Tunisie

Quand le rapport de force remplace le dialogue

Dimanche dernier, le ministère libanais de la Santé a annoncé que des frappes de l’armée sioniste sur le sud du pays avaient fait 14 morts, malgré la récente prolongation du cessez-le-feu. Au sud du Liban, comme à Gaza, comme en Cisjordanie, cette réalité produit un double effet : d’un côté, elle installe une forme de sidération, de l’autre, elle alimente des dynamiques de résistance, politiques ou symboliques, qui s’inscrivent dans la durée.


Les scénarios de l’occupation de Gaza se reproduisent au Liban, avec des thématiques presque identiques et dramatiques : le Sud-Liban est vidé de ses habitants, occupé militairement, son territoire morcelé, les chars et autres blindés sont positionnés, prêts à tirer sans avertissement à la moindre agitation. Dimanche dernier, le ministère libanais de la Santé a déclaré que des frappes de l’armée israélienne sur le sud du pays avaient causé 14 morts, malgré la récente prolongation du cessez-le-feu. Pendant ce temps, « la diplomatie » se manifeste par des discours habituels et polis. Évoquer la diplomatie dans ce contexte d’occupation est un contresens, il convient plutôt de parler de discussions entre dominants et dominés.

Il est tentant de parler de répétition, comme si l’histoire se déroulait mécaniquement. Cependant, la situation au sud du Liban n’est pas une simple reproduction d’un texte déjà écrit ailleurs, mais représente une reconfiguration d’une même logique, adaptée à un autre terrain et reconnaissable à ses conséquences : dépeuplement des zones frontalières, militarisation intense, surveillance constante.

Dans ces circonstances, les mots perdent leur sens. Évoquer le terme diplomatie semble presque abusif. La diplomatie implique, en principe, une certaine symétrie entre les parties ou au moins la reconnaissance mutuelle d’une légitimité à négocier. Cependant, lorsque le Sud-Liban est sous pression militaire directe, lorsque ses habitants sont contraints de fuir, lorsque la force impose le tempo, ce qui s’ouvre n’est pas un espace de négociation équilibrée. On pourrait dire qu’il s’agit plutôt d’un cadre où l’un impose et l’autre s’efforce de limiter les pertes.

Le parallèle souvent établi avec Gaza est moins une stricte uniformité des situations qu’une perception commune : celle d’un territoire morcelé, surveillé, où la continuité de la vie civile est interrompue. Dans les deux cas, la question centrale demeure celle du statut des populations. Que devient une société lorsque ses membres sont déplacés, dispersés, éloignés de leurs propres lieux de vie ? Ce n’est pas seulement une crise humanitaire ; c’est une transformation profonde du lien au territoire, à la mémoire et à l’avenir.

Au sud du Liban, comme à Gaza et en Cisjordanie, cette réalité engendre un double effet. D’un côté, elle installe une forme de sidération, de l’autre, elle alimente des dynamiques de résistance, politiques ou symboliques, qui s’inscrivent dans la durée.

Reste la question lancinante : comment sortir de ce cercle ? Tant que la force demeure le principal langage, les « discussions » risquent de n’être que des suspensions, des moments de gestion davantage que de résolution. Redonner corps au terme diplomatie nécessiterait de réintroduire des garanties réelles, des cadres reconnus, une capacité à faire respecter les engagements. En d’autres termes, il s’agirait de déplacer le centre de gravité, du rapport de force vers le droit.

En attendant, les habitants du Liban (et bien sûr Gaza) vivent dans cet entre-deux incertain, où l’occupation n’est pas toujours déclarée, mais jamais vraiment absente. Et chaque jour qui s’écoule prolonge une situation dont l’issue demeure, pour beaucoup, hors de portée.