Un Åil sur demain : sépultures de demain, compost ou eau ?
En 2024, 69% des personnes ont choisi la crémation comme mode de sépulture, tandis que 31% ont opté pour l’inhumation. Un projet pilote d’aquamation a débuté le lundi 20 octobre 2025 à Wilrijk.
On n’imaginerait pas que l’on puisse faire autrement. L’inhumation et la crémation sont des modes de sépulture bien établis. En 2024, la crémation était même le choix majoritaire, avec 69% des cas, contre 31% pour l’inhumation. Cependant, de nouvelles demandes émergent progressivement, visant à obtenir plus de choix, en optant pour des techniques moins polluantes et plus proches de la nature.
C’est ce qu’observe Pierre Leroy, éco-conseiller expert dans le secteur funéraire. « L’inhumation peut être polluante sur plusieurs aspects : par exemple, les pierres tombales proviennent généralement de Chine ou d’Inde, les cercueils en bois sont traités et vernis, et les corps sont enterrés à deux mètres sous terre, ce qui ne permet pas une décomposition adéquate. »
La crémation, en revanche, est énergivore et émet des polluants dans l’atmosphère. « De nombreuses personnes nous affirment qu’elles ne se reconnaissent pas dans les deux modes de sépulture actuels. Elles souhaitent donc un autre mode, quelque chose qui ait du sens, qui soit proche de la nature. Un désir qui revient souvent est celui de vouloir devenir un arbre, par exemple. »
Le compostage funéraire émerge comme une option pour répondre à ces besoins. Ce concept englobe différentes pratiques, mais celle proposée par l’asbl « Compostez-moi » a particulièrement attiré notre attention. « C’est une méthode où le corps est placé dans ce qu’on pourrait appeler un cocon, » explique Cléo Duponcheel, présidente de l’asbl et entrepreneuse en pompes funèbres. « Il est recouvert de végétaux soigneusement choisis : foin, luzerne, un peu de charbon et des déchets de brasserie. Le cocon est ensuite fermé, et le corps va naturellement monter en température et se transformer. »
En un mois et demi, voire deux mois, la matière organique devient du compost. « Il ne restera que les os au bout de quelques semaines. Et ces os, de la même manière que pour la crémation, seront fragmentés et remis dans le compost. »
Une partie de cette terre fertile pourrait être restituée à la famille, tandis que l’autre pourrait servir à enrichir les sols. « L’idée est que ce compost puisse bénéficier à la communauté. Nous avons beaucoup d’espaces qui ont besoin d’être régénérés. Le produit résultant du compost est un amendement de sol remarquable, qui pourrait aider les sols à se régénérer. »
Une autre méthode, l’aquamation, pourrait également être envisagée à l’avenir. Elle fonctionne selon un principe semblable à la crémation, sauf que c’est l’eau qui dissout le corps au lieu du feu. Un projet pilote est en cours dans un crématorium à Wilrijk, en Flandre. « Nous ouvrons l’appareil pour y introduire le corps, qui est déposé sur cette planche, » explique Tom Wustenberghs, directeur général du crématorium Pontes. « Nous ajoutons ensuite de l’eau et de l’hydroxyde de potassium. Il faut alors environ quatre heures pour que tous les tissus humains se décomposent. Nous récupérons ensuite les restes, que nous pouvons traiter, puis, après environ quatre heures, nous pouvons remettre l’urne à la famille. »
Cette technique est considérée comme moins polluante et énergivore que la crémation. Il reste cependant à déterminer ce qu’il adviendra des liquides issus de cette aquamation. Selon la VRT, les eaux résiduelles seront étudiées pour évaluer leur biodégradabilité et leur élimination possible dans les eaux de surface ou dans les eaux usées.
Les techniques de compostage funéraire et d’aquamation pourraient-elles être adoptées en Belgique dans les années à venir ? Du point de vue éthique, les perspectives sont favorables. Pour le Comité consultatif bioéthique de Belgique, le compostage funéraire « en conditions contrôlées » est techniquement réalisable. Par « conditions contrôlées », on entend un espace clos et surveillé, à l’abri des regards. « Son coût est abordable et elle répond à un degré important le test du cadre éthique, » précise le comité.
Cependant, pour le compostage funéraire « naturel », en plein air, le comité bioéthique reste encore hésitant. « La fiabilité technique n’est pas encore parfaite », souligne Marie-Françoise Meurisse, membre du comité. « Notamment parce qu’on ne peut pas garantir une décomposition complète des corps. »
Elle soulève aussi d’autres préoccupations éthiques, en particulier celles liées à la sécurité et au respect de l’intégrité du corps. « Comme cette pratique se déroule en surface ou à faible profondeur, le corps n’est pas à l’abri de prédateurs. Une partie de la décomposition pourrait également devenir visible, ce qui irait à l’encontre du respect de la dignité des dépouilles. »
Quant à l’aquamation, le comité bioéthique la considère comme « technologiquement au point et réussissant le test du cadre éthique utilisé dans l’avis. Elle se distingue même de manière favorable par rapport à la crémation et à l’inhumation sur plusieurs aspects, notamment l’impact environnemental. » Selon une étude d’opinion menée par l’Université d’Anvers, un Flamand sur cinq envisagerait l’aquamation si cette méthode devenait légalement autorisée.

