Visa, main-d’œuvre et géopolitique : rebond du secteur diamantaire à Anvers
Le volume total des diamants négociés à Anvers a bondi de près de 20% au premier trimestre 2026 par rapport à la même période l’an dernier. Au premier trimestre 2026, le prix du diamant brut a chuté de 27%, passant de 99 dollars (84,45 euros) le carat à 72 dollars (61,42 euros) sur un an.
Le volume total des diamants échangés à Anvers a augmenté de près de 20 % au cours du premier trimestre 2026 par rapport à la même période de l’année précédente, selon un communiqué du jeudi dernier de l’Antwerp World Diamond Centre (AWDC), l’organisme professionnel représentant environ 1400 entreprises diamantaires belges.
« Les importations de diamants bruts, en particulier, ont connu une forte augmentation », a déclaré Karen Rentmeesters, PDG de l’AWDC. En revanche, la croissance en termes de valeur totale des échanges est plus modérée : le centre diamantaire d’Anvers a enregistré une hausse de 3,7 % durant les trois premiers mois de l’année.
### Mesures structurelles positives pour le secteur
Après plusieurs années de déclin, le secteur a amorcé une timide reprise fin 2025, renouant avec la croissance pour la première fois en décembre.
Selon Karen Rentmeesters, ce rebond est le fruit de « mesures structurelles qui renforcent l’esprit d’entreprise dans le secteur diamantaire anversois et maintiennent l’attractivité du centre commercial pour les acteurs internationaux ».
Parmi ces mesures figure la simplification des procédures de visa de courte durée, permettant aux négociants étrangers de se rendre plus facilement en Belgique pour participer aux transactions.
Un autre levier important est la reconnaissance des tailleurs et trieurs de diamants comme métiers en pénurie. « Cela signifie qu’il y a peu de travailleurs locaux et que nous devons faire appel à une main-d’œuvre étrangère qualifiée », précise Ine Tassignon, porte-parole de l’AWDC. Depuis le 1er janvier, les entreprises peuvent recruter plus facilement ces profils spécialisés à l’étranger.
### Impact de la guerre au Moyen-Orient
La situation internationale apporte aussi un soutien indirect. La guerre contre l’Iran rend certains hubs concurrents comme Dubaï moins attractifs. Ces tensions poussent les entreprises diamantaires à rechercher davantage de flexibilité et à se diriger vers des bases plus stables, telles qu’Anvers. « Les acteurs du secteur recherchent avant tout la sécurité et la stabilité », observe la porte-parole de l’AWDC. « Les diamants étant faciles à transporter et à commercialiser, certains négociants déplacent leurs stocks vers Anvers pour y vendre leurs marchandises. »
La fermeture temporaire de l’espace aérien à Dubaï a également rebattu les cartes. « Des producteurs en Angola ou au Botswana envisagent d’envoyer directement leurs diamants à Anvers », dit Ine Tassignon, « plutôt que de passer par Dubaï comme auparavant. Ils ont toujours le choix entre les deux marchés, mais on observe une tendance à privilégier Anvers. »
### Anvers, toujours cœur du marché mondial
Mais pourquoi Anvers plutôt qu’une autre ville européenne ? « Anvers reste, plus que jamais, le principal centre mondial pour le commerce de diamants bruts », explique Ine Tassignon.
La ville bénéficie d’une concentration unique d’acheteurs et de négociants, installés localement ou à proximité. Lors des ventes aux enchères, cette masse critique attire des acheteurs du monde entier. « Grâce à cette forte concurrence, les producteurs obtiennent les meilleurs prix pour leurs pierres. Cela rend Anvers particulièrement attractive pour les sociétés minières. »
La simplification des visas amplifie ce phénomène. « On voit des acheteurs venir d’Inde, de Dubaï et du monde entier pour quelques jours seulement, afin d’inspecter les marchandises et de faire des offres. »
### Des volumes en hausse, mais des prix sous pression
Malgré cette dynamique positive, le tableau reste contrasté. Les prix internationaux, en particulier ceux des diamants bruts, continuent de souffrir. Au premier trimestre 2026, le prix du diamant brut a chuté de 27 %, passant de 99 dollars (84,45 euros) le carat à 72 dollars (61,42 euros) en un an.
De façon générale, l’année 2025 a été très difficile pour le commerce mondial du diamant, et pas seulement pour Anvers. « La demande mondiale de diamants naturels est actuellement historiquement basse », explique Ine Tassignon. Elle attribue cela à la concurrence des diamants synthétiques produits en laboratoire, beaucoup moins chers.
De plus, l’effet de rattrapage post-Covid a joué un rôle. En 2022, année exceptionnelle, « les consommateurs avaient des économies et peu d’occasions de voyager, ce qui les a poussés à dépenser davantage dans les produits de luxe ». Les négociants avaient alors constitué d’importants stocks.
L’année suivante, la demande a chuté, se souvient la porte-parole, et ces derniers se sont retrouvés avec des stocks énormes qu’ils n’ont pas encore écoulés. Ils n’achètent donc pas de nouveaux diamants naturels.
« Cette combinaison – stocks élevés et faible demande – a fait de 2025 une très mauvaise année. Nous pensons toutefois que le point bas a été atteint en 2025 et que la situation commence maintenant à s’améliorer », conclut la porte-parole.

