Atlético – Arsenal : Après PSG-Bayern, comment ne pas sombrer dans le « terrorifico » ?
Le PSG et le Bayern s’affronteront en demi-finale de la Ligue des champions, tandis que l’Atlético de Madrid rencontrera Arsenal dans l’autre demi-finale. Robert Pirès a déclaré : « C’est sûr que ce match fait moins rêver. »
Qu’on l’appelle le destin ou le hasard, le sort n’a pas fait dans la demi-mesure en dessinant les affiches des demi-finales de la Ligue des champions. D’un côté, un PSG-Bayern de rêve, qui ressemble à une finale avant l’heure, entre les deux équipes les plus passionnantes de la saison en Europe. De l’autre, ce que l’on désigne comme le « terrorifico », mettant en scène l’Atlético de Madrid et Arsenal, qui partagent un attrait pour le beau jeu quasi inexistant et une soif de titre immense.
Si l’on savait d’avance que la transition entre ces deux rencontres serait marquée par une intensité indéniable, ce que nous avons vécu mardi soir au Parc des Princes, avec l’une des plus belles démonstrations de football total de l’histoire de la Ligue des champions, pose la question de la prudence avant de passer de l’un à l’autre, de crainte de se brûler les yeux.
Bien que les deux équipes aient mérité leur place dans le dernier carré de la C1, peut-on réellement s’attendre à autre chose qu’une lutte acharnée entre un Diego Simeone, expert en endormissement de l’adversaire (et des spectateurs), et un Mikel Arteta, qui semble avoir renoncé au beau jeu ces derniers mois ? Il est également possible de considérer que ce sommet du football européen pourrait représenter le meilleur en matière de « HaramBall », ce terme issu des réseaux sociaux désignant les équipes en désaccord avec le ballon et le beau jeu en général.
Ancien Gunner de la grande époque, lorsque Arsenal pouvait briller sur le terrain tout en remportant des titres, Robert Pirès rit à l’idée de notre « terrorifico ». « Vous êtes durs ! Ce n’est pas très sympa pour les joueurs, mais je comprends l’idée. C’est sûr que ce match fait moins rêver, admet-il. Dans le jeu, que ce soit Arsenal ou l’Atlético, c’est ultra-défensif, ultra-frileux. Cependant, on ne peut pas dire non plus qu’Arsenal ferme totalement le jeu et refuse d’aller de l’avant. Même si c’est moins flamboyant qu’auparavant, ils essaient quand même de proposer un jeu offensif. »
Interrogés séparément, Ridler, créateur de contenu anglais fan des Gunners, et Abdul, supporter français de l’Atlético et créateur de la page Facebook des fans tricolores, font preuve de recul et d’honnêteté face aux doutes suscités par le match à venir.
« Je comprends les appréhensions des gens avant ce match. Arsenal, surtout récemment, joue un football très prudent alors que l’Atlético a toujours la réputation d’être l’une des équipes les plus défensives d’Europe, surtout lors des grands matchs. Nous nous attendons donc à un match ennuyeux, car aucune des deux équipes ne joue actuellement comme le PSG ou le Bayern. Mon conseil pour ceux qui regarderont ? Préparez-vous une tasse de thé… et programmez peut-être un réveil au cas où vous vous endormiez devant votre télé ! »
Pour Abdul, davantage habitué que son homologue à se faire taquiner concernant le style de jeu de son équipe, les moqueries lui glissent dessus comme un tacle rageur de Griezmann après un retour défensif. « Ce sont des petites piques qui me font bien rire. J’apprécie ce côté taquin dans le football, même si nous en sommes souvent la cible ! C’est vrai que ce n’est pas toujours agréable à voir, je l’admets. Cette saison, c’est un peu les montagnes russes : parfois tout nous réussit, et nous réalisons de belles performances, et d’autres fois, nous sommes contraints de reculer et de subir, en proposant ce jeu “moche” que tout le monde nous reproche. »
Attention cependant à ne pas tomber dans le piège des clichés trompeurs. Bien que les deux équipes se disputent le titre de la plus besogneuse d’Europe, on constate que les jeux des Colchoneros semblent plus ouverts et moins défensifs qu’auparavant, tandis qu’Arsenal s’enfonce un peu plus chaque semaine dans ce qu’on pourrait appeler le « ugly game » depuis le début de l’année 2026. Il fallait avoir un bon courage pour ne pas fuir devant le spectacle proposé par les Gunners contre Newcastle le week-end dernier. Néanmoins, les supporters anglais ne feront pas les difficiles si leur équipe décroche un titre majeur en fin de saison.
« C’est l’histoire de ces trois, quatre dernières saisons : Arsenal joue bien, c’est plaisant à regarder, mais à la fin, il n’y a pas de trophées. Aujourd’hui, les supporters estiment que c’est leur chance en Premier League et peut-être en C1, et tant pis si le jeu est moins flamboyant, soutient l’ancien Gunner et consultant sur Canal+. Au final, je pense que nous pourrions être agréablement surpris parce que l’Atlético n’est plus exactement le même qu’il y a quelques années. J’ai vu le match face au Barça, on ne peut pas dire que ce soit une équipe qui ne fait que défendre. »
C’est vrai que, depuis quelques années, de manière similaire à Deschamps avec les Bleus, Simeone a assoupli son approche en proposant à ses joueurs un projet de jeu un peu plus dynamique, ce qui se traduit par de meilleures statistiques offensives (l’Atlético marque plus) et une défense qui n’est plus aussi infranchissable qu’auparavant. Abdul regrette toutefois la solidité que l’Atlético a perdue.
« Cela fait plusieurs années que Simeone a abandonné son 4-4-2 et tente d’apporter plus d’éléments en attaque. Mais cela reste saupoudré d’un jeu “zéro risque”, un peu trop lent à mon sens, sans être forcément plus efficace offensive. Et en contrepartie, défensivement, ce n’est plus ce que c’était… On parle toujours de l’Atlético comme d’une équipe qui sait défendre, mais aujourd’hui, nos rares matches sans encaisser de but sont parfois dus à la chance. Nous ne défendons plus avec la même aisance : c’est devenu panique, cafouillage et maladresse. Je regrette l’époque de Godín, Filipe Luis, Juanfran, Miranda… Nous n’avons jamais vraiment su les remplacer. »
C’est peut-être ce qui nous sauvera, nous, simples spectateurs sans préférence, ce mercredi soir devant notre écran. Robert Pirès déclare : « Cela peut aussi profiter aux Gunners, qui aiment avoir le ballon et qui ont des joueurs capables de profiter des espaces et de s’amuser à entrer dans les brèches. Je pense que nous pourrions être agréablement surpris. »
En fin de compte, qui sait, sur un malentendu, nous ne sommes peut-être pas à l’abri de voir quelques buts du côté du Metropolitano de Madrid, comme ce fut le cas à l’Emirates en octobre dernier, où les Gunners l’emportèrent 4-0 contre l’équipe de « Cholo ». Et dans le pire des cas, si nous sortons vivants de cette nuit d’horreur, ce ne sera que mieux pour nous projeter sur le match retour palpitant qui nous attend mercredi prochain à l’Allianz Arena entre Paris et le Bayern.

