Climat : L’exploitation des rejets de méthane, solution à la crise énergétique ?
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a indiqué que 580 millions de tonnes d’émissions de méthane sont rejetées chaque année dans le monde, dont 60 % sont imputables à l’activité humaine. Environ 70 % des émissions de méthane du secteur fossile proviennent des dix pays les plus émetteurs, la Chine étant le pays le plus émetteur, suivi des États-Unis et de la Russie.
Ils demeurent à « des niveaux très élevés » mais pourraient aider à sortir de la crise. Dans son rapport annuel « Global Methane Tracker », l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a mis en garde contre des émissions de méthane encore trop importantes, un gaz à effet de serre qui contribue au dérèglement climatique. Toutefois, elle a également suggéré que la récupération de ces rejets pourrait fournir d’énormes quantités de gaz aux marchés en tension depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
L’agence précise que la récupération de ce gaz gaspillé permettrait de renforcer la sécurité énergétique, en offrant annuellement aux marchés 200 milliards de m³ de gaz. Bien que cela puisse prendre du temps, l’AIE estime que 15 milliards de m³ pourraient être récupérés rapidement.
Cette quantité n’est pas négligeable, les 200 milliards de m³ représentant deux fois les flux annuels qui transitent par le détroit stratégique d’Ormuz, actuellement verrouillé en raison du conflit.
**Des bénéfices climatiques significatifs « à court terme »**
Avec un potentiel de réchauffement bien supérieur à celui du CO2, le méthane est responsable d’environ 30 % de l’augmentation de la température mondiale. Cependant, du fait de sa durée de vie plus courte, sa réduction présente des « bénéfices climatiques significatifs à court terme », a également rappelé l’agence de l’énergie lors d’une réunion internationale à Paris, dans le cadre de la présidence française du G7.
Dans l’industrie pétrogazière, le méthane s’échappe par des fuites au niveau de vannes, de gazoducs, lors d’opérations de dégazage direct dans l’air ou dans le cadre de torchages inefficaces (combustion incomplète du gaz) sur des installations. Des solutions déjà éprouvées, comme la détection et la réparation des fuites ou l’arrêt du torchage, permettraient d’éviter 30 % des émissions provenant des activités liées aux combustibles fossiles « à coût nul », le gaz récupéré pouvant être revendu.
**124 millions de tonnes de rejet dans l’atmosphère**
Inodore et invisible, le méthane est le principal composant du gaz naturel, qui s’échappe notamment des gazoducs, des vaches et des décharges. Environ 580 millions de tonnes d’émissions sont rejetées chaque année dans le monde, dont 60 % sont attribuées à l’activité humaine, avec l’agriculture en tête, suivie par le secteur de l’énergie.
Malgré un engagement signé par une centaine de pays en 2021, incluant ceux de l’Union européenne et les États-Unis, pour réduire les émissions de méthane, 2025 ne s’annonce pas différente. L’année dernière, la production record des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz) a été responsable de 35 % des émissions de méthane d’origine humaine, représentant un total estimé à 124 millions de tonnes, a noté l’AIE.
**La Chine, pays le plus émetteur, devant les États-Unis**
En attendant, l’AIE souligne que la grande majorité des pays signataires de l’engagement du *Global Methane Pledge* n’ont pas encore mis en place de mesures concrètes. Environ 70 % des émissions de méthane du secteur fossile proviennent des dix pays les plus émetteurs, la Chine en tête, suivie des États-Unis et de la Russie. Les politiques actuelles ne réduiraient que de 20 % les émissions liées au pétrole et au gaz d’ici 2030, bien en deçà de l’objectif de -30 % au niveau économique par rapport à 2020.
L’agence constate cependant des avancées et salue l’amélioration continue de la surveillance par satellite, qui permet d’identifier plus précisément les épisodes de « super-émissions » et de mettre en œuvre des mesures correctives. Elle rappelle que l’intensité moyenne mondiale des émissions de la production pétrogazière – c’est-à-dire le méthane rejeté par rapport à la quantité d’énergie produite – a diminué d’environ 10 % depuis 2019, compensant ainsi la hausse de la production.

