Saracroche, Bloctel, Truecaller : solutions contre le harcèlement téléphonique
Les appels indésirables pour des propositions telles que l’utilisation du compte CPF ou le changement de fournisseur internet sont devenus fréquents. L’application Saracroche, développée par Camille Bouvat, compte 927.000 téléchargements et utilise une base de données de 15 millions de numéros pour identifier les appels indésirables.
Ils vous harcèlent plus qu’un ex ivre à 3 heures du matin. Certains n’osent même plus décrocher par peur d’un démarchage supplémentaire… Les appels non sollicités, qu’ils proposent d’utiliser votre compte CPF, de réduire votre facture d’électricité ou de changer de fournisseur internet, sont devenus la véritable hantise de nombreux usagers. Heureusement, il existe des solutions pour reprendre le contrôle. 20 Minutes vous suggère quelques outils pour gérer ce harcèlement.
Bloctel, une solution désuète
Le réflexe le plus courant, celui qui est le plus médiatisé, est de se diriger vers Bloctel. Ce service gouvernemental gratuit permet de s’inscrire sur une liste d’opposition au démarchage. En théorie, les entreprises ne sont pas censées vous appeler pendant une durée de trois ans renouvelable. Cependant, dans la pratique, le dispositif semble bien affaibli. Les témoignages d’utilisateurs frustrés sont nombreux sur le site officiel. « Sur Bloctel, il faut s’inscrire, fournir de nombreux renseignements que l’on ne souhaite pas communiquer et attendre 30 jours pour que les démarcheurs comprennent qu’il ne faut pas m’appeler », se plaint un utilisateur en ligne.
Le système de signalement n’est pas non plus très convivial. Si un démarcheur ne respecte pas l’interdiction, vous devez compléter un questionnaire très long. « Pour chaque numéro signalé, il y a un questionnaire avec des réponses obligatoires. Pour le remplir, il faut fournir des renseignements précis. Cela implique donc de décrocher, d’échanger avec le démarcheur, de noter les informations pour correctement compléter le dossier. » Bien qu’il offre un premier filtrage, Bloctel paraît un peu obsolète. D’autant plus qu’il ne prend pas en compte les SMS.
Attention à vos données
Et ensuite ? Pour ceux qui recherchent des solutions plus concrètes, il y a les applications mobiles. La plus connue est sans conteste Truecaller. Avec un milliard de téléchargements à travers le monde et plus de 68 milliards d’appels indésirables identifiés, l’application se revendique comme le leader mondial du blocage. Son principe repose sur une immense base de données communautaire. Lorsqu’un numéro est signalé par des milliers d’utilisateurs, il est ensuite bloqué pour tous.
Efficace, certes, mais cela a un coût. À l’instar d’AntiSpam ou de Prefixe Bloqueur, ces applications gratuites demandent souvent beaucoup de données personnelles. Pour fonctionner, elles exigent parfois l’accès à votre répertoire complet. En échappant à la pression du harcèlement, vous offrez parfois vos métadonnées ou celles de vos contacts.
Saracroche, la petite application qui monte
C’est ici qu’intervient Saracroche, une application montante, portée par un accent du sud-ouest : son créateur, Camille Bouvat, un Toulousain de 38 ans, développeur freelance depuis plus de quinze ans. Son succès n’était pas du tout prévu. « J’utilisais d’autres applications avant, comme Orange Téléphone, qui était gratuite avant de devenir payante pour le blocage. Les autres étaient souvent des collecteurs de données personnelles. J’ai développé cette appli pour qu’elle contraste avec tout ça », explique-t-il à 20 Minutes.
Camille a voulu un outil gratuit, en open source (avec un code public et vérifiable) et surtout sans collecte de données. Ce projet, lancé « sans prétention » pour ses amis, a finalement connu un grand succès, avec 927 000 téléchargements à ce jour.
Comment ça marche, concrètement ?
À l’instar de TrueCaller, Antispam et autres, l’application fonctionne simplement. Sur Android, vous l’activez comme bloqueur par défaut. Sur iPhone, le fonctionnement est légèrement différent : l’application doit enregistrer les listes de numéros directement dans les réglages du téléphone. Mais le résultat est similaire. « Dès que vous recevez un appel indésirable, l’application raccroche. Le démarcheur atterrit directement sur votre répondeur, comme si vous aviez appuyé sur le bouton « raccrocher » », précise Camille Bouvat. 20 Minutes a testé et confirme : cela fonctionne.
Pour identifier les numéros indésirables, le développeur s’appuie sur une base massive de 15 millions de numéros, en premier lieu grâce aux préfixes officiels. L’Arcep (l’autorité de régulation des télécoms) a défini 17 préfixes spécifiques dédiés au démarchage (les 09 48, 01 62, etc.), représentant environ 12,5 millions de numéros. Ensuite, Saracroche utilise des données publiques de l’État pour classer les numéros par opérateur. « Je peux savoir quel opérateur émet le plus de spams. Cela permet d’ajouter 2,5 millions de numéros supplémentaires grâce aux signalements », ajoute son créateur.
Une nouvelle fonctionnalité permet également de noter les numéros et d’évaluer leur probabilité d’être des spams, évitant ainsi de bloquer des appels légitimes. Car le blocage a ses limites : « Amazon utilise des numéros en 01 87 pour ses livreurs. Beaucoup de personnes ont pensé que c’était du spam alors qu’il s’agissait simplement du livreur avec leur colis au coin de la rue ! » rigole le développeur.

