Belgique

Un jour, une carte : un pont ou tunnel entre Suède et Finlande contre la Russie.

Le projet de pont visant à relier Umeå en Suède et Vaasa en Finlande date des années 1970 et serait une solution pour améliorer l’économie de ces deux villes. Actuellement, le coût estimé de ce projet pourrait atteindre jusqu’à 30 milliards d’euros, ce qui suscite des réticences tant du côté suédois que finlandais.


Ce projet de pont remonte aux années 1970. Il vise à établir une connexion entre Umeå en Suède et Vaasa en Finlande, avec pour objectif de stimuler l’économie de ces deux villes de moins de 100 000 habitants, situées de part et d’autre du golfe de Botnie, la partie la plus au nord de la mer Baltique. Cette traversée de près de 100 kilomètres doit actuellement se faire par ferry, ce qui prend près de 4 heures, une traversée compliquée en hiver lorsque la glace obstrue le golfe. Par voie terrestre, le détour est considérable, atteignant un millier de kilomètres par route ou par train, ce dernier étant à peine rétabli après des années d’interruption.

**Pont ou tunnel ?**

Le projet envisage de créer une liaison fixe nommée Nordic Connector, qui pourrait adopter la forme d’un ou plusieurs ponts reliant les nombreuses îles du détroit.

Cependant, le coût élevé pose problème. Pour l’instant, le projet demeure à l’état d’ébauche. En effet, plusieurs scénarios sont examinés, six au total, incluant des ponts mais aussi des tunnels, tant routiers que ferroviaires, ou les deux.

Les tunnels présentent l’avantage d’être moins sensibles aux conditions climatiques, surtout en hiver, car la glace exerce une pression considérable sur les structures des ponts, qui doivent également faire face aux tempêtes et aux courants marins. Comparé à un pont, un tunnel semble donc mieux protégé, ce qui est également valable face aux risques de sécurité en cas de conflit.

**Un intérêt stratégique face à la Russie**

La Suède et la Finlande sont les derniers pays à avoir intégré l’Otan, respectivement en 2024 et en 2023, des adhésions en réaction à l’invasion russe en Ukraine. Il est important de rappeler qu’au sein de cette région, la Norvège et le Danemark sont des membres fondateurs de l’Alliance, tandis que les trois États baltes l’ont rejointe en 2004.

Dans le cadre d’une défense européenne, la proposition d’une liaison entre la Suède et la Finlande est pertinente. Cela ne concerne pas seulement ces deux nations, mais aussi la Norvège, notamment avec le port en eaux profondes de Mo i Rana, sur la côte ouest norvégienne. En cas de conflit sur le flanc est, ce serait par là que pourraient transiter les renforts et les approvisionnements de l’Otan, sachant que la Finlande partage 1 340 kilomètres de frontière avec la Russie.

Cette liaison serait plus fiable que les alternatives par le nord, que ce soit par voie terrestre ou maritime, à travers la Baltique, où des incidents étranges se produisent régulièrement.

**Un projet difficile à financer**

Étant donné le coût colossal, jusqu’à 30 milliards d’euros, les Suédois et les Finlandais se montrent réticents.

Certains, comme le Parti des Finlandais, une formation d’extrême droite, préfèrent envisager un axe nord-sud, nécessitant également la construction d’un tunnel sous la mer, mais beaucoup plus court et moins coûteux, entre Helsinki et Tallinn en Estonie. Ce projet s’inscrit dans le cadre de Rail Baltica, une nouvelle ligne ferroviaire qui relierait les trois États baltes et la Finlande à la Pologne, une autre manière de renforcer les liens de ces pays avec l’Europe occidentale face à la menace russe.

Il serait également nécessaire de mettre aux normes européennes l’écartement des voies en Finlande, un vestige de l’Empire russe et des Soviétiques, ce qui représente aussi un coût significatif.

L’Europe pourrait contribuer au financement de ce pont ou de ce tunnel sous le golfe de Botnie, en partenariat avec des investisseurs privés.

Pour l’heure, le projet est au point mort, d’autant plus que la région abrite des réserves naturelles protégées.

Cependant, à l’avenir, le sous-sol marin du golfe de Botnie pourrait offrir une solution : les scientifiques observent un relèvement progressif de 8 à 10 mm par an, un phénomène appelé rebond isostatique, où les fonds du détroit se soulèvent, résultat tardif des glaciations. Ce processus pourrait relier naturellement la Finlande et la Suède d’ici 2000 ans.