France

1er-Mai : « Il faut leur laisser le choix » en boulangeries et fleuristes.

Ce vendredi 1er mai, les vitrines de la boulangerie Coupel à Rennes sont déjà quasiment vides et une quinzaine de clients est présente dans le commerce. Céline Houdou, propriétaire du magasin « Allons voir la rose », a décidé d’ouvrir ce 1er mai pour soutenir la filière horticole.


«C’est comme ça depuis ce matin, on n’arrête pas. Vous auriez dû venir il y a une heure, c’était encore pire, il y avait du monde partout.» Il est presque 10h30 ce vendredi 1er mai, et les rayons de la boulangerie Coupel sont presque vides. À notre entrée dans ce commerce de la rue Saint-Hélier à Rennes, une quinzaine de clients s’y trouvent. Isabelle, l’une des vendeuses, n’a pas le temps de s’attarder. Elle indique rapidement que l’an passé, le magasin n’avait pas ouvert, craignant des sanctions. Mais cette année, la boulangerie reste ouverte pour la Fête du travail, malgré l’ambiguïté qui entoure ce jour férié où peu de salariés sont autorisés à travailler.

À Rennes comme dans d’autres villes françaises, des boulangeries et des fleuristes ont choisi d’ouvrir. «Je n’ai même pas eu le temps de sortir mes plantes devant la boutique. Ça n’arrête pas.» Céline Houdou, propriétaire du magasin «Allons voir la rose», a donc décidé d’ouvrir ce 1er mai. «Je le fais avant tout pour soutenir la filière horticole. Il y a un gros enjeu avec le muguet. Si on n’ouvre pas, ça a des conséquences derrière», déclare la fleuriste.

Le problème réside dans la compréhension des autorisations. En Isère, une boulangerie a été condamnée pour avoir fait travailler des salariés ce jour férié. L’an dernier, certains commerces de Vendée avaient également été sanctionnés, avant d’être acquittés. «La loi n’est pas claire. Hier encore, on recevait des mails de l’interprofession. Personne n’y comprend rien. Ce qu’il faut, c’est une clarification.» Ce vendredi, Céline Houdou n’a pas souhaité faire venir ses salariés… mais pas par peur de sanction. «Ils travaillent déjà dimanche. J’avais envie de leur offrir leur jour de repos. C’est important à mes yeux.»

Les clients se montrent favorables aux petits commerces. Ce matin-là, deux éléments frappent lors d’une promenade dans les rues de Rennes. D’une part, peu de commerces sont ouverts, très loin du 70 % annoncé par un représentant de la boulangerie. D’autre part, une foule se regroupe devant toutes les enseignes ouvertes. «J’étais au café pas loin et j’ai vu qu’il y avait du monde, donc je suis venu prendre mon pain. Je suis content que ce soit ouvert. Parce que ce sont des artisans, des petits patrons indépendants. Pour eux, un jour de travail en plus, c’est un moyen de payer leurs charges, leur Urssaf», témoigne Thomas, qui achète son pain rue Saint-Hélier.

Ce travailleur indépendant, habitué à travailler les week-ends et jours fériés, estime qu’il est important de laisser aux commerçants le choix d’ouvrir ou non. «Il faut leur laisser le choix.» Gérard, quant à lui, ne partage pas cet avis. Arrêté sur le trottoir, il fait valoir que le 1er mai est sacré. «Moi, je milite pour que tout soit fermé, sans exception. Pour le personnel, c’est mieux, c’est un vrai jour off, pour se retrouver en famille.» Mais alors, pourquoi est-il venu acheter du pain aujourd’hui ? «C’est vrai que c’est un peu contradictoire», admet-il.

Concernant les grandes surfaces, dans la file d’attente du fleuriste de Vern-sur-Seiche, Gaëlle attend son tour. Dans cette petite commune au sud de Rennes, quelques commerces ont ouvert, mais seulement une des quatre boulangeries a décidé de lever le rideau. «Je trouve que c’est bien de laisser les petits commerces ouvrir s’ils en ont envie. Je viens là acheter mon muguet, c’est un moment important», explique cette enseignante expatriée en région parisienne.

Installée à proximité, Christiane attend de vendre les peu de brins qui lui restent. «Il n’est pas très beau cette année, il a fait trop chaud», indique-t-elle. Retraitée du secteur hospitalier, Christiane a souvent travaillé le 1er mai. Cependant, elle estime que cette journée doit rester sacrée. «Dans la santé, c’est normal de travailler les jours fériés, mais sinon, je pense qu’il faut mettre un maximum de monde au repos. Enfin, sauf ceux qui sont volontaires. Mais il ne faut surtout pas ouvrir les grandes surfaces, juste les petits commerces», souligne la retraitée.

Dans le café adjacent, trois étudiants sont au service. «On travaille ici habituellement le week-end. On était volontaires pour venir aujourd’hui», explique l’un des serveurs. Ce vendredi, ils seront payés double, comme le stipule la loi. «Je pense que les étudiants sont contents de travailler sur des jours comme ça», ajoute Philippe Jouanin, le patron du Press Café.

Son bar-tabac reste toujours ouvert le 1er mai, à l’exception du 25 décembre et du 1er janvier. «Je pense que chacun devrait pouvoir décider s’il veut ouvrir ou pas.» Il est interrompu par le son du téléphone qui sonne. «Ça n’arrête pas depuis ce matin. Tous les gens veulent savoir si on est ouverts.» Dans le bistrot, quelques clients sont attablés, mais c’est surtout l’espace tabac-presse qui attire la clientèle. «Si on n’avait personne, je n’ouvrirais pas», conclut le patron.