Maroc

Hantavirus : Rester vigilant, ne pas céder à la psychose.

En mai 2026, le navire de croisière MV Hondius, transportant environ 150 touristes de 23 nationalités, a été impliqué dans un incident sanitaire après la mort de trois passagers, ce qui a suscité l’intervention de l’OMS et de plusieurs gouvernements européens. Le gouvernement marocain a refusé l’atterrissage d’un avion d’évacuation sanitaire en provenance du Cap-Vert transportant deux patients suspectés d’être infectés par le Hantavirus, conformément aux mécanismes de vigilance sanitaire établis.


Le monde n’a pas encore surmonté la pandémie de Covid-19 que la menace d’un nouveau virus émerge, avec une intensité alarmante. Au début de mai 2026, un navire de croisière naviguant dans l’Atlantique Sud a été le théâtre d’un incident sanitaire qui a immédiatement attiré l’attention de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de plusieurs gouvernements européens et de nombreux médias à l’échelle mondiale.

Trois passagers du MV Hondius, un navire de croisière, sont décédés lors d’une traversée de l’Atlantique, selon la compagnie maritime « Oceawide Expéditions ». L’OMS a soupçonné un possible foyer de Hantavirus à bord, un virus pouvant provoquer un syndrome respiratoire aigu. Parti d’Ushuaïa, en Argentine, pour se diriger vers le Cap-Vert, le navire transportait environ 150 touristes de 23 nationalités.

**Qu’est-ce que le Hantavirus ?**

Les Hantavirus représentent une large famille de virus présents sur tous les continents, principalement chez les rongeurs sauvages, notamment les campagnols, mais aussi, plus rarement, chez d’autres animaux comme certaines chauves-souris, reptiles ou poissons. Chaque Hantavirus est généralement associé à une espèce animale précise. Chez ces hôtes naturels, l’infection est souvent asymptomatique, mais le virus peut se transmettre à l’homme. La létalité varie selon les régions et les espèces virales en cause, atteignant jusqu’à 50 % des cas. À l’échelle mondiale, on estime qu’entre 10.000 et 100.000 cas apparaissent chaque année, touchant principalement l’Asie et l’Europe.

**Comment se contracte ce virus ?**

C’est là que se situe une différence majeure avec le Covid-19. Contrairement à ce dernier, il n’y a pas de transmission interhumaine dans des lieux tels qu’un café ou un bus bondé. Les Hantavirus se transmettent à l’homme par l’intermédiaire de rongeurs sauvages infectés, qui excrètent le virus par la salive, l’urine et les excréments. Une morsure, un contact avec ces animaux ou leurs déjections, ainsi que l’inhalation de poussière contaminée peuvent menacer de provoquer une infection.

« Ce qui doit absolument être dit au grand public, c’est que ce virus ne se transmet pas comme une grippe », déclare le Dr Redoine Oukid, anesthésiste-réanimateur. « On ne l’attrape pas en serrant la main de quelqu’un, en toussant, en prenant le métro. La contamination se fait presque exclusivement par contact avec des rongeurs infectés — leurs excréments, leur urine, leur salive », précise-t-il. Il ajoute que « la transmission interhumaine est extrêmement rare et ne concerne qu’une seule souche, le virus Andes, localisée en Amérique du Sud. Nous sommes très loin de cette réalité ici ».

En réalité, celui qui nettoie une vieille grange, qui part en randonnée et doit passer la nuit dans un refuge mal entretenu, ou qui travaille dans les champs ou les forêts est le plus exposé. Les activités à risque incluent le nettoyage d’espaces clos ou mal ventilés, l’agriculture, les travaux forestiers, ou encore le fait de dormir dans des lieux infestés de rongeurs.

**Quelle est la situation au Maroc dans ce contexte ?**

La question est devenue particulièrement pertinente lorsque le Maroc a été directement impliqué dans cette « affaire » de manière inattendue. Un avion d’évacuation sanitaire en provenance du Cap-Vert et à destination des Pays-Bas, transportant deux patients suspectés d’être infectés par le Hantavirus, a été contraint de se dérouter suite à une panne du système d’isolement à bord. Le plan de vol initial incluait une escale de ravitaillement à Marrakech, mais les autorités marocaines ont refusé cet atterrissage. Ce refus a été motivé par les mécanismes de vigilance sanitaire établis depuis la crise du Covid-19, illustrant un réflexe de précaution plus qu’une réaction de panique.

Bien que cette décision ait pu surprendre, les experts en santé publique la comprennent. Il vaut mieux refuser une escale que de risquer d’éventuelles contaminations sur le territoire national. Cependant, le Maroc ne cède pas à la panique. Le directeur de la Direction de l’épidémiologie et de la lutte contre les maladies au ministère de la Santé a été clair et ferme à ce sujet.

« Soyons clairs : le Maroc n’est pas en danger. Le ministère de la Santé a évalué le risque à un niveau faible à très faible », explique le Dr Redoine Oukid. « Ce n’est pas un discours rassurant de façade, c’est la réalité épidémiologique. Aucun cas n’a été détecté sur notre territoire, et les conditions de transmission du virus ne réunit pas, dans notre contexte, les facteurs d’une propagation », ajoute-t-il.

Les autorités territoriales de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima ont organisé, la semaine dernière, plusieurs réunions de sensibilisation dédiées au Hantavirus et à l’état de la situation épidémiologique mondiale et régionale. Cette approche prudentielle est géographiquement sensée, car cette région est la plus proche du foyer européen et dispose des meilleures connexions avec les flux de voyageurs venant d’Espagne. À cet égard, Mouad Mrabet, coordinateur du Centre national des opérations d’urgence de santé publique, a affirmé que les autorités sanitaires sont prêtes à détecter rapidement de possibles cas suspects et à veiller à leur prise en charge.

Actuellement, aucun protocole spécifique n’a été mis en place aux points d’entrée du territoire marocain. Ainsi, même si la surveillance a été renforcée, la vie se poursuit normalement et sereinement.

Pour le Dr Redoine Oukid, « il faut mettre les choses en perspective ». « Le Maroc a traversé le Covid-19, il a géré des épisodes de grippe saisonnière, de dengue importée. Nos structures de santé publique ont prouvé leur capacité de réponse », souligne-t-il. « Aujourd’hui, les autorités sanitaires ont déjà intensifié la surveillance dans les ports et aéroports — non pas parce qu’il y a un danger, mais parce que c’est notre responsabilité d’anticiper », précise le spécialiste.

En résumé, le Hantavirus n’est pas le Covid-19. Il ne se propage pas facilement d’un humain à un autre et ne se contracte pas dans un supermarché ou dans les transports en commun. Il provient de la nature, des rongeurs, des espaces ruraux et isolés.

Cependant, il nous rappelle une réalité que la pandémie a révélée de manière brutale : nous ne sommes jamais entièrement en sécurité. Un navire parti des glaces de l’Antarctique peut, de manière invisible, rapatrier un passager clandestin venu de lointaines époques biologiques. Ce scénario peut transformer une croisière de rêve en cauchemar médiatique mondial.

La vigilance, sans hystérie ! La prudence, sans paralysie ! C’est le message que les autorités sanitaires du Royaume du Maroc souhaitent transmettre au mois de mai 2026. Comme le rappelle notre interlocuteur, « la prévention contre le Hantavirus repose sur le bon sens : ne pas manipuler les rongeurs, nettoyer avec précaution les greniers ou caves infestés en portant un masque, bien aérer ». « Il s’agit de mesures d’hygiène élémentaires, pas de protocoles de guerre biologique. Pour le citoyen marocain lambda, le risque zéro n’existe pas en médecine, mais ici, on s’en approche fortement », conclut le Dr Redoine Oukid.

**Rachid Meftah**