«Â Jul vu par ses fans dans « Team Jul » : tous ont un avis»
Jul a sorti plus de 1.000 titres et 34 albums, et il a presque 200 certifications. Son documentaire « Team Jul » fait le point 10 ans après le début de sa carrière, sans interview face caméra de Jul, qui reste très discret médiatiquement.
On le surnomme « l’ovni ». Jul accumule des milliards d’écoutes en streaming, compte plus de 1.000 titres à son actif, a sorti 34 albums et a récolté près de 200 certifications. Il a également rempli 3 vélodromes et 1 Stade de France. Mais au-delà de ces chiffres, Jul est avant tout l’enfant de sa ville. À Marseille, les références à Jul se retrouvent souvent sur des graffitis, des affiches ou des slogans. Le « minot » du 5e arrondissement est désormais une figure internationale.
Avant ses deux concerts au Stade de France les 15 et 16 mai, ses deux concerts au Vélodrome à la fin du mois et la sortie de son nouvel album « Oubliez-moi » prévue le 15 mai, le documentaire « Team Jul » marque une rétrospective 10 ans après le début de sa carrière.
### « Raconter l’histoire dans les yeux des siens »
Le documentaire ne présente pas d’interviews face caméra de Jul. Très discret dans les médias, le rappeur marseillais laisse d’autres s’exprimer pour raconter son parcours : des habitants du 5e arrondissement qui l’ont vu grandir, des proches de ses débuts, des journalistes, un linguiste, des fans, DJ Djel, ou encore Tony Estanguet. Un choix que les réalisateurs assument. « Ce qui nous intéressait, c’était de réaliser un véritable décryptage du phénomène sociétal », résume Gilles Perez, producteur du film. Le réalisateur Anthony Igoulen partage ce constat : « Ce qui était vraiment intéressant, c’était le phénomène. Son œuvre et surtout son public. » Pour lui, l’histoire de Jul dépasse la musique : « À travers Jul, qui était moqué au départ, c’était une certaine frange de la population qui était moquée. Mais il représente une culture, un langage, une identité. »
Pendant plus de deux ans, les équipes ont rassemblé des archives, des vidéos Facebook et des témoignages pour retracer cette ascension atypique. « Tout le monde avait un mot sur Jul. Tout le monde avait quelque chose à raconter », explique Anthony Igoulen, qui défend une approche éloignée des documentaires promotionnels traditionnels : « La mamie du quartier, le copain d’école, le prof de sport… je trouve que c’est beaucoup plus sincère. »
### 10 ans de carrière : du rap moqué à la flamme olympique
Le documentaire souligne également comment Jul a bâti une carrière devenue presque mythique. À ses débuts, le rappeur marseillais ne faisait pas l’unanimité. « Les élites ont toujours tendance à décliner, à moquer ce qui monte vite et fort », analyse Anthony Igoulen. Le réalisateur évoque la comparaison entre Jul et Lidl faite par Nesrine Slaoui dans le film : « Au départ, c’était moqué… puis il y a un effet de masse qui fait que ça devient cool. » Ainsi, le film met en lumière le fait que le rappeur divise autant qu’il fascine.
Pour Anthony Igoulen, Jul a su percevoir très tôt l’évolution de la musique. « Il a compris que le rap à texte et engagé n’avait plus forcément le même impact », affirme-t-il. « Avec l’essor du streaming et la mondialisation, il fallait des rythmes plus feel-good, plus universels. » Reggaeton, bossa-nova, autotune… Jul mélange les influences et instaure progressivement un nouveau son dans le rap français. Toutefois, cette apparente spontanéité cache un immense travail. « Jul est un acharné, il produit énormément », insiste-t-il. « Il a compris son époque. » Pour lui, le succès de Jul n’est pas fortuit : « Il y a un côté très spontané chez Jul, mais aussi un côté analyste. Il a su comprendre les changements qui l’entouraient. »
Le véritable tournant se produit avec le titre « Bande Organisée » : « C’est le titre qui fait exploser Jul au plus grand nombre », explique Anthony Igoulen. « C’est un morceau qui sent Marseille, le soleil, les vacances. » Le documentaire illustre comment, après la période Covid, « l’ovni » a réussi à créer un titre qui a rassemblé toute la France, propulsant Jul du statut de rappeur marseillais à celui de phénomène national. En 2024, il apparaîtra également comme le porteur de la flamme olympique à Marseille, malgré les critiques. « C’était le minot de Marseille qui représente la France », résume le réalisateur.
### « Jul représente les vibrations de Marseille »
Le documentaire le démontre clairement : impossible d’évoquer Jul sans mentionner Marseille. Dans « Team Jul », la ville est omniprésente : le quartier de Saint-Jean-du-Désert, l’OM, le Vélodrome, les supporters… « Jul, c’est Marseille », déclare Gilles Perez. Pour le producteur, le rappeur incarne même « les vibrations de cette ville », un « melting-pot qui brasse et rassemble ».
Anthony Igoulen se rappelle avoir été particulièrement marqué par l’atmosphère autour du Vélodrome durant le tournage. « Ce qui m’a tout de suite frappé, c’est cette unité », se souvient-il. « Les textes de Jul sont presque repris comme des slogans. » Selon lui, la force du rappeur réside dans sa capacité à rassembler des publics très variés. L’an dernier, lors des concerts, la caméra a filmé le public : un mélange de générations est venu acclamé l’enfant du pays. « J’ai presque été plus touché par la communauté qui vénère Jul que par l’artiste lui-même. » En conclusion : « Jul représente vraiment un phare pour eux. »

