France

Haute-Saône : Un ancien cadre du sport scolaire piégé en direct sur TikTok

Dominique B. a été placé en garde à vue suite à une vidéo diffusée en direct le 11 mai sur TikTok, au cours de laquelle il a échangé avec un streamer sous l’apparence d’une adolescente de 14 ans. Il a déjà été condamné en janvier 2025 à 18 mois de prison avec sursis probatoire pour des faits similaires, bien qu’il ait été relaxé pour détournement de mineur.


Dominique B. active la caméra de son téléphone. Cet homme d’une soixantaine d’années, au visage rond, affiche des cheveux gris clairsemés, une moustache assortie, des lunettes à fine monture métallique et des yeux clairs. Il est assis sur son canapé, vêtu d’un tee-shirt gris. « Ça ne te choque pas trop de me voir ? » interroge-t-il l’adolescente brune, en maillot du PSG, avec qui il converse en ligne.

En réalité, cette jeune fille à la voix douce, qui prétend avoir 14 ans, n’existe pas. Originaire de Haute-Saône, Dominique B. vient d’être piégé en direct par le streamer Finnyzyy, un jeune homme de 21 ans, reconnu pour traquer les « prédateurs » dans ses vidéos et utilisant l’intelligence artificielle pour modifier son apparence et sa voix. La diffusion, effectuée le 11 mai sur TikTok, a attiré environ 40 000 spectateurs.

Dans un communiqué, le procureur de la République de Vesoul indique que Dominique B. s’est présenté le lendemain au commissariat, où il a été placé en garde à vue. Son domicile a été perquisitionné et une enquête a été ouverte, confiée à la division de la criminalité territoriale de la police. Les investigations se poursuivent « afin notamment de procéder à l’exploitation des supports informatiques saisis et de vérifier les circonstances dans lesquelles cette vidéo a été réalisée », précise le magistrat, qui envisage de demander l’ouverture d’une information judiciaire. En attendant, la garde à vue de Dominique B. a été prolongée.

Au cours de leurs échanges en direct, le sexagénaire pose de nombreuses questions intrusives. Il interroge la « collégienne » sur le port d’un soutien-gorge, demande à voir son épaule nue, évoque des « nudes » envoyés sur Snapchat et s’enquiert de ses éventuels baisers avec des garçons. Il lui propose ensuite de l’emmener voir un match au Parc des Princes, à condition qu’elle accepte de l’embrasser. « Bah oui », rétorque-t-il lorsque la jeune fille exprime son inquiétude de devoir mentir à ses parents. Il tente de la mettre en confiance, déclarant : « À partir du moment où t’es d’accord, c’est pas interdit. » Et il ajoute : « À 14 ans, t’as des filles qui ont déjà fait l’amour, même avant. »

Ce n’est pas la première fois que Dominique B. est sous le coup de la justice pour des faits de ce genre. En janvier 2025, il a été jugé par le tribunal correctionnel de Vesoul. Selon le compte rendu d’audience de la radio Ici, il était accusé d’avoir envoyé des messages à caractère sexuel à des lycéennes de Lure, comme « j’adore les nageuses quand elles sortent de l’eau » ou « tu es plus proche des défilés de mode que du terrain de foot ». À la barre, il s’était dit « honteux ».

Bien qu’il ait été relaxé pour détournement de mineur, il a été condamné à 18 mois de prison avec sursis probatoire pour deux ans, ainsi qu’à une interdiction de travailler avec des mineurs. La perquisition de son domicile avait permis de découvrir des fichiers à caractère pédopornographique sur des clés USB. Me Marion Rongeot, l’avocate de Dominique B. lors de sa précédente condamnation, n’a pas répondu à nos sollicitations.

En 2020, lors de sa première interpellation, Dominique B. occupait plusieurs postes dans le sport scolaire en Franche-Comté. Organisateur des Jeux internationaux de la jeunesse, il exerçait diverses responsabilités au sein de l’UNSS et du Comité départemental olympique et sportif (CDOS) de Haute-Saône. Suite aux premiers signalements de parents de lycéennes, il a été suspendu et n’exerce plus aucune fonction dans l’institution depuis.

Dans un communiqué publié lundi, l’UNSS rappelle avoir agi « sans délai et sans complaisance » en favorisant la saisine de la justice. L’organisation assure que les faits reprochés sont « radicalement et irrémédiablement contraires » aux valeurs qu’elle défend, mentionnant des comportements incompatibles avec « le respect, l’intégrité et la protection de chaque élève ». Le CNOSF (Comité national olympique et sportif français) exprime également son « effroi » dans un communiqué diffusé sur X : « Si les faits nouvellement rapportés devaient être confirmés, ils seraient d’une gravité absolue. »

L’association « 211 Organisation », à laquelle appartient le streamer, défend ses méthodes dans un communiqué sur les réseaux sociaux. Ce collectif, qui prétend lutter contre la pédocriminalité en ligne, appelle toutefois à ne pas se faire justice soi-même. « Nous souhaitons que la violence n’ait pas lieu, même envers ce type d’individu », ajoute-t-elle, concluant : « Toute action illégale pourrait vous exposer à des poursuites judiciaires et nuire à l’ensemble de la démarche. »