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Guerre au Moyen-Orient : La France ne jette pas « d’huile sur le feu » après l’attaque d’un navire CMA CGM

Un navire de l’armateur français CMA CGM a été frappé dans le détroit d’Ormuz, ce mardi, blessant quatre membres de l’équipage. Emmanuel Macron a estimé ce mercredi que « ce n’était en aucun cas la France qui avait été visée » dans cette attaque.


Pour la seconde fois, un navire de l’armateur français CMA CGM a été touché dans le détroit d’Ormuz, ce mardi. Un autre bateau avait subi des dommages le 19 avril à la suite de tirs de semonce, mais cette fois, quatre membres de l’équipage ont été blessés. Alors que l’attention se tourne vers l’Elysée et les interrogations se multiplient concernant la réaction de l’État français, Emmanuel Macron a déclaré ce mercredi que « ce n’était en aucun cas la France qui avait été visée » par cette attaque.

« Pour l’Iran, la France ne constitue pas une cible en tant que telle », a affirmé Louis Borer, analyste senior à Risk Intelligence (Danemark). Selon lui, il est très probable que ce navire n’ait pas été visé spécifiquement parce qu’il appartenait à CMA CGM, mais qu’il ait été touché simplement en raison de sa présence, sa taille et du fait qu’il n’avait pas communiqué avec l’Iran.

Depuis fin février, l’Iran a fermé le détroit d’Ormuz à la navigation commerciale en réaction à la guerre que lui mènent les États-Unis et Israël. Bien que quelques navires réussissent à passer, les projectiles « volent bas et personne n’est à l’abri », résume le vice-amiral (2s) et chercheur émérite au Royal United Services Institute (RUSI), Patrick Chevallereau. « Ils frappent un peu n’importe quoi, sauf les bâtiments dont ils ont l’assurance d’avoir obtenu au préalable patte blanche. » Ce blanc-seing a été accordé à certains navires chinois, indiens ou pakistanais depuis le début des hostilités, autorisés à longer les côtes iraniennes via un couloir spécifique. Pour tous les autres, la zone est particulièrement dangereuse.

Face à ce risque et à ses répercussions financières, notamment sur le prix du pétrole, Donald Trump a lancé lundi le « Projet Liberté », visant à escorter des navires commerciaux bloqués à l’entrée du détroit. Vingt-quatre heures après le lancement de l’opération, le président des États-Unis a décidé de la suspendre, espérant obtenir un accord avec l’Iran. Dans ce contexte, « la France ne va pas déployer des moyens militaires pour protéger des navires commerciaux. C’est impossible à faire sans prendre un risque extrêmement élevé de devenir soi-même belligérant, ce que la France cherche à tout prix à éviter, et sans faire peser le risque d’une escalade », a tranché Patrick Chevallereau.

Déployer des troupes dans le détroit d’Ormuz à ce stade reviendrait à les exposer à un danger. Au-delà du risque humain, il existe un risque « politique, réputationnel et même financier pour une solution temporaire, qui ne résout rien », souligne Louis Borer. Protéger militairement un vaisseau n’empêchera pas l’Iran de contrôler les côtes longeant le détroit d’Ormuz sur des centaines de kilomètres, et de viser ses ennemis s’ils passent par là.

Quant à la diplomatie, l’intention de la France est de « travailler à la désescalade et à la reprise du trafic maritime », souligne le haut gradé. Une approche d’autant plus délicate que, comme l’indique Louis Borer, « la France a certes une voix qui pèse », mais pour ce type d’attaque sous pavillon avec des travailleurs étrangers, « c’est trop lointain ».

« Symboliquement, s’il y avait eu des marins civils français victimes d’une frappe iranienne, cela aurait occupé les premières pages des journaux pendant plusieurs jours », reconnaît Patrick Chevallereau. Cela aurait soulevé avec plus d’acuité la question d’une réaction. Dans ce cas, la France se contente d’une condamnation officielle.

En parallèle, Emmanuel Macron insiste sur la mission franco-britannique qui a rassemblé une quarantaine de pays. « L’objectif est de commencer à réfléchir à une sécurisation du détroit d’Ormuz lorsque la phase chaude sera éloignée, avec des escortes et du déminage, afin de rassurer les opérateurs et les assureurs maritimes et faciliter la reprise du trafic », explique le vice-amiral Chevallereau.

Le porte-avions Charles-de-Gaulle a d’ailleurs traversé ce mercredi le canal de Suez et se dirigera « vers le sud de la Mer Rouge », près du détroit d’Ormuz. « Non seulement nous sommes prêts à sécuriser le détroit, mais nous en sommes aussi capables », a affirmé un conseiller d’Emmanuel Macron. En attendant, les armateurs naviguent à vue. « Certains vont se dire : ‘un navire s’est fait taper, on n’y va pas’ ; d’autres vont tenter leur chance. Cela dépend de l’appétit du risque des compagnies », constate Louis Borer. Une chose est sûre : cette attaque va en refroidir certains.