Mali : L’armée ne parvient pas à maîtriser les « groupes terroristes »
Des combats entre militaires et des « groupes terroristes » sont en cours au Mali ce samedi, a annoncé l’armée malienne dans un communiqué. Les rebelles touareg maliens ont revendiqué la prise de contrôle de la ville de Kidal à la mi-journée.

Des échanges de tirs, des explosions et des assauts se déroulent au Mali, non seulement en périphérie de la capitale, mais également dans plusieurs autres villes du pays, samedi, a annoncé l’armée malienne dans un communiqué. À la mi-journée, les rebelles touareg maliens ont déclaré avoir pris le contrôle de la ville de Kidal.
« Des groupes armés terroristes, non encore identifiés, ont attaqué certains points et casernes de la capitale et de l’intérieur du pays tôt ce matin du 25 avril 2026 », ont détaillé les autorités maliennes, qui sont sous le régime d’une junte militaire. « Nos forces de défense et de sécurité sont actuellement engagées à éradiquer les assaillants », précise le communiqué.
Dans un autre communiqué, l’armée a affirmé que « la situation est sous contrôle » malgré la persistance des tirs et que « plusieurs terroristes ont été neutralisés et des équipements détruits ».
Hélicoptères à Bamako
Des assauts ont été rapportés dans plusieurs localités. À Bamako, la capitale, les rues sont vides et des explosions résonnent par intermittence depuis ce matin. Des tirs proviennent également de la base 101 de Senou, qui abrite également l’aéroport. Les détonations se produisent souvent avec des intervalles de quelques minutes avant de reprendre à la même intensité, a constaté l’AFP. Des hélicoptères survolent la ville.
En septembre 2024, les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou JNIM) avaient revendiqué une double attaque contre l’aéroport militaire de Bamako et l’école de gendarmerie, qui avaient causé plus de 70 morts et 200 blessés, selon des sources sécuritaires auprès de l’AFP.
La ville de Kidal prise
Sur le terrain samedi, les djihadistes et la rébellion malienne du Front de Libération de l’Azawad (FLA) combattaient ensemble contre l’armée. Le FLA a affirmé avoir pris le contrôle de la ville stratégique de Kidal, dans le Nord, après avoir attaqué cet ex-bastion, jusque-là occupé par l’armée malienne et des soldats russes.
« La ville de Kidal est sous contrôle de nos forces armées », a écrit le FLA sur Facebook. « Nos troupes contrôlent l’essentiel de Kidal. Le gouverneur de Kidal s’est réfugié avec ses hommes dans l’ex-camp de la Minusma », la mission de l’ONU suspendue fin 2023, a déclaré à l’AFP Mohamed Elmaouloud Ramadane, porte-parole des rebelles maliens. L’AFP n’a pas pu vérifier cette déclaration de source indépendante.
Incertitudes sur le ministre de la Défense
Des tirs très intenses étaient également entendus samedi dans la ville voisine de Kati, où se trouve la résidence du chef de la junte, le général Assimi Goïta, selon des témoins, une source sécuritaire et un élu.
Des doutes subsistent concernant le sort du ministre de la Défense, du directeur des renseignements maliens et du chef de la junte. La situation du ministre de la Défense, le général Sadio Camara, suscite particulièrement des spéculations ce samedi. Des habitants signalent qu’une forte explosion a eu lieu à sa résidence, causant d’importants dégâts matériels. Son entourage a démenti les rumeurs concernant des blessures.
Sur les réseaux sociaux, des habitants de Kati et des alentours de la zone aéroportuaire ont partagé des images de maisons endommagées par les explosions. « À Kati, nous restons toujours cachés », a confié un habitant à l’AFP. Enfin, des tirs ont également été rapportés tôt samedi dans les villes de Gao, la plus grande ville du Nord du Mali, Kidal et dans la localité de Sévaré.
Une crise sécuritaire
L’ambassade des États-Unis à Bamako et l’ONU ont conseillé à leurs employés d’éviter tout déplacement non essentiel et de rester chez eux. « Nous faisons face à une vaste offensive coordonnée à un niveau inédit depuis 2012, lorsque le gouvernement a perdu la moitié du pays. (Il y a eu de) graves défaillances de sécurité à Bamako », a déclaré à l’AFP Charlie Werb, analyste du cabinet de conseil Aldebaran Threat Consultants (ATC).
Depuis 2012, le Mali, dirigé par des militaires ayant pris le pouvoir lors de deux coups d’État en 2020 et 2021, est en proie à une profonde crise sécuritaire. Elle est exacerbée par les violences de groupes djihadistes liés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique (EI), ainsi que par des groupes criminels communautaires et des mouvements indépendantistes.
Le groupe Wagner, qui soutenait l’État malien dans sa lutte contre le djihadisme depuis 2021, a annoncé la fin de sa mission en juin 2025 et est devenu l’Africa Corps, une organisation sous le contrôle direct du ministère russe de la Défense. Le Sahel, considéré comme l’« épicentre » du « terrorisme », a enregistré pour la troisième année consécutive près de la moitié des décès liés à ces violences dans le monde en 2025, selon le dernier Indice mondial du terrorisme publié à mi-mars.

