France

Commission sur l’audiovisuel public : le rapport de Charles Alloncle peut-il vraiment être enterré ?

La commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public a été achevée au début du mois d’avril après 67 auditions. En cas de validation, le rapport serait publié le 4 mai et une proposition de loi pourrait être inscrite à l’ordre du jour de la niche parlementaire de l’UDR, le 25 juin.


« Les Français ne comprendraient pas qu’on enterre tout ce travail », déclare Charles Alloncle. La commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public s’est conclue début avril après 67 auditions, incluant des personnalités importantes de France Télévisions et de Radio France à l’Assemblée nationale. À l’issue de semaines de tensions médiatiques et de controverses, le rapporteur ciottiste a présenté ses conclusions et ses recommandations dans un rapport. Les parlementaires de la commission avaient quelques jours pour en prendre connaissance avant un vote crucial ce lundi. Ce rapport pourrait-il être enterré et ne jamais être partagé avec le grand public ?

Qu’est-ce que ce rapport ? C’est le résultat final de toute commission d’enquête. Charles Alloncle a rédigé un rapport de plusieurs centaines de pages résumant les échanges, souvent animés, avec les nombreuses personnes auditionnées au cours des derniers mois. « Cette commission a permis de nombreuses révélations sur les violations du pluralisme et de la neutralité, les conflits d’intérêts et les dérives financières de l’audiovisuel public », résume le député UDR de l’Hérault.

Les 30 autres membres de la commission ont pu consulter ce rapport jusqu’à ce lundi matin dans des conditions particulières. Pas de version numérique ni de copie papier, un seul exemplaire est accessible au sein de l’Assemblée nationale. Aucune photo n’est autorisée et les conclusions ne peuvent pas être divulguées avant la publication. Un « secret défense » qui intensifie la pression avant le vote. Le président Horizons de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, peut rédiger un avant-propos. Les autres groupes politiques peuvent également apporter leur contribution. Dans l’après-midi, les membres de la commission voteront à main levée pour ou contre la publication.

Pourquoi le vote est-il indécis ? Depuis le début de la commission, Charles Alloncle subit de vives critiques de la part des élus de gauche et du bloc central présents en commission. « L’extrême droite souhaite la privatisation de l’audiovisuel public, elle a donc utilisé cette commission comme tribune pour mener cette bataille culturelle, afin d’offrir des parts de marché à Bolloré, n’hésitant pas à tordre la vérité pour arriver à ses fins », critique Aurélien Saintoul, député LFI des Hauts-de-Seine. « Ce rapport est à l’image de la commission, elle a les mêmes obsessions, les mêmes attaques personnelles, la manipulation des faits. Ce sont 300 pages indigentes, sur le ton, la forme, c’est d’une nullité, rien ne va ! », tacle également Erwan Balanant, député MoDem du Finistère, après avoir consulté le document. « C’est un pavé indigeste, c’est un salmigondis, un mélange de considérations personnelles, de raccourcis… Il manque l’honnêteté intellectuelle pour qu’on puisse appeler ça un rapport… », ajoute Aurélien Saintoul.

Ces critiques sont rejetées par Charles Alloncle. « Depuis le début, j’ai été caricaturé, on m’a présenté comme un partisan de la privatisation de l’audiovisuel public pour nourrir les soupçons et discréditer cette commission », affirme-t-il, bien que son parti (UDR) souhaite une privatisation partielle. « La commission a mis en lumière la gabegie financière des 4 milliards d’euros et les arrangements entre amis, ce serait inadmissible d’enterrer ce rapport », prévient Roger Chudeau, député RN du Loir-et-Cher.

Que se passera-t-il en cas de vote négatif ? En cas de rejet, les documents seront archivés et ne pourront pas être publiés ni débattus, sous peine de sanctions pénales. Les vidéos des auditions et les comptes rendus seraient également retirés du site de l’Assemblée nationale. C’est un cas très rare mais déjà survenu : en 2011, la commission d’enquête sur les mécanismes de financement des organisations syndicales avait été étouffée.

« Est-ce qu’on préfère passer pour ceux qui valident un rapport déloyal, ou pour ceux qui sont accusés de le censurer ? », s’interroge Aurélien Saintoul, qui envisage de voter contre ou de s’abstenir. « En cas de rejet, le rapporteur ne manquera pas de crier au scandale et à la censure », soupire Erwan Balanant, qui envisage également de s’abstenir. Pour sa part, Charles Alloncle se montre confiant. « Les Français ne comprendraient pas qu’on appuie sur le bouton « suppression » juste pour avoir soulevé le capot de l’audiovisuel public, ce serait une faute démocratique », déclare-t-il. En cas d’approbation, le rapport serait publié le 4 mai. De plus, une proposition de loi reprenant ses recommandations pourrait être inscrite à l’ordre du jour de la niche parlementaire de l’UDR, le 25 juin.