Tunisie

La Tunisie ne cherche pas à reconquérir les investisseurs turcs.

La Chambre tuniso-turque de commerce et d’industrie, fondée il y a deux ans, a son siège à Bizerte et a récemment organisé de nouvelles élections qui ont conduit à la constitution d’un bureau de douze membres. Zied Ben Ayed a souligné que la Tunisie demeure peu connue des voyageurs turcs, appelant à des améliorations substantielles en matière de transport et de logistique.

La Tunisie cherche à attirer les investisseurs turcs. Officiellement lancée le 2 mai à Tunis, la Chambre tuniso-turque de commerce et d’industrie a pour objectif de concrétiser cette ambition. Lors d’une interview accordée à Express FM le lundi 4 mai, son vice-président, Zied Ben Ayed, a détaillé les secteurs prioritaires, les réformes à envisager et les leviers que cette institution entend mobiliser pour transformer cet objectif en résultats tangibles.

La Chambre tuniso-turque de commerce et d’industrie n’est pas une initiative récente. Établie il y a deux ans par un groupe de membres fondateurs, son siège se trouve à Bizerte. N’ayant pas réussi à démarrer ses activités dans les délais attendus, les membres d’origine ont décidé de tenir de nouvelles élections. Celles-ci ont eu lieu début février, entraînant la création d’un bureau composé de douze membres, incluant des membres de l’ancienne équipe et de nouveaux élus. À l’issue du vote, Zied Ben Ayed a été élu vice-président, tandis que M. Salçuk, un industriel du secteur textile actif à Sousse et à Kairouan, a été nommé président. Deux mois de préparation ont précédé l’inauguration, qui a eu lieu le 2 mai à l’hôtel Le Lac Concorde à Tunis, en présence de l’ambassadeur de Turquie, d’investisseurs turcs et tunisiens, ainsi que de plusieurs parlementaires.

Encourager l’investissement turc dans les secteurs industriels tunisiens

L’objectif principal de la Chambre est d’orienter les investissements turcs vers les secteurs tunisiens à forte intensité de main-d’œuvre. Le vice-président a rappelé que la main-d’œuvre tunisienne est reconnue pour son niveau de qualification supérieur à celui de nombreux pays concurrents dans le bassin méditerranéen. Il a également précisé que les partenaires turcs voient la Tunisie comme une porte d’entrée vers l’Afrique, l’Europe et le monde arabe. Pendant la cérémonie d’inauguration, un investisseur turc dans le secteur de l’aéronautique a annoncé son intention de s’implanter en Tunisie. Zied Ben Ayed a interprété cette annonce comme un signe pouvant inciter d’autres opérateurs turcs, peu familiers avec le marché tunisien, à envisager des investissements.

Le textile, l’automobile et l’aéronautique comme priorités sectorielles

Concernant les secteurs, le textile joue un rôle central dans la stratégie de la Chambre. Le responsable a affirmé que la Tunisie possède un tissu industriel compétitif dans ce domaine, et que des donneurs d’ordre turcs, auparavant tournés vers l’Égypte, pourraient être conquis à nouveau. Des représentants de grandes marques mondiales qui faisaient partie de la délégation turque ont exprimé lors de l’inauguration un intérêt concret pour des investissements directs et des partenariats avec des unités de production en Tunisie. L’industrie automobile et l’aéronautique ont également été identifiées comme des secteurs porteurs, la Tunisie disposant d’un tissu industriel que des entreprises turques cherchant à diversifier leurs chaînes d’approvisionnement pourraient intégrer de manière utile.

Développer les énergies renouvelables et le tourisme

Zied Ben Ayed a mis en avant les énergies renouvelables comme un axe de coopération clé. Il a souligné que la Turquie possède une avance technologique considérable dans ce domaine et que des investisseurs turcs spécialisés pourraient contribuer au développement de la production d’énergie solaire en Tunisie, diminuant ainsi la dépendance aux importations de gaz et de pétrole. Concernant le tourisme, il a reconnu que la Tunisie reste peu connue des voyageurs turcs. Des tour-opérateurs turcs ont participé à la cérémonie d’inauguration, et des discussions préliminaires ont été entamées sur l’ouverture de liaisons aériennes. Cependant, le vice-président de la Chambre a noté que la comparaison avec le Maroc est défavorable pour la Tunisie en termes d’accessibilité, appelant à des améliorations significatives en matière de transport et de logistique.

Appel à des réformes du cadre législatif et réglementaire

Zied Ben Ayed a mentionné une décision récente du président turc Recep Tayyip Erdoğan concernant une exonération fiscale de vingt ans pour les entreprises étrangères s’installant en Turquie pour des activités orientées vers l’extérieur. Il a estimé que cette mesure pourrait bénéficier indirectement à la Tunisie en attirant une partie des capitaux tunisiens et arabes actuellement placés à Dubaï, au Qatar ou dans d’autres pays du Machrek, en quête de destinations plus stables. Pour capter ces flux, il a appelé à moderniser le droit des changes et la législation sur l’investissement, précisant que la Chambre entend travailler en coordination avec les ministères concernés et les membres du Parlement.