Lune : un nouvel Eldorado ou un simple trophée politique pour les États-Unis ?
Début avril 2026, un vaisseau spatial est retourné dans l’environnement de la Lune, une première depuis 1972. En 2026, la conquête spatiale donne lieu à une industrie qui fait travailler des entreprises aux quatre coins du monde, notamment en Belgique avec la Sonaca qui fabrique des pièces pour la mission Artemis 2.
Début avril 2026, un vaisseau spatial est retourné dans l’environnement de la Lune, marquant une première depuis 1972. Les quatre astronautes de la mission Artemis 2 ont rapporté des images inédites, promettant une nouvelle aventure spatiale, et potentiellement la « colonisation » de notre satellite naturel.
Quelques jours avant cette mission, la NASA a annoncé une modification de son programme lunaire : au lieu de construire une station spatiale en orbite autour de la Lune, le ‘gateway lunaire’, elle projette de concevoir une base sur la surface lunaire.
Poussée par la compétition entre les États-Unis et l’URSS, la conquête spatiale était alors un symbole du progrès humain en matière de techniques et de connaissance, mais aussi une mesure de la puissance des deux blocs durant la guerre froide. En posant le pied sur la Lune en 1969, huit ans après l’envoi du premier homme dans l’espace, Youri Gagarine, l’Ouest a triomphé. L’astronaute de la mission Apollo 11, Buzz Aldrin, a reconnu que « clairement, le projet était de battre les Russes ».
En 2026, la guerre froide étant désormais révolue et la Russie moderne étant moins active dans le domaine spatial, la question se pose : pourquoi continuer à repousser les limites de l’exploration lunaire ? « Le récit est double », explique l’astrophysicienne belge Yaël Nazé. « D’un côté, il y a l’idée de coloniser la Lune, d’y chercher des ressources et de réussir à générer de l’argent, et de l’autre, d’étendre l’humanité au-delà de la Terre ».
Cependant, la Lune, parfois considérée comme un Eldorado en minerais et ressources, ne serait pas aussi riche, selon Yaël Nazé : « Il y a autant d’eau que dans le lac d’Annecy, selon les estimations les plus optimistes ». L’hélium 3, largement présenté comme une ressource prometteuse pour produire de l’énergie à bas coût, pourrait ne pas être exploitable avant plusieurs années. « Cela pourrait être utile pour des centrales nucléaires à fusion, mais actuellement, nous n’en sommes qu’aux centrales à fission. Nous n’avons pas de centrale à fusion active, et cela ne sera pas le cas dans un futur proche ».
De plus, la chercheuse souligne que la rivalité avec la Chine permet aux États-Unis de raviver l’idée d’un adversaire à battre : « Les Américains mettent beaucoup d’emphase sur la confrontation avec la Chine à tous les niveaux. C’est un thème très présent en ce moment. Cependant, les Chinois adoptent une approche moins conflictuelle et suivent simplement leur propre feuille de route ».
L’astrophysicienne exprime donc son scepticisme quant aux justifications pour un projet de colonisation lunaire. « Il reste encore à prouver qu’il existe réellement un intérêt économique à cela, les plans d’affaires semblent assez instables pour le moment », déclare-t-elle.
La conquête spatiale s’accompagne d’une importante industrie, bénéficiant à des entreprises à travers le monde. En Belgique, par exemple, Sonaca produit des pièces pour les missions européennes Ariane et a fourni un élément pour la fusée Orion de la mission Artemis 2.
Son directeur, Yves Delatte, souligne que « le spatial génère d’importantes retombées économiques. On dit souvent que pour chaque euro investi dans la technologie spatiale, on génère entre 3 et 4 euros de retour économique. Dans notre quotidien, on ne s’en rend pas compte, mais le GPS, les satellites météo, les télécommunications… tant de technologies sont en fait le résultat d’avancées dans le domaine spatial ». Néanmoins, Yaël Nazé tempère ces propos en ajoutant que ces avancées sur Terre ne nécessitent pas impérativement une colonisation de l’espace.
Malgré les ambitions actuelles, selon l’astrophysicienne de l’ULiège, les moyens financiers ne suivent pas toujours : « Dans les années 1960 aux États-Unis, malgré les changements d’administration, une ligne directrice a été suivie et un budget a été alloué. À cette époque, 4 % du budget fédéral américain était destiné à la NASA. Aujourd’hui, nous sommes largement en dessous de 1 %. Faire de grandes annonces sans ressources derrière, c’est une illusion qui ne mènera à rien ». La décision de remplacer la station lunaire par une base par l’administration Trump remet en cause 20 ans de développements scientifiques. « L’instabilité entraînée par chaque nouvelle administration qui brise les accords précédents complique énormément la situation », déplore-t-elle.
Yaël Nazé met en garde contre les effets d’annonces : « On vous vend la colonisation, mais la dernière mission financée est celle où l’on pose le pied et revient. Ne vous laissez pas tromper par la publicité, c’est encore très modeste pour l’instant ».
Les connaissances actuelles demeurent en effet insuffisantes pour établir une colonie sur la surface de la Lune : « Pour avoir une base véritablement autonome, il faudrait une petite biosphère fonctionnant en cycle fermé. Malgré nos progrès, la seule expérience que nous avons eue, Biosphère 2 aux États-Unis, a été un échec retentissant. Il reste encore beaucoup de développements technologiques et de recherches à mener dans le domaine des sciences de la vie ».

