Belgique

Les forces politiques et leurs tendances dans les 27 pays de l’UE

La victoire de Peter Magyar et de son parti Tisza lors des dernières élections législatives en Hongrie a rebattu les cartes du pouvoir, précédemment détenues pendant plus de quinze ans par Viktor Orban. En Bulgarie, l’ex-président Roumen Radev a séduit les électeurs en dénonçant la corruption des élites et a remporté une majorité absolue au parlement avec sa coalition « Bulgarie Progressiste ».


La victoire du pro-européen Peter Magyar et de son parti Tisza lors des dernières élections législatives en Hongrie a marqué un changement dans le paysage politique, précédemment dominé depuis plus de quinze ans par Viktor Orban.

Récemment, la Bulgarie a également fait un choix significatif en élisant l’ex-président Roumen Radev. Ce dernier a su séduire les électeurs en critiquant la corruption des élites et en affichant ses sympathies pour la Russie. Sa coalition, « Bulgarie Progressiste », a obtenu une majorité absolue au parlement, reléguant ainsi les conservateurs (GERB) de l’ancien Premier ministre Boïko Borissov dans l’opposition.

Ces deux réorientations politiques en moins d’un mois dans deux États membres pourraient redéfinir les forces politiques au sein des 27.

Dans cette carte interactive, des couleurs ont été attribuées à chaque pays en fonction des tendances des gouvernements et coalitions en place. L’objectif est de synthétiser les différentes forces aux commandes afin de fournir un aperçu de l’influence des divers courants politiques au sein de l’UE. En cliquant sur chaque pays, des informations supplémentaires sur les coalitions ainsi que sur le leader disposant du plus de pouvoir et son parti sont disponibles.

Bien que cette carte offre une visualisation des « forces en présence » au sein de l’Union européenne, elle ne peut pas tout révéler. Benjamin Biard, dont les recherches se concentrent sur l’extrême droite en Europe, analyse la situation des partis de cette idéologie à la lumière des événements récents. Selon lui, « il y a ce qu’on voit à travers la carte et puis il y a ce qu’on ne voit pas nécessairement en ce qui concerne l’extrême droite notamment ». Pour le chercheur au CRISP, l’influence de l’extrême droite reste significative : « malgré les échecs italiens et hongrois, il y a encore des forces d’extrême droite en Europe qui renforcent leur influence ».

Les partis d’extrême droite continuent de peser en France, en Suède, en Espagne et au Portugal. Malgré les récentes défaites en Italie avec le référendum perdu par Meloni et en Hongrie avec la défaite d’Orban, « c’est une idéologie qui reste majeure notamment en Europe centrale, comme en République tchèque et en Slovaquie. En Pologne, bien qu’il y ait une coalition de centre droit avec Donald Tusk, le président appartient au PiS, un parti ultraconservateur fortement influencé par l’extrême droite ».

M. Biard ajoute que « cela signifie qu’il reste des forces autoritaires ou d’extrême droite qui ont un certain poids en Europe » et évoque les prochaines élections en Suède cette année et en France en 2027, où l’extrême droite pourrait également avoir un rôle à jouer.

Dans d’autres pays, même sans être au pouvoir au niveau national, des partis de cette mouvance obtiennent des scores significatifs. « En Espagne, le parti d’extrême droite Vox se porte bien, et au Portugal, le parti Chega est aujourd’hui le premier parti d’opposition, son leader André Ventura ayant déjà marqué les élections présidentielles en janvier dernier ». M. Biard remarque également que « Giorgia Meloni, malgré sa participation au gouvernement italien et sa récente défaite au référendum sur la réforme de la justice, demeure en tête des sondages ».

Un autre point important de cette analyse est que l’orientation politique traditionnelle de gauche apparaît visiblement affaiblie à travers l’Europe. « Globalement et dans son rapport au pouvoir, elle semble plutôt affaiblie, excepté en Espagne et à Malte ». Bien que les sociaux-démocrates soient présents dans plusieurs gouvernements, comme au Danemark, au Royaume-Uni et en Belgique, « il s’agit parfois de formations qui adoptent des positions quasi-conservatrices, notamment sur les questions culturelles ou migratoires ».

L’analyse révèle également que la dynamique au sein des États membres montre que les partis gouvernent de moins en moins seuls. En Belgique, une tradition de coalitions incluant jusqu’à cinq ou sept partis se généralise en Europe. « À l’exception de la Hongrie, de Malte et de la Bulgarie, la plupart des gouvernements sont des coalitions regroupant de multiples partis, ce qui rend complexe l’interprétation des lignes directrices globales », souligne M. Biard.

Ce phénomène d’augmentation des coalitions est attribué à deux phénomènes principaux. « D’une part, l’affaiblissement des partis traditionnels », qui se trouve en concurrence avec une offre politique plus large et une fragmentation du paysage politique. « Les grands partis traditionnels sont de plus en plus concurrencés par des formations variées qui cherchent également leur part du gâteau électoral ».

La fragmentation croissante, comme observée récemment aux Pays-Bas, illustre ce défi. Le gouvernement néerlandais, formé par Rob Jetten avec le CDA (centre droit) et le VVD (droite), peine à obtenir une majorité au parlement car il manque neuf sièges pour atteindre les 150 requis. Ce gouvernement minoritaire doit donc s’appuyer sur des partis d’opposition pour faire passer des lois, ce qui complique les orientations politiques globales.

Ces situations rendent le jeu des alliances délicat et compliquent davantage la lecture des directives politiques de chaque pays.