Un Belge derrière le « V de la victoire » contre l’Allemagne nazie
Le 10 mai 1940, l’Allemagne nazie, menée par Adolf Hitler, franchit la frontière belge. Le 14 janvier 1941, Victor de Laveleye propose la lettre « V » comme signe de ralliement pour les patriotes belges.
10 mai 1940 : la Belgique se réveille en guerre. L’Allemagne nazie, dirigée par Adolf Hitler, pénètre sur le territoire belge. Après une campagne de 18 jours, l’armée belge se rend. Sur ordre du roi Léopold III, le pays capitule.
Le gouvernement belge, ayant fait une escale à Paris, s’exile à Londres. Malgré la distance et la Manche, des liens avec la population belge demeurent.
Dès le 28 septembre 1940, la BBC met à disposition ses antennes pour diffuser des messages aux Belges restés sur le sol national. Ainsi, « Ici Radio-Belgique » voit le jour.
Pendant près de quatre ans, 15 minutes de programmes seront diffusées chaque jour à 20h15. L’émission présente les dernières nouvelles concernant la guerre ainsi que des messages de réconfort et d’espoir. En raison du bilinguisme, les francophones et néerlandophones se partageront l’antenne : les francophones seront à l’honneur les jours pairs et les néerlandophones les jours impairs.
Victor de Laveleye est le présentateur des émissions en français. Avocat de formation, il s’est engagé en politique. Devenu président du parti libéral en 1937, il est connu pour son opposition au communisme et au rexisme, faisant partie des plus ardents opposants à Leon Degrelle.
Le 14 janvier 1941, le V apparaît dans les discours.
Ce mardi-là, Victor de Laveleye prend à nouveau la parole. Habitué à dire « Courage, on les aura les Boches !« , il aborde un autre sujet ce soir-là.
« J’ai quelque chose de différent à vous proposer ce soir. Vous en ferez ce que vous voudrez. Écoutez ! […] Il faut que tous les patriotes de Belgique aient un signe de ralliement, qu’ils le répandent autour d’eux, qu’en le voyant partout, ils sachent qu’ils sont une multitude« , explique le présentateur.
Ce signe a pour but de remobiliser la population et de faire connaître la résistance, tout en instillant la peur chez l’occupant allemand : « Et que l’occupant, tout en voyant ce signe, se rende compte qu’il est entouré, cerné, par une grande foule de citoyens belges qui attendent avec impatience son premier fléchissement, guettent sa première défaillance. »
Mais quel signe choisir ? Pour Laveleye, une lettre s’impose : le « V ».
Il déclare : « Je vous propose, comme signe de ralliement, la lettre V. Pourquoi ? Parce que V est la première lettre de ‘Victoire’ en français et de ‘Vrijheid’ (Liberté) en flamand. Deux concepts qui vont de pair, la Victoire vous apportera la Liberté, la victoire de nos alliés britanniques. Et victoire, en anglais, se dit ‘Victory’. »
Ce symbole, porteur de sens dans plusieurs langues, se répand parmi la population et franchit même les frontières.
La « Campagne des V » s’intensifie. Simple à réaliser, que ce soit avec les doigts ou en dessinant, le signe se propage rapidement. De nombreux membres de la résistance en Belgique, aux Pays-Bas et dans le nord de la France inscriront ces deux traits sur des murs, des affiches clandestines et des documents divers.
Le V se transforme également en ondes sonores. Lors du lancement de ses émissions clandestines, la BBC diffuse la « Symphonie numéro 5 » de Beethoven, dont le début propose trois notes courtes suivies d’une longue, à l’image de la lettre V en code Morse (· · · −). Un symbole puissant.
Les échos de cette « campagne des V » parviennent jusqu’à Winston Churchill, qui en adopte le concept. Le « V de la victoire » devient alors synonyme de triomphe et de liberté. Ce symbole se retrouve aussi lors de victoires électorales, comme chez Jacques Chirac, Richard Nixon ou, plus récemment, Bart De Wever.

