L’eurodéputée Saskia Bricmont appelle l’accord UE-Mercosur une « défaite démocratique »
L’accord de libre-échange commercial entre l’Union européenne et les pays du Mercosur s’applique à titre provisoire à partir du 1er mai. La députée européenne Saskia Bricmont critique l’entrée en vigueur partielle de l’accord, la qualifiant de « défaite démocratique ».
L’accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et les pays sud-américains du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) sera appliqué de manière provisoire à partir du 1er mai. Cette mise en œuvre préliminaire fait suite à une décision du Conseil de l’Union européenne (États membres), à laquelle la Belgique s’est abstenue, notamment en raison de l’opposition de la Wallonie.
La députée européenne Saskia Bricmont (Ecolo) a critiqué l’entrée en vigueur partielle de cet accord, considérant cela comme non seulement une défaite politique mais aussi « une défaite démocratique ». Elle explique que la Commission européenne met en œuvre la partie commerciale du traité sans attendre l’approbation du Parlement européen ni l’avis de la Cour de justice de l’UE. « Vous êtes d’accord, vous, avec le fait que vos élus n’aient pas leur mot à dire, alors qu’en principe, le Parlement européen doit donner son feu vert à cet accord ? » s’indigne-t-elle dans une interview de Thomas Gadisseux pour Matin Première.
Bricmont dénonce également un « fait accompli » qui engendre une incertitude juridique : si la Cour juge l’accord incompatible avec le droit européen, tout pourrait être compromis.
L’accord UE-Mercosur, négocié pendant près de 25 ans, prévoit la création d’une vaste zone de libre-échange regroupant plus de 700 millions de consommateurs. À partir du 1er mai, la dimension commerciale sera mise en application : cela implique une réduction drastique ou une suppression des droits de douane sur 91 % des exportations européennes (voitures, machines, vins et spiritueux) et l’ouverture du marché européen aux produits agricoles sud-américains (viande bovine, volaille, riz, miel et soja), sous certaines conditions de quotas.
Cependant, Saskia Bricmont souligne que les volets politiques et environnementaux restent en attente de ratifications officielles. Elle déplore que « cela peut encore durer un petit temps ».
En attendant, elle s’inquiète des nombreux aspects négatifs du traité : absence de garanties environnementales contraignantes, risques accrus de déforestation, utilisation de pesticides interdits en Europe et concurrence déloyale pour les agriculteurs européens.
L’eurodéputée fait remarquer que de chaque côté de l’Atlantique, l’accord bénéficie principalement aux grandes industries (automobile, chimie, agro-industrie), tandis que les agriculteurs et les populations locales en subissent les conséquences.
« Les autorités applaudissent, l’agrobusiness applaudit, l’industrie pharma et des produits chimiques ici applaudissent, puisqu’elle peut exporter des produits qu’elle ne peut plus vendre sur le marché européen pour des raisons sanitaires et environnementales », détaille-t-elle. « L’industrie agroalimentaire flamande applaudit aussi chez nous. Une partie de l’industrie, effectivement, qui est exportatrice et qui va bénéficier de ces baisses de quotas, est intéressée. »
Elle ajoute que les citoyens du Mercosur partagent les mêmes inquiétudes que les Européens. « J’ai rencontré des paysans [au Brésil et en Argentine] qui vont être impactés puisque le modèle agrobusiness utilisateur de pesticides va être renforcé. Ils souffrent de la déforestation, ils souffrent de l’usage intensif des pesticides qui sont beaucoup moins régulés qu’ici. C’est beaucoup moins encadré et ils continuent à utiliser des pesticides interdits qui provoquent des cancers, mais aussi qui sont encore utilisés à l’aide d’avions. Ce sont des méthodes qui ne sont pas utilisées chez nous. Donc ça va favoriser les fermes usines contre les fermes familiales, un peu comme ce qu’on craint ici en Europe aussi. »
Enfin, bien que l’accord puisse présenter des opportunités économiques, elle estime qu’il engendre un « déséquilibre » et du « dumping social et environnemental ». Elle plaide en faveur d’accords commerciaux plus équitables, respectant des normes écologiques et sociales strictes.

