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Espace : Le Centre spatial guyanais ne prépare pas les lancements d’Ariane 6.

ArianeGroup doit lancer jeudi une nouvelle fusée en version A64, emportant à nouveau 32 satellites de la constellation Amazon Leo. Le jour du lancement, le lancement d’Ariane 6 est prévu entre 10h08 et 10h57 (heure de Paris).

Ariane 6 livrera-t-elle à nouveau ses « colis » Amazon dans les délais ? ArianeGroup doit procéder, jeudi, au lancement d’une nouvelle fusée en version A64 (avec quatre boosters au lieu de deux), emportant encore 32 satellites de la constellation Amazon Leo, deux mois et demi après le premier lancement d’Ariane 6 dans cette configuration améliorée. Le 12 février dernier, le lancement de la première fusée A64 depuis le Centre spatial guyanais (CSG) à Kourou (Guyane), qui transportait déjà 32 satellites Amazon Leo, s’était parfaitement bien déroulé.

Ariane 6 sous son portique avant le décollage, le 12 février dernier à Kourou.
Ariane 6 sous son portique avant le décollage, le 12 février dernier à Kourou. - M. Bosredon / 20 Minutes

20 Minutes a eu l’occasion d’observer sur place cette première historique. Le lendemain, une visite au Centre de lancement (CDL) de Kourou a été réalisée, endroit où toutes les opérations de mise en œuvre du lanceur sont effectuées. Ce bâtiment sécurise les personnes les plus proches de la fusée au moment de son décollage, à environ 8 km du pas de tir. Construit comme un bunker, ses murs font près d’un mètre d’épaisseur, capables de résister à des chocs jusqu’à dix tonnes. Par précaution.

Situé à quelque 8 km du pas de tir, le Centre de lancement est le bâtiment abritant des humains le plus proche du pas de tir lors du lancement de la fusée.
Situé à quelque 8 km du pas de tir, le Centre de lancement est le bâtiment abritant des humains le plus proche du pas de tir lors du lancement de la fusée. - M. Bosredon / 20 Minutes

« Il faut comprendre qu’une fusée, c’est une bombe, si ça explose, il n’y a plus rien, c’est pour cela qu’on est dans un bunker et que le système est bardé de capteurs – de température, de pression… – qui contrôlent tous les états, en permanence », précise Frédéric, directeur de chronologie de lancement au CDL.

« La base du mât a été entièrement brûlée »

Une fois le décollage réalisé, les ingénieurs et techniciens du CDL doivent rapidement remettre en état le pas de tir, en vue du lancement suivant. Dans cette configuration A64, la fusée génère environ 1.500 tonnes de poussée, et les températures au niveau des gaz de sortie atteignent 3.000 degrés au décollage. Face à des environnements aérodynamiques amplifiés par rapport à une Ariane classique (avec deux boosters), de véritables interrogations subsistaient concernant la résistance du pas de tir.

« En version A64, la fusée utilise notamment quatre jets ESR [Equipped Solid Rocket, autre désignation des boosters] au lieu de deux, qui se percutent et se déploient différemment, explique Frédéric. Nous avons constaté des choses sur le pas de tir que nous n’avions jamais rencontrées auparavant, notamment la base du mât qui a été entièrement brûlée. Ce n’est pas très grave, c’est juste une question d’esthétique, mais cela ne nous avait pas été signalé. Les fumées se sont également dispersées de manière impressionnante. Cela ne se produisait pas auparavant. Nous devrons apporter quelques ajustements mineurs pour corriger cela. »

Après le nettoyage du site, « tous les systèmes et capteurs critiques sont recontrôlés, on remplace ce qui est endommagé… On appelle cela l’état de référent opérationnel, poursuit le directeur de chronologie de lancement du CDL. À l’issue de cette phase, nous pouvons repartir sur un lancement. » L’objectif est de réduire le plus possible la durée de chaque phase de lancement pour atteindre, en 2027, neuf à dix lancements par an, et dix ou plus à partir de 2028, contre cinq à sept lancements par an pour Ariane 5.

Tout en maintenant une précision chirurgicale. Les équipes d’ArianeGroup soulignent qu’Ariane 6 n’a connu aucun échec lors de ses six premiers lancements. Mieux encore, « depuis le troisième vol, nous décollons à l’heure, et en début de fenêtre, c’est-à-dire lors de la première tentative, souligne Frédéric. Ce n’était pas le cas pour Ariane 5 ni pour Ariane 4. Nous tirons parti de toute l’expérience acquise avec les lanceurs précédents. »

Processus industriel optimisé

La montée en cadence pour Ariane 6 résulte également d’un processus industriel optimisé. Comme pour les précédentes Ariane, les étages de la fusée sont conçus sur les différents sites d’ArianeGroup en Europe (Le Haillan, Saint-Médard-en-Jalles, Les Mureaux, Vernon et Brême), mais pour Ariane 6, il a été décidé de procéder à l’horizontal afin d’accélérer le processus, et de réaliser tous les essais fonctionnels (étanchéité, équipement, connexion électrique) sur ces sites.

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Les divers composants sont ensuite transportés à bord du navire Canopée jusqu’au port de Pariacabo, en Guyane, point d’entrée du Centre spatial guyanais (CSG). « Ici, il ne reste plus qu’à connecter les étages entre eux, ce qui s’effectue en deux semaines avec seulement une trentaine d’opérateurs, explique Mathurin, ingénieur intégration lanceur chez ArianeGroup. On commence par introduire dans le bâtiment d’assemblage lanceur (BAL) l’étage supérieur, qui est transporté à l’aide de véhicules automatiques (AGV, automatic guided vehicles), puis l’étage inférieur, et l’intégration des deux se réalise en les rapprochant. La couture mécanique se fait à l’aide de vis, via des clés connectées qui transmettent automatiquement le couple de serrage à des ordinateurs. »

Le BAL (Bâtiment d'assemblage lanceur) est le hangar où sont connectés les deux étages principaux de la fusée.
Le BAL (Bâtiment d’assemblage lanceur) est le hangar où sont connectés les deux étages principaux de la fusée. - M. Bosredon / 20 Minutes

Le corps central est ensuite transporté jusqu’au portique en zone de lancement, où il est placé en position verticale. Les boosters (deux ou quatre selon la configuration) sont ensuite ajoutés, avant d’intégrer à la toute fin les satellites et la coiffe qui les protègent.

Le jour du lancement, après le retrait du portique, commence le remplissage des réservoirs en oxygène liquide [à – 183 °C] et en hydrogène liquide [à – 253 °C], jusqu’à la dernière seconde, à travers des bras qui se déconnectent de la fusée au moment précis du décollage, dans une scène quasi cinématographique. Un spectacle à suivre jeudi entre 10h08 et 10h57 (heure de Paris), période qui a été fixée pour le septième lancement d’Ariane 6.