Tchernobyl, 40 ans après : Explosion de la centrale et cancers de la thyroïde chez les enfants
Le 26 avril 1986, aux alentours d’une heure du matin, la ville de Pripiat, en Ukraine, est frappée par un accident nucléaire résultant de l’explosion du réacteur n° 4 de la centrale de Tchernobyl. Environ 50.000 habitants de Pripiat sont évacués dans les 36 heures suivant l’accident, et 135.000 Ukrainiens sont déplacés au cours des mois de mai et juin.
C’était il y a quarante ans. Le 26 avril 1986, aux alentours d’une heure du matin, la ville de Pripiat, en Ukraine, est touchée par un accident nucléaire aux conséquences tragiques. Ce jour-là, à la suite de l’explosion du réacteur n° 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl, située à seulement deux kilomètres, près de 12 milliards de milliards de becquerels sont relâchés dans l’air, soit l’équivalent de 30 000 fois l’ensemble des rejets radioactifs émis par toutes les installations nucléaires dans le monde sur une année.
Se retrouvent alors dans l’atmosphère de nombreuses particules et gaz radioactifs, notamment de l’iode 131, produit de fission particulièrement dangereux. Pendant une dizaine de jours, ces produits radioactifs contaminent les sols, les aliments, les animaux et les populations sur plusieurs milliers de kilomètres, causant des dommages irréversibles pour des décennies, notamment une augmentation significative des cancers de la thyroïde.
« Ce dont nous sommes absolument sûrs aujourd’hui, c’est que là où les doses délivrées par le rayonnement de l’iode 131 étaient les plus élevées, donc autour de la centrale et dans les pays d’Ukraine, de Biélorussie et de Russie, il y a une nette augmentation du nombre de cancers de la thyroïde chez les personnes qui étaient enfants au moment de l’accident », révèle Enora Cléro, docteur en épidémiologie à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).
**L’augmentation des cancers de la thyroïde sous les radars**
Dans les 36 heures suivant l’accident, les quelque 50 000 habitants de Pripiat sont évacués de la zone initialement considérée comme la plus contaminée. Puis, pendant les mois de mai et juin, le périmètre est élargi, et 135 000 Ukrainiens sont déplacés. Bien que des mesures aient été prises pour limiter leur exposition aux particules radioactives, cela ne suffira malheureusement pas. « Dans les régions les plus proches, tout s’est joué dans les premiers jours qui ont suivi l’accident », souligne Enora Cléro, car les doses radioactives, notamment de l’iode 131, diminuaient progressivement au fil des semaines.
Les « liquidateurs », terme désignant les techniciens, pompiers et militaires ayant intervenu sur le site de la centrale juste après l’accident, sont les premiers exposés à des niveaux de radioactivité alarmants. Les leçons tirées des effets des bombes nucléaires d’Hiroshima et Nagasaki amènent le corps médical à se concentrer principalement sur l’apparition de leucémies chez eux dans les mois et années suivantes, tandis que l’augmentation significative des cancers de la thyroïde dans les populations les plus jeunes passe alors inaperçue.
« Le risque de cancer de la thyroïde apparaissant rapidement, soit quelques années seulement après l’exposition aux radiations chez les enfants, était, contrairement aux risques de leucémie chez les adultes, quelque chose de non connu du domaine scientifique à l’époque, car il n’y avait jamais eu d’événements avec une telle concentration en iode 131 dans l’environnement. Tchernobyl était en ce sens assez unique », analyse l’épidémiologiste. L’UNSCEAR a estimé qu’environ 25 % de ces cancers de la thyroïde étaient attribuables à l’exposition aux rayonnements ionisants, avec une fourchette entre 7 % et 50 % étant donné les incertitudes.
**Une dizaine d’années pour avoir de véritables résultats**
Dans les années qui suivent l’accident de Tchernobyl, des médecins remarquent une augmentation significative des cancers de la thyroïde chez les individus qui étaient enfants en avril 1986. Environ cinq ans plus tard, les premières études commencent à établir un lien potentiel entre les doses de radioactivité liées à l’iode 131 et les problèmes thyroïdiens observés chez les populations les plus jeunes des pays les plus touchés, comme la Biélorussie, la Russie et l’Ukraine.
« C’est seulement une dizaine d’années après que nous avons véritablement commencé à recueillir des résultats scientifiques, et que nous avons pu établir avec certitude que cette augmentation était due aux doses de radiation », précise Enora Cléro. Mais pourquoi plus particulièrement chez les enfants ? « En raison de leur métabolisme et de la taille de leur thyroïde, les enfants vont capter et concentrer plus d’iode 131 que les adultes. La dose est donc plus élevée chez eux, explique l’épidémiologiste. Mais c’est surtout le lait de vache qu’ils ont consommé par la suite, qui était contaminé, qui a joué un rôle majeur dans leur exposition. »
**« Plus on s’éloigne de l’accident, plus le risque diminue »**
En France, l’exposition à l’iode 131 reste beaucoup plus faible en raison de la distance qui sépare l’Hexagone de la centrale, soit 2 000 km depuis l’Alsace. « Plus on s’éloigne de l’accident, plus le risque diminue avec le temps. Cependant, il demeure encore aujourd’hui. Les cancers peuvent encore survenir chez les enfants exposés en 1986, mais dans un nombre nettement inférieur par rapport aux années 1990 ou 2000, notamment dans les pays proches de la centrale », affirme Enora Cléro.
Vingt-cinq ans après l’accident de la centrale de Tchernobyl, les années de suivi des victimes ont été largement exploitées. À la suite de l’accident de la centrale de Fukushima Daiichi, un dépistage systématique du cancer de la thyroïde a été instauré dans la préfecture de Fukushima pour les jeunes de moins de 18 ans au moment de l’accident.
Cependant, « À ce stade, du fait de l’effet du dépistage et des différences entre prévalence et incidence, il est encore prématuré de se prononcer sur une éventuelle augmentation des cancers de la thyroïde consécutive à l’accident chez les enfants présents en 2011 dans la préfecture de Fukushima lors de l’accident nucléaire », indique l’ANSR dans une note publiée le 25 février 2026.

