Belgique

Manifestation nationale : syndicats critiquent réformes de l’Arizona et proposent des alternatives

Selon la zone de police de Bruxelles Capitale-Ixelles, 40.000 personnes ont participé à la manifestation nationale organisée par les syndicats qui, eux, établissent à 75.000 le nombre de manifestants. Les syndicats espèrent encore faire bouger les lignes alors que la Chambre attaque le débat sur la Loi-programme et que la réforme des pensions doit encore être votée.


Selon la zone de police de Bruxelles Capitale-Ixelles, 40 000 personnes ont assisté à la manifestation nationale organisée par les syndicats, qui, de leur côté, estiment le nombre de manifestants à 75 000. Depuis plus d’un an, les syndicats mobilisent régulièrement leurs membres contre les réformes du gouvernement fédéral.

Cette manifestation survient alors que la Loi-programme et la réforme des pensions sont à l’ordre du jour du Parlement.

Avant le départ du cortège, les dirigeants des trois syndicats ont une nouvelle fois critiqué les politiques du gouvernement. Bert Engelaar, président de la FGTB, le syndicat socialiste, a comparé l’Arizona à un garagiste « qui démonte une voiture pour la revendre en pièces détachées ». Il a déclaré : « Le droit de grève, les pensions, la sécurité sociale, tout est démonté méticuleusement par le gouvernement. »

Olivier Valentin, secrétaire national de la CGSLB, le syndicat libéral, met en avant que « ce sont des réformes qui vont appauvrir les citoyens à long terme », en soulignant la réforme des pensions. Il a ajouté : « On voit ce que le Bureau du plan a fait comme calculs. On voit que les fonctionnaires vont perdre beaucoup, les salariés vont perdre au milieu et les indépendants vont perdre un petit peu. Ces réformes ont un objectif uniquement budgétaire. Ce n’est pas un objectif d’améliorer la situation des personnes. »

Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC, le syndicat chrétien, est également critique. Elle déclare : « Quand on considère du côté du gouvernement qu’un contrat de travail d’une demi-journée par semaine est un travail convenable, je ne vois pas très bien en quoi ça améliorera d’une quelconque manière le quotidien des travailleurs, que du contraire. »

L’objectif des syndicats est de faire reculer le gouvernement sur les réformes qu’il prévoit d’appliquer. Sur certaines d’entre elles, le gouvernement a déjà été contraint de réviser sa position, comme pour la prise en compte de périodes assimilées dans le calcul des pensions.

Les syndicats espèrent obtenir des changements alors que la Chambre se lance dans le débat sur la Loi-programme et que la réforme des pensions reste à voter. Ils appellent à la conscience des députés, en particulier ceux de la majorité. Marie-Hélène Ska déclare : « Il y a 150 députés qui vont devoir se prononcer à la Chambre. Ce sont 150 personnes qui sont élues démocratiquement et qui vont devoir mesurer la responsabilité des choix qu’ils et elles posent. » Olivier Valentin ajoute : « Ce n’est pas uniquement le gouvernement qui décide. Vous, comme parlementaires, vous avez été élus par rapport à un programme, par rapport à un projet. Entendez ce qu’on a à faire passer comme message. »

Les syndicats encouragent à faire changer d’avis le gouvernement sur ses projets. Ils soulignent que des alternatives existent. Bert Engelaar rappelle : « On vient de présenter il y a deux semaines un plan où on peut trouver 21 milliards. Je sais bien qu’on ne va pas trouver les 21 milliards en une fois, mais c’est une sorte de menu. Que le gouvernement fasse son choix dans ce menu, mais en tout cas dire qu’il n’y a pas d’alternative, c’est mentir aujourd’hui très largement à la population et c’est la priver de toute possibilité d’un futur qui soit un futur meilleur. »

Il évoque également que « des économistes en Flandre qui ne sont pas toujours de gauche ont dit que le plan (des syndicats, ndlr) tenait la route. »

Quant à la source de financement de ces propositions, il déclare : « On veut une taxation des millionnaires », mettant en évidence l’écart entre la taxation des « travailleurs » et des « certains millionnaires ». Marie-Hélène Ska demande de « stopper le perçage des poches des recettes de l’État » et appelle à un débat parlementaire sur la fiscalité. Olivier Valentin soutient que « on a démontré qu’il est possible d’avoir des alternatives, d’aller chercher des moyens ailleurs, d’aller chercher des moyens auprès de ceux qui ont, comme on dit, les épaules les plus larges, mais aussi un certain nombre de niches fiscales. »

Les syndicats ont également dénoncé le « mépris » du gouvernement à l’égard de la concertation sociale. Le Groupe des 10, qui représente les patrons et les syndicats, a formulé une proposition alternative au plafonnement de l’indexation conformément aux souhaits de l’Arizona. Gert Truyens, président de la CGSLB, a déclaré : « Nous ne voulons pas d’un gouvernement qui vante la concertation sociale quand ça l’arrange et l’ignore quand ce n’est pas le cas. »

Le Groupe des 10 a présenté au gouvernement une alternative à l’indexation plafonnée des salaires et allocations, notamment pour les salaires allant jusqu’à 4 000 euros bruts et 2 000 euros pour les pensions et allocations. Le comité ministériel restreint doit encore se prononcer. Toutefois, le ministre des Affaires sociales, Frank Vandenbroucke, a déjà indiqué que le gouvernement De Wever opterait pour sa formule d’indexation partielle.

Les syndicats espèrent que la manifestation incitera le gouvernement à « retrouver ses esprits » et à envisager un report de la Loi-programme, permettant ainsi de « peaufiner plusieurs dossiers comme l’indexation plafonnée et la réduction des pensions », comme l’a déclaré Bert Engelaar. Il a déjà suggéré que l’opposition syndicale se poursuivra, si nécessaire, devant la Cour constitutionnelle ou le Conseil d’État.