France

Marseille voit double : une nouvelle Bonne Mère au Vieux-Port

Une réplique de la Bonne Mère, mesurant trois mètres de haut, est installée au sommet de la tour du roi René du fort Saint-Jean, visible au Mucem jusqu’au 31 août. La construction de cette réplique a été réalisée par l’atelier Christofle, qui avait également créé l’originale livrée en 1869.

Oh salette ! Oh fatche de ! Oh Bonne Mère ! Ce dernier pastis était-il de trop ? On y voit double à Marseille. Car une seconde Bonne Mère veille désormais sur la ville, installée au sommet de la tour du roi René du fort Saint-Jean, à l’entrée du Vieux-Port, dans le cadre d’une exposition dédiée aux Bonnes Mères, celles qui donnent la vie et protègent, visible au Mucem jusqu’au 31 août.

« La Bonne Mère représente tout Marseille », résume un enfant venant avec un centre social de Martigues pour découvrir son illustre voisine. « C’est le soleil, la mer, le sel », renchérit un autre après s’être fait prendre en photo avec ses camarades depuis le port, sous le regard de leur animateur, à l’angle de la Bonne Mère. « On la voit de partout », ajoute un troisième.

Si elle ne se laisse pas pleinement contempler de tous les points de vue, la Vierge à l’enfant est en revanche visible depuis presque tous les lieux. Des hauteurs des quartiers nord au Vieux-Port. Des plages Borély à l’Estaque. Des autoroutes, de l’A50 en provenance d’Aubagne, de l’A55 ou l’A7 en arrivant de Lyon. Par mer, bien sûr. Mais également par les rails, le voyageur pouvant l’apercevoir sitôt sorti sur le parvis de la gare Saint-Charles. Jadis, elle était aussi visible depuis les virages du stade Vélodrome, avant la construction d’un toit pour l’Euro 2016.

Gaudin, la Bonne Mère et la tour CMA-CGM

« Du ciel aussi », ajoute un pilote d’avion en escale à Marseille. « Elle fait partie du paysage que l’on survole avant d’atterrir à Marignane par vent du nord », précise ce quinquagénaire, attablé à un café du Vieux-Port, face à Notre-Dame de la Garde. « Même si l’altitude écrase un peu le relief, elle se détache nettement, bien que le stade Vélodrome soit encore plus visible depuis le ciel. »

Sur un piton calcaire de 149 m, la Bonne Mère, surélevée par la basilique, son clocher et son piédestal, constitue le point le plus haut de la ville. Il se raconte ici que le projet de l’architecte de la tour CMA-CGM prévoyait 150 m de hauteur pour ce premier « gratte-ciel » de Marseille et que Jean-Claude Gaudin, alors maire de la ville et fervent catholique, avait expressément demandé que celle-ci ne dépasse pas Notre-Dame de la Garde. Légende ou vœu exaucé : la tour de l’armateur est de 147 m.

Camille, dont le café a vue sur la « Bonne Mère », s’en réjouit : « Symboliquement, cela m’émeut beaucoup. On n’avait pas assez d’une seule vierge pour veiller sur tous les Marseillais et Marseillaises. J’y vois aussi un symbole de sororité, de ces deux jeunes mères qui se font face avec leur enfant dans les bras. »

« On n’avait pas assez d’une seule vierge pour veiller sur tous les Marseillais et Marseillaises. J’y vois aussi un symbole de sororité, de ces deux jeunes mères qui se font face avec leur enfant dans les bras », témoigne Camille à « 20 Minutes ».
« On n’avait pas assez d’une seule vierge pour veiller sur tous les Marseillais et Marseillaises. J’y vois aussi un symbole de sororité, de ces deux jeunes mères qui se font face avec leur enfant dans les bras », témoigne Camille à « 20 Minutes ». – A. Vella / 20 Minutes

Hélas pour Camille, cette réplique mesurant trois mètres de haut, soit huit de moins que l’originale, ne restera pas indéfiniment à Marseille, ayant vocation à suivre l’exposition actuellement présentée au Mucem. Sa construction est réalisée par l’atelier Christofle, un orfèvre parisien déjà responsable de l’originale, livrée en 1869. « Comme tous ceux qui connaissent Marseille, la Bonne Mère est un symbole fort. C’était une évidence pour nous de participer, 150 ans plus tard, à sa reproduction », déclare Hamdi Chatti, président de l’atelier.

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« Il y a en fait beaucoup de Bonne Mère à Marseille », poursuit Caroline Chenu, co-commissaire de l’exposition. Près de 300 statues de vierges existent, construits dans des niches aux angles des murs. « Ces femmes en or étaient les vigies des marins. Notre-Dame de la Garde a d’abord servi de phare, et le culte marial y est rendu depuis le IIe siècle, issu d’un temple consacré à Artémis. Nous sommes ainsi passés des mères des dieux, comme Artémis, Isis, Gaïa, Déméter, à la mère de Dieu », retrace la commissaire.

Ex-voto et espérance olympienne

Un lieu de culte vers lequel se tournent les espoirs et les yeux des Marseillais, depuis toujours. « La Bonne Mère n’aura pas suffi aux Marseillais », affirmait PPDA dans son « 20 Heures » du 30 mai 1991, lendemain de la défaite en finale de la Coupe des champions contre l’Etoile Rouge. Pourtant, joueurs de l’OM et supporters n’avaient pas manqué d’y allumer quelques cierges. Tout comme les ex-voto de marins miraculeux des mers, les processions des Olympiens et de leurs fans font sans doute partie du passé de la basilique.

Mais celle-ci vient de se donner un coup de jeune. Les travaux de rénovation se sont achevés en décembre 2025, offrant pendant près de dix mois la vue peu engageante aux Marseillais d’une statue emprisonnée dans une cage d’échafaudage, dont l’éclat métallique faisait regretter son habituel reflet doré. Parée de 30 000 nouvelles feuilles d’or, le tout financé par environ 40 000 donateurs, la Vierge à l’enfant a aujourd’hui retrouvé tout son éclat et un peu plus.

Sur sa couronne d’or sont désormais installées des petites lampes OACI qui diffusent un point lumineux rouge pour la rendre visible des avions. Cela a de quoi troubler certains Marseillais, comme Clément, qui a noté ce détail « pas très joli, un peu bizarre ». Espérons que cela n’égare pas les marins.