Attaques au Mali : un ministre tué, silence du chef de la junte.
Le Mali est confronté depuis 2012 à une crise sécuritaire profonde, exacerbée par les violences de groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Les rebelles du Front de libération de l’Azawad (FLA) revendiquent le contrôle « total » de la ville clef de Kidal, après des affrontements.
Confronté depuis 2012 à une grave crise sécuritaire, marquée par les actions de groupes djihadistes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique (EI), le Mali subit depuis samedi des attaques coordonnées d’une ampleur sans précédent. Cette situation rappelle les événements de mars 2012, où des rebelles indépendantistes touaregs, rapidement évincés par leurs alliés islamistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique, avaient pris le contrôle des villes de Kidal, Gao et Tombouctou.
Les attaques de samedi, menées par les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, affilié à Al-Qaïda) et par la rébellion touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA), sont également inédites depuis l’accession au pouvoir de la junte en 2020. 20 Minutes fait le point sur la situation actuelle au Mali, marquée par la confusion au sommet de l’État.
### Quelle est la situation sécuritaire ?
Le Mali est plongé dans une crise sécuritaire majeure, suite à une série d’attaques coordonnées menées samedi par des djihadistes en alliance avec des rebelles touaregs, visant des positions stratégiques de la junte au pouvoir. L’armée a poursuivi sporadiquement les combats sur le terrain dimanche.
En fin de journée dimanche, les combats avaient perdu en intensité. Le calme est revenu à Kati, bastion de la junte située à environ quinze kilomètres de Bamako, où des tirs avaient été signalés le matin même. Toutefois, à Sévaré, dans le Centre, la situation demeurait « confuse », avec des coups de feu encore entendus par endroits, selon un élu local.
### Quelles régions auraient été prises par les assaillants ?
Les rebelles du FLA, un groupe séparatiste revendiquant le territoire de l’Azawad dans le nord du Mali, annoncent avoir pris le contrôle « total » de la ville clé de Kidal, après des affrontements. Ils ont également fait savoir qu’un « accord » avait été atteint pour permettre aux soldats russes de l’Africa Corps (organisation paramilitaire russe sous le contrôle de Moscou) de se retirer de la ville. Kidal avait été reprise en novembre 2023 par l’armée malienne, assistée par des combattants du groupe Wagner (devenu Africa Corps), mettant ainsi fin à plus d’une décennie de contrôle par des groupes rebelles.
Le FLA revendique par ailleurs avoir pris le contrôle de plusieurs positions dans la région de Gao (nord). Bien que les combats aient cessé, les rebelles sont toujours présents aux abords de cette ville, a indiqué un élu.
### Quel est le bilan humain ?
D’après un bilan communiqué par le gouvernement, les affrontements de samedi ont causé 16 blessés parmi les civils et les militaires, avec des « dégâts matériels limités », mais le nombre de victimes pourrait augmenter, notamment parmi les civils.
En un coup dur pour le régime, le ministre de la Défense, Sadio Camara, 47 ans, l’un des principaux responsables de la junte, a été tué lors des attaques « terroristes » de samedi, par « un véhicule piégé conduit par un kamikaze » qui a visé sa résidence à Kati, a précisé le gouvernement dimanche soir, confirmant son décès déjà annoncé par ses proches plus tôt dans la journée. Au cours des « incidents terroristes » touchant sa résidence, le général Camara a « engagé des échanges avec les assaillants dont il a réussi à neutraliser certains », a affirmé la junte. Il a été blessé puis transporté à l’hôpital où « il a malheureusement succombé ». Des « funérailles nationales » seront organisées en son honneur.
### Qui détient le pouvoir ?
Le général Assimi Goïta, chef de la junte, n’a pas été vu ni entendu depuis le début des hostilités. Une source sécuritaire malienne a indiqué qu’il « a été exfiltré de Kati samedi et se trouve en lieu sûr », mais de nombreux observateurs s’interrogent sur son silence.
Le JNIM, qui lutte depuis des années contre les militaires au pouvoir à Bamako, a proclamé samedi soir sa « victoire », affirmant assumer « la responsabilité » des assauts visant samedi « le siège du président malien Assimi Goïta, le siège du ministre malien de la Défense Sadio Camara, l’aéroport international » de Bamako et « les sites militaires dans la ville de Kati ».

