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L’USFP : Voix africaine dans le leadership international progressiste

Pedro Sánchez, secrétaire général du Parti socialiste ouvrier espagnol, a organisé les 17 et 18 avril 2026 une mobilisation mondiale des forces progressistes à Barcelone. Khaoula Lachguar a affirmé que «Le problème ne réside pas dans l’insuffisance de l’aide, mais dans la nature même du système financier international» lors de sa intervention sur «l’Agenda 2063 de l’Union africaine».


Barcelone a récemment été le théâtre d’une rencontre internationale marquante pour les forces progressistes. Pedro Sánchez, secrétaire général du Parti socialiste ouvrier espagnol, y a organisé les 17 et 18 avril 2026 une mobilisation mondiale, rassemblant des dirigeants socialistes de tous les continents. L’Union socialiste des forces populaires (USFP) a une fois de plus affirmé son importance dans la redéfinition de l’agenda socialiste aux niveaux africain et international, tant par sa présence que par ses contributions intellectuelles et politiques, se positionnant comme la voix de l’Afrique au sein du leadership progressiste mondial.

La stature de l’USFP reflète sa position éminente au sein de l’Internationale Socialiste, où il occupe la vice-présidence, défendant avec détermination les causes africaines. Ce positionnement découle d’un long héritage militant et intellectuel, affirmant que le Parti de la Rose reste un acteur clé au cœur de l’architecture décisionnelle progressiste mondiale.

Historiquement, l’USFP s’est transformé d’un parti consacrant ses efforts aux luttes démocratiques internes en un acteur qui interroge les déséquilibres du système international et propose des alternatives concrètes pour rééquilibrer les relations entre le Nord et le Sud. Cette évolution est intimement liée aux mutations profondes qui recentrent l’Afrique dans les défis globaux. De plus, elle montre que l’USFP est en phase avec les évolutions internationales, contribuant à les orienter en plaçant le continent au centre de l’agenda progressiste mondial, et en défendant un socialisme démocratique universel, exempt de doubles standards.

« L’Afrique n’a pas besoin de charité, mais de justice », telle est la devise qui a propulsé l’USFP en tant que leader de la social-démocratie sur le continent. En proposant des alternatives ancrées dans les réalités africaines, et en s’inscrivant dans les discussions mondiales sur la justice économique, l’intervention de Khaoula Lachguar, vice-présidente de l’Internationale Socialiste et membre du Bureau politique, lors de la session dédiée à « l’Agenda 2063 de l’Union africaine », a dressé un constat précis des déséquilibres structurels qui freinent l’essor du continent, en soutenant une thèse politique claire : « Le problème ne réside pas dans l’insuffisance de l’aide, mais dans la nature même du système financier international. »

Son intervention a mis en évidence un paradoxe alarmant : alors que l’Afrique cherche des financements, elle finance en réalité d’autres économies. Les montants sortant du continent sont deux fois supérieurs à l’aide qu’il reçoit, que ce soit par des canaux financiers légaux ou illégaux. Ce constat révèle une profonde dysfonction dans les bases de l’économie mondiale.

Khaoula Lachguar a également abordé la «taxe de notation» imposée aux États africains, où trois agences internationales seules déterminent le coût de l’emprunt, engendrant des disparités injustifiables. L’exemple du Kenya illustre cette situation : en 2024, le pays a emprunté à un taux de 9,75%, tandis que l’Allemagne ne payait que 2,5%. Ce différentiel témoigne d’une inégalité fondée sur des perceptions déformées du risque.

Sur cette base, l’USFP a lancé un appel direct à la communauté progressiste mondiale : « Les valeurs progressistes doivent-elles rester confinées aux frontières européennes ? La justice fiscale et les droits des travailleurs ne concernent-ils que le Nord, ou s’étendent-ils aux travailleurs d’Afrique et à ses ressources ? »

Ces interrogations, audacieuses et fondamentales, marquent un tournant dans le discours socialiste africain. Longtemps cantonné à une posture d’attente, ce discours, grâce à l’USFP, prend aujourd’hui une dynamique d’initiative et de formulation d’exigences stratégiques, posant ainsi les fondements d’un projet socialiste démocratique africain.

Premièrement, il est nécessaire d’établir une justice fiscale transfrontalière pour garantir que les États, dont les ressources sont exploitées, en tirent réellement profit, plutôt que de voir ces richesses s’accumuler dans les pays développés. La lutte contre l’évasion fiscale doit intégrer les enjeux du Sud.

Deuxièmement, il convient de reconnaître le droit au développement comme un droit social universel, impliquant une réforme en profondeur de l’architecture de la dette par des mécanismes multilatéraux de restructuration, et une redistribution équitable des droits de tirage spéciaux, dont l’Afrique a largement été exclue, en dépit de ses besoins cruciaux.

Troisièmement, il s’agit de démocratiser la gouvernance financière mondiale pour qu’elle reflète la véritable influence des continents et des peuples au sein des institutions internationales, tel que le Fonds monétaire international. Il n’est plus acceptable que la représentativité s’appuie uniquement sur des rapports de force historiques, négligeant les réalités démographiques et économiques contemporaines.

L’USFP se base sur le constat frappant que deux dollars quittent l’Afrique pour chaque dollar qui y entre, en raison du rapatriement des bénéfices, de l’évasion fiscale et des flux financiers illicites. Il interpelle donc tous les progressistes du monde avec une question radicale : « La justice est-elle soluble dans la géographie ? » Lorsque les progressistes d’Europe plaident pour l’imposition des grandes fortunes, l’amélioration du pouvoir d’achat ou la protection des services publics, cela inclut-il également les travailleurs de Dakar et de Nairobi ? Et qu’en est-il des ressources africaines dont les profits disparaissent à l’étranger ?

L’USFP a placé les progressistes face à leurs responsabilités historiques : soit le socialisme démocratique est un projet universel et cohérent, soit il se contente d’améliorer le bien-être dans des frontières restreintes, n’étant alors qu’un égoïsme masqué sous de nobles intentions. L’intervenante a résumé ce défi avec une clarté manifeste : « On ne peut être progressiste à l’intérieur et conservateur à l’échelle internationale. Défendre l’Afrique, c’est, au fond, contribuer à sauver le projet progressiste lui-même de son repli et de ses contradictions. »

L’USFP a présenté à tous les progressistes du monde un modèle de gauche qui pense globalement tout en agissant localement, convaincu que le socialisme démocratique, s’il n’est pas universel, n’existera tout simplement pas.

Libération.