Maroc

Montée des restrictions à l’exportation de matières premières critiques

Le nombre de restrictions à l’exportation visant plusieurs minéraux stratégiques pour les technologies du numérique et des énergies renouvelables a atteint un niveau record, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans un rapport intitulé «L’Inventaire des restrictions à l’exportation de matières premières critiques». Environ 70% des exportations mondiales de cobalt et de manganèse ont fait l’objet d’au moins une mesure de restriction entre 2022 et 2024.


Le nombre de restrictions à l’exportation concernant plusieurs minéraux stratégiques pour les technologies numériques et les énergies renouvelables est en forte augmentation, selon un nouveau rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

« Les mesures visant les produits d’amont, comme les minerais et minéraux, ont explosé entre 2009 et 2024, selon l’OCDE », indique ce document qui analyse les restrictions à l’exportation de matières premières critiques mises en place jusqu’à fin 2024. Il révèle que leur nombre a constamment augmenté au cours des quinze dernières années, atteignant ainsi un niveau record.

Intitulée « L’Inventaire des restrictions à l’exportation de matières premières critiques », cette nouvelle version du rapport montre que les mesures particulièrement restrictives, telles que les interdictions d’exportation et le contingentement, se propagent. D’après ce document établi chaque année, elles représentaient plus d’un tiers des nouvelles restrictions mises en œuvre en 2024.

Le rapport souligne également que la génération de recettes est devenue, depuis les années 2010, la principale justification avancée pour l’adoption de restrictions à l’exportation. En 2024, elle était même citée dans près de la moitié des cas.

Bien que la croissance des restrictions ait ralenti, passant de 3.4 % en 2023 à 0.6 % en 2024, l’OCDE observe que le nombre de pays imposant de telles restrictions s’est élargi, en particulier en Afrique et en Asie. L’organisation remarque aussi que « certaines ressources minérales essentielles aux systèmes énergétiques, telles que le cobalt, le manganèse, le graphite et les terres rares, sont particulièrement touchées par les restrictions à l’export ».

La nouvelle édition du rapport précise qu’environ 70% des exportations mondiales de cobalt et de manganèse ont été soumises à au moins une mesure de ce type entre 2022 et 2024, de même que 16% des échanges de matières premières critiques suivis par l’OCDE pendant la même période.

L’analyse des données montre que les déchets et débris constituaient toujours la catégorie de matières premières critiques la plus visée par des restrictions à l’exportation en 2024, « en raison des préoccupations environnementales et de l’intérêt croissant pour l’économie circulaire comme source de métaux et ressources minérales », selon l’organisation. Elle précise par ailleurs que le nombre de restrictions à l’exportation de produits d’amont comme les minerais et minéraux a fortement augmenté entre 2009 et 2024, période durant laquelle il a décuplé.

Bien que les principaux producteurs varient selon les minerais, trois pays concentrent plus des deux tiers de la production mondiale de cobalt, de lithium et de nickel, et près de 90% pour les terres rares. Les auteurs du rapport notent aussi une concentration des mesures : l’Inde (19 %), la Chine (17 %), l’Argentine (6 %), le Vietnam (5 %) et le Burundi (4 %) représentent plus de la moitié des nouvelles restrictions à l’export adoptées entre 2009 et 2024.

L’augmentation des restrictions à l’exportation de matières premières critiques représente une menace pour la croissance économique, l’innovation et la sécurité énergétique de nombreux pays dépendants d’un accès fiable à ces ressources, estime l’OCDE. Cette évolution accroît les risques pour les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Lors du Forum de l’OCDE sur les minéraux critiques à Istanbul, le Secrétaire général de l’OCDE, Mathias Cormann, a déclaré : « Les restrictions à l’export peuvent aggraver les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement fortement concentrées en limitant les volumes exportés et en tirant les prix à la hausse ».

Il a également souligné qu’« il est fondamental de rendre ces mesures plus transparentes pour favoriser l’ouverture et la diversification des marchés des minéraux critiques, faciliter les investissements nécessaires au développement de la production et instaurer des partenariats mutuellement bénéfiques avec les pays producteurs ».

**Alain Bouithy**