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PSG – Bayern Munich : Deux géants, une seule vision du football

Luis Enrique a exprimé des craintes concernant le Bayern Munich lors de la conférence de presse de veille de match, affirmant que « s’il y a deux équipes qui attaquent très bien, il faudra savoir comment défendre. » Le Bayern Munich a inscrit 113 buts en Bundesliga cette saison, tandis que les meilleurs buteurs parisiens, Kvaratskhelia et Dembélé, n’en comptent que 16.


Et si le grand feu d’artifice ne se produisait pas ? Si le face-à-face tant attendu entre les deux géants offensifs, le PSG et le Bayern Munich, lors de la demi-finale aller de Ligue des champions, se transformait en une bataille de dissuasion et de frilosité ? Tout en réaffirmant sa volonté d’attaquer plus que son adversaire, Luis Enrique n’a pas écarté un tel scénario lors de sa conférence de presse, ce lundi. « Au contraire, clairement, s’il y a deux équipes qui attaquent très bien, il faudra savoir comment défendre. Et ça sera la clé. Attaquer, profiter d’attaquer de la meilleure manière, et savoir défendre ce type d’équipe. »

L’entraîneur parisien admire son adversaire – qui a été son bourreau lors de la saison régulière – autant qu’il craint sa puissance. « C’est une des équipes que j’aime le plus voir parce qu’ils jouent tout le temps à l’attaque. J’aime tous les entraîneurs mais spécialement les entraîneurs offensifs, et Vincent Kompany est sans aucun doute l’un d’entre eux. » En effet, son Bayern a largement dépassé les 100 buts (113) en Bundesliga cette saison, et qualifier le Belge de tourné vers l’avant est un doux euphémisme.

Si Luis Enrique aime tant le jeu du Bayern, c’est peut-être parce qu’il reflète la puissance offensive dont dispose son PSG grâce à un collectif redoutable. Les deux équipes comptent cinq joueurs ayant inscrit au moins dix buts, mais avec une distinction importante : les Bavarois possèdent la bombe H (pour Harry Kane), qui a déjà inscrit 53 buts, un total qui pourrait encore augmenter cette saison. En comparaison, les meilleurs buteurs parisiens, Kvaratskhelia et Dembélé, n’en comptent que 16, soit moins que les coéquipiers de l’Anglais, Luis Diaz (25) et Michael Olise (19), qui évoluent dans un championnat où la défense est parfois secondaire.

Il est également à noter que le Ballon d’Or a joué deux fois moins de temps que ceux-ci, et sa forme contre Liverpool le rapproche plus de sa version à 35 buts de l’année dernière que de ses performances inférieures. En somme, Dembouz est à Paris ce que Kane est au Bayern : une étoile capable de débloquer des situations.

N’en déplaise à Luis Enrique, qui a réaffirmé lundi son aversion pour les analyses individuelles – « penser à approcher ces gros matchs individuellement est une grande erreur » –, comparer Ousmane Dembélé et Harry Kane apporte autant de frissons aux amateurs de grands matchs qu’elle illustre les parcours opposés des deux attaquants au sein de collectifs désorganisés.

D’un côté, l’ailier talentueux qui explore des territoires avancés, apprenant à faire preuve de pragmatisme tout en restant fidèle à sa nature altruiste, dont Khvicha Kvaratskhelia a encore salué les qualités récemment. « Dembélé, je n’ai pas besoin de travailler beaucoup avec lui. Il me permet de me créer des opportunités, il me facilite la tâche et c’est une raison pour laquelle il a gagné le Ballon d’Or. Je suis content de l’avoir avec moi. »

De l’autre, le buteur talentueux devenu un joueur polyvalent qui s’intègre dans le style de jeu bavarois. Patrick Guillou, consultant pour beIN Sports, souligne la polyvalence ouverte de l’Anglais, démontrée lors du quart de finale aller contre le Real Madrid. « Il peut marquer un but, jouer en tant que numéro 10 et participer au jeu. Je pense que ses ouvertures vont faire mal au PSG, prévient-il. Il peut également jouer arrière-gauche si nécessaire, évoluer au milieu défensif, en fait, il peut jouer à tous les postes. »

« Il abat un travail considérable pour l’équipe, a analysé Jürgen Klinsmann pour le Fifa Training Centre. Il est toujours actif. Nous avons vu de quelle manière il parvient à créer du jeu et quelles sont les retombées pour l’équipe dans les phases de possession, mais il donne aussi le ton dans les phases sans ballon. »

La polyvalence de l’Anglais s’inscrit dans un jeu moderne où l’adaptabilité devient la norme. Un domaine où l’entraîneur parisien a su prendre une longueur d’avance en convertissant ses joueurs à d’autres fonctions mais aussi à d’autres postes sur le terrain, comme en témoignent les cas Warren Zaïre-Emery (latéral droit), Bradley Barcola (également utilisé en pointe) et, plus récemment, Lucas Beraldo (milieu défensif). Il est intéressant de noter que si ces mutations surviennent sous la contrainte d’un effectif limité, elles parviennent pourtant à orchestrer le chaos organisé tant redouté par les adversaires du PSG, en contraste avec l’organisation plus conventionnelle des Bavarois.

Car contrairement au PSG, le Bayern s’efforce de maintenir une identité de jeu historique, centrée autour d’un numéro 9 puissant à l’image de Lewandowski, Klose, Müller, Hoeness, Elber, etc., ainsi que d’ailiers percutants. La spécialité du crochet extérieur et de la lucarne d’Olise ne rappelle-t-elle pas certains précédents ? Pour ce qui est de Luis Diaz, les analystes allemands perçoivent en lui un écho de Franck Ribéry, tant son hargne et sa détermination frappent.

Encore une fois, la force de Vincent Kompany réside dans sa capacité à moderniser ces concepts, souligne Patrick Guillou. « La volonté dans la construction est d’isoler Olise et Diaz sur les ailes afin de créer des situations de un contre un, pour totalement déséquilibrer la défense adverse. Cependant, la finalité n’est pas de centrer naïvement vers le numéro 9 dans la surface. L’objectif est de déséquilibrer, de rentrer à nouveau, d’exploiter le déséquilibre créé sur les côtés pour conserver une avance dans la surface ou dans la zone décisive, les 25 derniers mètres, les 30 derniers mètres. Tout cela pour toujours trouver un joueur lancé, pour soutenir l’action. Ce n’est pas un jeu stéréotypé où on se contente de jouer dans les couloirs vers le centre. »

Reste à savoir si l’opposition de styles similaires fera éclater des étincelles ou si, comme le redoutait Luis Enrique, ces deux équipes de feu seront sacrifiées sur l’autel de la prudence. Au regard des philosophies de jeu partagées, les amateurs de beau spectacle peuvent rester optimistes, surtout que Kompany prévoit « un orage qui va se présenter et on ne sait pas dans quel sens cela ira, tant la qualité est grande des deux côtés ».