Belgique

Débat aux États-Unis sur la sélection d’embryons : des « bébés sur mesure »

Dax, né il y a cinq semaines en Californie d’une mère porteuse, a une taille prédite de 1m92 et un QI de 146, selon son père Arthur Zey. Le processus de sélection d’embryons basé sur des analyses génétiques est interdit en France.


Un bébé presque parfait ? Dax, né il y a cinq semaines en Californie d’une mère porteuse, a été choisi en raison de ses gènes prometteurs. « Les données indiquent pour lui une taille de 1m92 et prédisent un QI de 146, ce qui est plutôt bon, ainsi qu’une espérance de vie supérieure de près de deux ans à la moyenne », explique Arthur Zey, son père.

Cet informaticien et son mari américains ont sélectionné, parmi les 12 embryons fécondés et dont les gènes ont été analysés, celui qu’ils jugeaient le meilleur : « Ce qui m’intéressait le plus, c’était le critère de l’intelligence, honnêtement. L’idée, c’est de minimiser le facteur chance dans tout ce processus. Imaginons qu’il grandisse et que finalement il ne devienne pas un génie. Est-ce que je vais être un peu déçu ? Oui. Surpris, surtout, forcément. Mais le principal reste qu’il soit heureux, en bonne santé et utilise au mieux ses capacités. »

Dans le pays de la démesure, il n’y a pas que les gratte-ciel qui repoussent les limites du possible. Une publicité géante dans le métro new-yorkais proclame : « choisissez votre bébé, le meilleur, le plus intelligent, avec la meilleure santé. » C’est la nouvelle tendance des milliardaires de la Silicon Valley qui investissent massivement dans des start-ups d’optimisation génétique, engagées dans une course effrénée pour créer le bébé du futur.

L’une de ces entreprises, Herasight, a ouvert ses portes à France Télévisions. Dans ce laboratoire en Caroline du Nord, l’ADN est extrait et le génome entier de chaque embryon est séquencé, tout comme celui des parents. « Il nous faut entre 48 et 72 heures pour obtenir suffisamment de données pour chaque échantillon », précise une employée. L’objectif est de croiser les informations et d’établir un score polygénique, c’est-à-dire une évaluation des prédispositions de chaque fœtus à développer un certain trait ou une maladie.

Ce processus de sélection d’embryon est interdit en France. Les États-Unis figurent parmi les rares pays à l’autoriser. Justin Schleede, le directeur du laboratoire, justifie cette pratique en invoquant un droit à maîtriser la situation : « Le but est d’avoir des enfants en bonne santé, qui réussissent, qui ont tous les avantages dans la vie, peu importe l’avantage. »

Est-ce que ce n’est pas un risque ? Une porte ouverte à l’eugénisme ? « Il y a toujours un risque que le gouvernement intervienne et prenne le contrôle, force les gens à faire des choses », reconnaît Justin Schleede, « Mais ce n’est absolument pas ce qui se passe ici. Nos clients sont des individus qui veulent avoir un choix en toute liberté. »

Victoria et Marshall Fritz n’ont pas de problèmes de fertilité. Ils ont volontairement choisi de procéder à une FIV avec leurs propres gamètes pour pouvoir sélectionner un bébé robuste, ce qui leur coûte 25.000 dollars supplémentaires. Ils doivent maintenant choisir entre 14 embryons, c’est-à-dire entre des moments de pourcentages.

« Sur chaque embryon, comme celui-ci, on peut examiner la probabilité de cancers divers, de glaucomes, de cancer de la prostate. Celui-là, par exemple, a d’importants risques de développer un diabète de type 1, » détaille Marshall Fritz. Victoria Fritz, qui est diabétique de type 1, ne souhaite pas que son enfant hérite de cette maladie, bien que tout ce processus l’ait interrogée. « Peut-être que mes parents ne m’auraient pas choisie si cette technologie avait existé avant. Je ne sais pas si j’aurais été retenue. C’est quelque chose qui m’a fait réfléchir. On voit les risques de maladie de chaque embryon, mais on doit se rappeler qu’il ne s’agit que de risques. Et ne pas avoir une santé parfaite n’empêche pas d’avoir une vie épanouissante. Je suis très heureuse d’être en vie, même si je n’ai pas un bulletin de santé parfait. »

Ce n’est que le début. Ces entreprises privées envisagent bientôt de commercialiser la sélection de la couleur des yeux ou des cheveux, et leurs ambitions vont encore plus loin. Des chercheurs en bioéthique tirent la sonnette d’alarme. Parmi eux, Vardit Ravitsky, présidente du Hastings Center, centre de recherche en bioéthique, déclare : « Il y a un terme en bioéthique que nous appelons ‘la pente glissante’. Parce qu’une fois que nous avons compris la puissance de cette technologie, il y aura des pressions pour passer à la modification de l’ADN. Et nous observons déjà des entreprises qui mènent des recherches en ce sens. »

Cela d’autant plus que, pour l’instant, cette technologie n’a pas encore été pleinement validée par la recherche scientifique. Par ailleurs, les gènes ne font pas tout. Dax, comme tous les embryons sélectionnés, nécessitera bien plus pour devenir un adulte presque parfait.

Un reportage réalisé par D. Schlienger, S. Kourdouli, C. Guimier, A. Filippi, P. Leurent, M. Zambrano – Édité par l’agence 6Medias, France 2 (France Télévisions) et publié le 21 avril à 23h18.