France

« Changement de méthodes de pêche : le corail breton en danger »

Les îles Chausey sont classées en zone Natura 2000 et abritent plus de 1.500 espèces sous-marines. D’après l’Office français de la Biodiversité, « les derniers relevés dans l’anse du Poulmic montrent une forte dégradation de cet habitat » dans la rade de Brest ces dernières années.

Les îles Chausey, situées à quelques kilomètres des côtes normandes et bretonnes, représentent un véritable paradis, abritant une riche biodiversité marine avec des espèces comme les homards, les bars et les palourdes. Ces îles sont classées en zone Natura 2000, ce qui implique une protection stricte de ses eaux. Toutefois, la pêche commerciale y est encore autorisée dans des zones réglementées. Des chalutiers provenant de Granville ou de Saint-Malo y pratiquent régulièrement la pêche, notamment celle de la coquille Saint-Jacques. Cependant, les techniques de dragage et de chalutage de fond endommagent cet écosystème sous-marin délicat en « raclant » les sols à chaque passage.

Le « maërl », ou corail breton, est l’une des victimes de cette exploitation, disparaissant souvent dans l’indifférence générale. Pour sensibiliser le public à la situation critique de cette algue à croissance très lente, plusieurs associations et ONG lancent ce mardi une vaste campagne de communication et une pétition visant à interdire certaines pratiques dans cette zone, afin de préserver le maërl.

« En France, tout le monde connaît la barrière de corail et sais à quel point il est important de la protéger. Mais personne ne connaît le maërl », admet Laura Touvet. La présidente de l’association Manche Nature souligne que parmi ses 400 adhérents, beaucoup ignorent l’existence de ce précieux trésor rose qui recouvre certains fonds marins. À l’instar de la barrière de corail, les bancs de maërl abritent plus de 1.500 espèces marines qui prospèrent dans ces algues calcaires. Le problème réside dans la lenteur de leur croissance, « De l’ordre d’un millimètre par an », précise Marie Colombier, responsable de campagne à l’Environmental Justice Foundation, l’ONG européenne à l’origine de la campagne « Chausey trésor rose » pour faire cesser la pêche dans cette zone.

« Il y a d’autres solutions »

Alors qu’une analyse des risques liés à la pêche doit établir les règles de gestion de la zone, les associations exercent des pressions sur l’État pour interdire le chalutage de fond et le dragage dans cet archipel fragile. « Le problème n’est pas la pêche en elle-même, mais la destruction des écosystèmes. Cela racle tout, entraînant la destruction de zones d’alimentation, de reproduction et de frayères. Nous ne demandons pas d’interdire la pêche, mais de changer les méthodes », insiste Laura Touvet. « Toutes les études scientifiques montrent que nous détruisons les écosystèmes. Cela clignote rouge, mais nous continuons. Nous sommes conscients des intérêts socio-économiques en jeu. Mais il y a d’autres solutions. Une transition et un accompagnement sont nécessaires », ajoute Marie Colombier.

La pêche à la coquille Saint-Jacques induit souvent un chalutage des fonds marins qui a tendance abîmer les profondeurs des mers et océans.
La pêche à la coquille Saint-Jacques induit souvent un chalutage des fonds marins qui a tendance à abîmer les profondeurs des mers et océans.  - Mathieu Pattier/Sipa

Dimitri Rogoff, pêcheur pendant trente ans, connaît parfaitement la zone de Chausey. « Pour moi, c’est l’un des plus beaux endroits du monde. Évidemment qu’il faut le protéger. Et oui, il y a un impact. Mais je refuse qu’on accuse les quelques bateaux qui y pêchent de tout détruire. La mer, ce n’est pas le far-west, il y a des zones réglementées, des endroits fermés. Notre problème numéro un, c’est notre mode de consommation et le réchauffement climatique qu’il induit », défend le responsable du Comité des pêches de Normandie. Il rejette l’idée de transformer Chausey en sanctuaire et plaide pour une pêche raisonnée, utilisant des engins adaptés. « Nous travaillons pour déterminer quelles pressions peuvent être supportées par cet environnement. Les pêcheurs ne vont pas agir sans réfléchir, car ils dépendent de cet écosystème et de cette ressource. Sans cela, il n’y aura plus de bateaux dans les ports. On nous montre du doigt, mais nous ne sommes qu’un pion dans le système. »

Notre dossier sur la pêche

Alors que l’archipel voisin de Jersey a instauré de nouvelles zones d’interdiction de pêche, les associations environnementales espèrent mieux protéger le corail breton, encore méconnu. Le maërl, présent au large de la Bretagne et de la Normandie, n’est pas menacé uniquement à Chausey. Selon l’Office français de la Biodiversité, « les derniers relevés dans l’anse du Poulmic montrent une forte dégradation de cet habitat » dans la rade de Brest ces dernières années. Si la pêche a des conséquences, l’agriculture semble également jouer un rôle dans la pollution des eaux marines à cause de l’excès de nutriments provenant des champs.