France

Lyon : « On n’est pas là pour être douce et docile » – Les lesbiennes contre l’extrême droite

Ce samedi, à Lyon, la Collective lesbienne révolutionnaire (Colère) organise une marche, la sixième dans la ville, à l’occasion de la journée internationale de la visibilité lesbienne, avec comme mot d’ordre « Luttons contre le fascisme. » Le lendemain, dimanche 26 avril, Aliette Espieux organise une marche contre l’avortement et l’euthanasie.

« Être simplement vu.es, entendu.es, ou représenté.es ne suffit plus. » Ce samedi, à Lyon, la Collective lesbienne révolutionnaire (Colère) organise sa sixième marche en ville, à l’occasion de la journée internationale de la visibilité lesbienne. Le slogan principal ? « Luttons contre le fascisme. »

Le jour suivant, le dimanche 26 avril, Aliette Espieux organise également une marche, cette fois-ci contre l’avortement et l’euthanasie. Elle avait déjà rassemblé plus de 3 000 personnes dans les rues de Lyon en février dernier, à la suite de la mort du militant nationaliste Quentin Deranque. Ce cortège avait été marqué par des slogans racistes et homophobes, et certains participants avaient réalisé des saluts nazis.

« C’est quand même fou de se dire qu’en 2026, on laisse des personnes remettre en question le droit à l’IVG et le droit des femmes à disposer de leur corps librement », réagit Dorothy*, membre de Colère. Pour elle, l’organisation de cette marche anti-IVG à la date du 26 avril n’est pas un « détail », le lien est même « très vite fait ».

Une montée du fascisme visible à Lyon

Colère a été créée en 2021, lors d’un premier rassemblement sous le slogan « lesbiennes contre le patriarcat ». Ce jour-là, une cinquantaine de militants d’extrême droite avaient violemment attaqué le cortège. « C’était la première Dyke March à Lyon, raconte la militante. Nous voulions prendre place dans l’espace public, créer des espaces de rassemblement et affirmer une position féministe des lesbiennes, pour mettre fin au patriarcat. » Elle ajoute : « Avec ces attaques, nous avons compris que notre simple existence dérangeait. C’était une illustration de la portée politique de nos identités : juste en étant là, visible, en existant, nous dérangions. »

La collective a perduré, organisé des festivals, structuré ses luttes, tout en demeurant indépendante de l’État – et donc des subventions –, refusant notamment d’entrer dans « une logique de concessions ». « Nous ne sommes pas là pour faire plaisir, pour être douces et dociles, sans faire trop de bruit – comme ce que l’on attend des femmes », souligne Dorothy. « Bien sûr, nous sommes une organisation féministe, mais pas que. Nous luttons pour une transformation radicale de la société, contre le capitalisme, contre le fascisme. Car nos conditions de vie sont politiques et nous ne pouvons pas dissocier le droit d’exister des autres combats, plus globaux. Tout est lié. Il faut le rappeler constamment. »

Ainsi, si Lyon était déjà le terrain de nombreux groupuscules d’extrême droite, depuis la mort de Quentin Deranque, « on sent une montée du fascisme dans l’espace public », résume Dorothy. Une série d’intimidations ciblées a suivi ce décès : vandalisme sur les locaux de Solidaire, sur la librairie autogérée de l’UCL, sur la mosquée Koba à La Croix Rousse, ainsi que des menaces à la bombe contre la CGT et les locaux de LFI. Des menaces de mort ont également été proférées contre la députée Anaïs Belouassa-Cherifi et d’autres militants. « Face à ce constat, nous appelons les lesbiennes à s’organiser collectivement pour lutter par tous les moyens contre le fascisme », indique l’appel à manifester de la collective.

Des existences « à l’intersection de deux oppressions »

La politisation des mouvements lesbiens ne date pas d’hier. Dorothy évoque les travaux de la sociologue Ilana Eloit, qui a documenté l’émergence du sujet politique lesbien en France dans les années 1970, lorsque les lesbiennes ne trouvaient plus leur place, notamment dans les milieux féministes. De l’autre côté de l’Atlantique, un groupe de lesbiennes émerge à la même époque : les Lesbian Avengers.

« Les lesbiennes ne militaient jamais pour défendre leur propre cause », confie Kelly Cogswell à La Déferlante, au sujet de la création de ce collectif. « Après avoir lutté pour les droits des femmes, des gays, des travailleurs et des travailleuses, nous étions agacées par la misogynie et la lesbophobie de ces groupes politiques. Nous aussi, nous voulions être visibles », ajoute-t-elle. Ce sont les Lesbian Avengers qui ont organisé la première Dyke March de l’Histoire, le 26 avril 1993, à Washington, dans un contexte marqué par des violences homophobes.

« Si les lesbiennes sont parfois perçues comme radicales, c’est surtout parce qu’elles sont de toutes les luttes, prêtes à être en première ligne pour défendre les causes sociales, pas seulement la leur », souligne Dorothy. Elle rappelle : « Nous sommes à l’intersection de deux oppressions : le patriarcat et les LGBTphobies. »

« Eux, ils ont l’argent, nous, on a le nombre »

« La menace contre nos existences aujourd’hui est bien réelle », s’inquiète Dorothy. Elle met en lumière les projets de milliardaires comme Pierre-Edouard Stérin, qui souhaitent mettre le Rassemblement national au pouvoir. « Il y a un vrai danger. Et ce sont les minorités qui sont les premières cibles », souligne la militante. « Il faut arrêter de dire qu’on n’a jamais essayé l’extrême droite au pouvoir. Nous savons très bien ce que cela implique. Et c’est désastreux au quotidien. » En Italie, les premières mesures de Giorgia Meloni ont visé les personnes LGBT, notamment les droits des lesbiennes. En France, un maire RN récemment élu dans le Nord a déjà annulé la marche des fiertés prévue dans sa commune en juin.

Cependant, la lesbophobie ne doit pas attendre l’extrême droite au gouvernement. Dorothy cite le cas de Caroline Grandjean, harcelée parce que lesbienne, qui avait fait plusieurs signalements sans que l’État ne la protège et qui s’est suicidée. « Nous vivons des violences et de la discrimination au quotidien, mais nous avons l’impression que nos vies ne comptent pas autant que celles des autres. C’est pour ça qu’il faut continuer de lutter. »

Colère appelle donc toutes les organisations féministes, antiracistes et antifascistes à rejoindre le cortège. Ce samedi, Colère sera présente dans les rues. Pas pour être vues. Pour peser.

*Le prénom a été modifié.