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Liège-Bastogne-Liège : Seixas peut-il gêner Pogacar dimanche ?

Paul Seixas a remporté la Flèche wallonne mercredi, confirmant ainsi sa capacité à évoluer rapidement dans le cyclisme professionnel. Selon Steve Chainel, consultant pour Eurosport, « il coche en quelques mois les cases d’un mec qui normalement fait les choses en trois à cinq ans », ce qui lui donne « quasiment quatre ans d’avance ».

Dans l’ascension de sa carrière, Paul Seixas ne saute aucune marche, mais les gravis à vive allure. La victoire éclatante du jeune Français sur la Flèche wallonne mercredi confirme sa remarquable aptitude à surmonter les obstacles qui auraient dû lui poser problème pour se construire.

Comme le souligne justement Steve Chainel, consultant pour Eurosport : « il coche en quelques mois les cases d’un mec qui normalement fait les choses en trois à cinq ans. C’est à ça que sert la catégorie espoirs d’habitude, et lui, il le fait chez les pros. Il a quasiment quatre ans d’avance, c’est énorme. »

Une incitation constante à l’enthousiasme

Une règle tacite du sport français recommande de rester prudent face aux talents émergents, notamment dans le tennis et le cyclisme, deux disciplines marquées par les héros du XXe siècle. Cependant, Seixas incite à l’enthousiasme.

Il est vrai que l’on ne peut pas encore le qualifier de grand champion avec certitude tant qu’il n’a pas franchi l’étape ultime des grands Tours, celle qui compte aux yeux du grand public. Néanmoins, les signes de son potentiel sont si évidents qu’ils promettent un avenir radieux.

A quoi ça ressemble un gagnant? A ça.
A quoi ça ressemble un gagnant? A ça. - JASPER JACOBS/BELGA/SIPA

Lors des Strade Bianche, il avait démontré sa puissance en suivant un temps la roue de Tadej Pogacar. Au Pays basque, il a prouvé sa polyvalence – d’abord lors du contre-la-montre, puis dans les descentes. Au Mur de Huy, il a fait preuve d’une gestion et d’une sagesse remarquables pour maîtriser une montée redoutable.

« Son comportement dans le mur de Huy, dès le départ, le tempo, la relance, la manière dont il a orchestré tout cela, son tempérament, c’est le comportement des grands, souligne Chainel. On savait qu’il avait un potentiel tactique et physique, mais réaliser cela avec un tel sang-froid, c’est incroyable. »

« Seixas est plus fort qu’Evenepoel actuellement »

C’est donc avec cette maturité, qui ne se lit pas encore sur son visage juvénile, que le jeune leader de Décathlon CMA-CGM se prépare à prendre le départ de Liège-Bastogne-Liège, en tant que principal rival de Tadej Pogacar, l’homme à battre en toute situation. Son « nouveau jouet à casser », pour reprendre les mots de Pierre Rolland sur le plateau de La Chaine L’Equipe.

En effet, les observateurs du cyclisme soulignent déjà la supériorité de Seixas sur un certain prodige belge – et il ne s’agit pas de son concurrent chez les jeunes, Jarno Widar. « Selon moi, Paul est plus fort que Remco Evenepoel actuellement », estime Axel Bouquet, jeune coureur de la génération Seixas qui a beaucoup roulé avec lui et contre lui dans les catégories jeunes.

Steve Chainel partage cet avis : « pour moi c’est Pogacar en un, Seixas en deux et Remco un tout petit cran en dessous ». Le message principal reste que l’on verra après dimanche si Paulo parvient à battre le champion en fin de course.

« Pogacar est quand même au-dessus car il a l’expérience, le recul et l’aura que Seixas finira par avoir mais n’a pas encore. Mais le jour où Paul le battra approche. Il est imminent. »

Les chiffres semblent corroborer l’opinion du consultant, comme l’indique Nicolas Perthuis, journaliste de Vélo Mag, cité par L’Equipe. « J’ai posé la question à trois entraîneurs. Ils ont tous les références de puissance de chaque athlète, et Paul Seixas est juste en dessous de Tadej Pogacar, légèrement, mais au-dessus de Jonas Vingegaard et de tous les autres. »

« Sur des courses d’un jour, c’est ouvert, espère même Axel Bouquet. Liège-Bastogne-Liège, Paul l’a gagné chez les juniors [en 2024], ce sont des efforts qui lui conviennent très bien, longs mais pas assez pour que Pogacar le fasse vraiment céder. Pour moi, oui, Paul va rivaliser. Il sera dans la course, et même sur le podium. »

Une alliance avec Remco pour battre Pogi ?

La présence du coureur de Décathlon apporte une dynamique nouvelle à l’équation et pourrait accroître l’intérêt du Liège-Bastogne-Liège de dimanche, notamment en cas d’alliance entre Seixas et Evenepoel pour contrer Pogacar et l’empêcher de prendre la poudre d’escampette. « Même si Pogi a une excellente pointe de vitesse, il voudra finir seul. Donc si le trio arrive ensemble, c’est que les deux autres auront réussi à contenir les attaques de Pogacar », anticipe Chainel.

Pour y parvenir, il sera probablement nécessaire d’éviter l’orgueil qui consiste à vouloir se mesurer seul à Pogi. On ne bat pas Achille dans un duel à l’épée traditionnel. Van der Poel avait échoué dans cette approche lors du dernier Tour des Flandres : alors qu’Evenepoel s’apprêtait à les rattraper, le Néerlandais avait choisi de passer des relais avec le champion du monde jusqu’à faire exploser le Belge dans la pampa, avant de se faire lui-même dépasser dans le Vieux Quaremont.

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Pour ses retrouvailles avec le Slovène, moins de deux mois après sa défaite écrasante sur les Strade Bianche, Paul Seixas devra donc se montrer sage et précis, comme il l’a fait sur la Flèche wallonne.