic de drogue et les agressions sexuelles contre des mineurs. La loi considère l’établissement scolaire comme un espace bénéficiant d’une protection spécifique.
Le texte prévoit également la création d’une direction spécialisée au sein du ministère de l’Intérieur, chargée de suivre les crimes liés aux établissements scolaires ainsi que l’élaboration d’une stratégie nationale comprenant un accompagnement psychologique et des programmes de prévention.

À cet égard, le Chef de l’État a affirmé que les travaux se poursuivent sans relâche pour permettre au Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement d’entamer rapidement ses activités et d’engager les réformes nécessaires à tous les niveaux du système éducatif, conformément aux attentes du peuple tunisien.

«L’ignorance n’est pas synonyme d’analphabétisme au sens communément admis. C’est plutôt l’expression d’un manque de libre pensée, voire d’une aliénation intellectuelle», a-t-il conclu.
Le véritable enjeu de l’éducation ne réside pas uniquement dans l’acquisition de connaissances, mais aussi dans la capacité des individus à réfléchir de manière autonome et à se protéger contre toute forme de manipulation ou d’aliénation intellectuelle.