Les hostilités sont terminées : quel avenir pour la stratégie de Donald Trump sur l’Iran ?
Ce vendredi 1er mai, le président américain a annoncé que les hostilités contre l’Iran étaient « terminées » dans une lettre envoyée à des responsables parlementaires, se basant sur le cessez-le-feu en vigueur depuis le 7 avril. La loi de 1973 impose à tout président des États-Unis d’obtenir l’autorisation du Congrès pour prolonger un conflit au-delà de soixante jours.
Ce vendredi 1er mai, le président américain a déclaré que les hostilités contre l’Iran étaient « terminées » dans une lettre adressée à des responsables parlementaires, en se basant sur le cessez-le-feu en vigueur depuis le 7 avril. Dans son courrier, Donald Trump indique ainsi respecter la loi de 1973 qui exige l’autorisation du Congrès pour prolonger un conflit au-delà de soixante jours.
L’offensive américaine en Iran ayant commencé le 28 février, la limite des soixante jours arrivait donc à son terme ce 1er mai. Cependant, sur le terrain, il n’y a pas de signe tangible que la guerre est finie : des milliers de soldats américains demeurent déployés au Moyen-Orient, le détroit d’Ormuz est bloqué et, bien que les combats se soient tus, le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran pourrait n’être qu’un répit dans le conflit, alors qu’aucun accord de paix n’a été établi. De plus, l’Iran considère que la guerre pourrait reprendre.
Les récentes déclarations de Donald Trump pourraient-elles s’expliquer par ses relations avec le Congrès et les primaires en vue des élections de mi-mandat de novembre ?
La Constitution des États-Unis adoptée en 1787 précise que c’est le Congrès qui a le pouvoir de déclarer la guerre, comme le stipule son article 1er, section 8. « Lorsque les pères de la Constitution l’ont rédigée, ils avaient à l’esprit le pouvoir britannique, où le souverain exerçait un contrôle total sur le militaire. Ils ont voulu restreindre ce rôle en établissant les institutions américaines et en définissant clairement le rôle du président », explique le professeur d’histoire contemporaine à l’ULB et directeur du Centre pour l’étude des Amériques AmericaS, Serge Jaumain.
Cette volonté vise à limiter le pouvoir du président par le législatif, mais dans la même Constitution, l’article suivant (article 2, section 2) précise que le président est le commandant en chef de l’armée. « On observe ici une sorte de tension entre deux articles de la Constitution », analyse Serge Jaumain, indiquant un antagonisme entre les pouvoirs législatif et exécutif.
Au fil du temps, les présidents américains ont jugé nécessaire d’avoir une plus grande latitude. Le Congrès a éclairci la situation en adoptant une loi en 1973 qui établit que le président peut initier une opération militaire limitée en cas de menace envers les États-Unis, mais qu’il doit obtenir l’aval du pouvoir législatif s’il engage des troupes au-delà de soixante jours.
Pour information, cette loi de 1973 a été discutée durant la présidence de Richard Nixon, qui s’y opposait, sans que cela empêche le Congrès de l’adopter. À cette époque, les États-Unis étaient en pleine guerre du Vietnam, qui s’est conclue au printemps 1975.
C’est dans ce cadre législatif que Donald Trump a annoncé la fin des hostilités avec l’Iran, à la dernière minute du délai imposé par la loi de 1973. L’opération militaire qu’il a ordonnée au Moyen-Orient a duré plus longtemps que les cinq semaines initialement prévues, et il se voit désormais contraint d’expliciter davantage l’intervention des États-Unis.
Il a avancé plusieurs justifications, notamment le cessez-le-feu en vigueur depuis le 7 avril. Cet argument est surprenant dans la mesure où des milliers de soldats américains sont toujours déployés au Moyen-Orient et que les ports iraniens ainsi que le détroit d’Ormuz sont toujours bloqués.
« Il est difficile de considérer qu’un cessez-le-feu marque la fin d’une guerre », souligne Serge Jaumain, professeur d’histoire contemporaine à l’ULB et directeur du Centre pour l’étude des Amériques AmericaS. « C’est une argutie juridique, pour justifier qu’ils peuvent continuer. Mais fondamentalement, il est tout de même difficile de considérer qu’un cessez-le-feu est la fin d’une guerre. Le terme lui-même le dit. Les négociations de paix sont en cours, mais la paix n’est pas encore atteinte. Tant qu’il n’y a pas de signature d’accord de paix, en principe, on est toujours en guerre ».
Le deuxième argument de Donald Trump est que d’autres présidents ont agi de la sorte auparavant. Il a raison à cet égard, en citant des cas comme le bombardement de la Libye par Barack Obama, qui a duré plus de soixante jours, ou la guerre au Kosovo en 1999 sous Bill Clinton, ainsi que l’invasion de la Grenade commandée par Ronald Reagan en 1983.
« Certains présidents ont engagé les États-Unis dans des conflits sans avoir l’autorisation du Congrès », explique le professeur d’histoire contemporaine. « Ils ont même parfois dépassé les soixante jours. Une question devrait un jour être tranchée, sur laquelle la Cour suprême a toujours refusé de se prononcer nettement ».
Donald Trump semble donc vouloir éviter le délai de soixante jours tout en prenant soin de prévenir le Congrès à travers une lettre adressée à certains responsables. Pourquoi cette précaution alors que le Congrès lui est généralement favorable (avec 218 députés sur 435 à la Chambre et 53 sénateurs sur 100) ? Serge Jaumain remarque que dans la lettre de Donald Trump, « il se sent obligé de le faire alors que, dans un premier temps, il avait estimé ne pas avoir besoin de l’accord du Congrès. Cela montre qu’il fait face à une certaine pression ».
Cette pression est liée à l’impopularité de la guerre contre l’Iran aux États-Unis, ainsi qu’à une échéance électorale significative : « Nous approchons des élections de mi-mandat. Certains élus républicains savent qu’ils devront se présenter devant les électeurs et le fait d’avoir soutenu la guerre pourrait poser problème pour eux », observe Serge Jaumain.
La question du positionnement de ces élus par rapport à Donald Trump est cruciale et s’apparente à un exercice d’équilibre, car pour être candidat républicain aux élections de mi-mandat, il faut d’abord passer les primaires. Celles-ci ont commencé le 3 mars et se termineront le 15 septembre, avec des élections déjà effectuées dans cinq États.
Dans une série de primaires, « sans l’aval de Donald Trump, on n’aura pas l’aval du parti républicain ». Le Grand Old Party est en effet très soumis au président américain. La situation promet d’être complexe d’ici les élections de mi-mandat du 3 novembre.

