France

Présidentielle 2027 : Lisnard, Kasbarian, Ciotti… La politique de Milei transposable ?

Javier Milei sera investi en tant que nouveau président de l’Argentine le dimanche 10 décembre. Dans le classement de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse, l’Argentine a dégringolé de la 40e à la 66e place en un an de gouvernance Milei.


Javier Milei pourrait-il être élu en France ? La question reste sans réponse. Cependant, l’homme à la tronçonneuse semble attirer des soutiens dans l’Hexagone. Après qu’Éric Ciotti, le nouveau maire de Nice, a exprimé son souhait de s’inspirer de sa politique, David Lisnard, maire de Cannes et candidat à la présidentielle, ainsi que Guillaume Kasbarian, ancien ministre macroniste se revendiquant, plus ou moins directement, de la même ligne politique, ont récemment fait écho à cette tendance.

Cette ligne politique reste floue pour de nombreux Français. Javier Milei suscite de nombreux débats, étant qualifié de « Trump de la Pampa ». Pourtant, un équivalent pourrait-il exister en France et quelles seraient ses chances à la présidentielle de 2027 ?

**Supprimer l’État sauf pour la justice, la police et l’armée**

Pour Romain Dominati, cela semble possible. Ce Français ayant vécu sept ans en Argentine et possédant toujours un hôtel dans le pays a cofondé « Les Miléistes français », un groupe cherchant à promouvoir la politique du président argentin en France. « Je pense qu’il y a de plus en plus de gens qui en ont marre et qui sont sensibles à nos idées », affirme-t-il.

Mais quelles sont ces idées ? « Javier Milei est un anarcho-capitaliste, ou un libertarien. Il ne s’enferme pas dans la théorie, il cherche à réduire l’intervention de l’État à son strict minimum », précise Romain Dominati. Cela se résume à assurer uniquement la sécurité intérieure et extérieure, c’est-à-dire la justice, la police et l’armée. Sur le plan économique, il préconise « la liberté totale pour chacun », y compris en matière de mœurs, le tout avec une approche radicale tant sur le fond que sur la forme.

**Un courant ultralibéral… et ultraconservateur**

Cette caractérisation est cependant nuancée par David Copello, maître de conférences en science politique à l’Institut catholique de Paris et spécialiste de l’Amérique latine et de l’Argentine. Il estime que « Javier Milei se revendique ouvertement du paléo-libertarianisme, un courant ultraconservateur sur le plan social ». Ainsi, toutes les questions liées au genre, à la sexualité, à l’avortement ou à l’immigration sont rejetées. « Sur les valeurs morales, Javier Milei se classe clairement à l’extrême droite », précise-t-il.

Économiquement, « c’est de l’ultralibéralisme ». Néanmoins, David Copello distingue la théorie du programme gouvernemental de la réalité : « Dans la pratique, c’est plus complexe. Le gouvernement de Milei utilise les méthodes classiques de l’État pour défendre une cause ultralibérale, sans avoir pour autant supprimé la banque centrale ou dollarisé l’économie comme il l’avait promis, par exemple. » Romain Dominati évoque un certain « pragmatisme » : « Il sait qu’il ne peut pas sombrer dans l’utopie immédiatement. »

**« Un mode de gouvernement qui a des tendances très autoritaires »**

De plus, Javier Milei ne bénéficie pas d’un appareil politique bien établi, ce qui le contraint à établir des alliances temporaires avec les partis centristes et de droite argentins, un positionnement qu’il partage avec Emmanuel Macron. Cette situation n’est pas isolée. Milei gouverne avec un cercle restreint, ses proches, tels que sa sœur Karina et son conseiller Santiago Caputo, pouvant rapidement être écartés. Il pratique également un « darwinisme institutionnel », laissant ses associés se déchirer sans intervenir pour discernir le vainqueur.

« Son mode de gouvernement présente des tendances très autoritaires », commente David Copello, citant en exemple les restrictions sur le droit de manifester, les coupes dans les droits du travail et les traitements réservés aux opposants et aux journalistes. Selon le classement de Reporters sans frontières, l’Argentine a chuté de la 40e à la 66e place en termes de liberté de la presse en un an de présidence de Milei.

**Sarah Knafo ou Éric Zemmour en Milei français ?**

Romain Dominati estime que ces facteurs pourraient permettre l’émergence d’une telle ligne politique en France. « L’Argentine était figée par la bureaucratie et les normes. Nous sommes le pays le plus collectiviste du monde. De plus en plus de gens, notamment des jeunes retraités, en ont assez de payer pour tout et tout le monde dans un système qui ne fonctionne plus. Donc oui, je pense que ces idées peuvent être adaptées en France. »

Bien qu’aucun équivalent direct à Javier Milei ne semble exister en France, selon Romain Dominati, certains politiques se rapprochent sur le plan économique et la radicalité : David Lisnard, Guillaume Kasbarian ou même Christelle Morançais. « Toutefois, celle qui ressemble le plus à Milei serait probablement Sarah Knafo », précise-t-il.

Son style serait sans doute plus modéré que celui de Javier Milei. La brutalité affichée par le président argentin, tant dans le fond que dans la forme, pourrait ne pas être acceptée de la même manière en France. « Le discours en Argentine est souvent plus vulgaire, plus chargé d’émotions, plus spectaculaire. Son côté rockeur ne passerait pas de la même façon ici », admet le miléiste français. Cela pourrait cependant évoluer, tant la fenêtre d’Overton semble s’élargir en France.

Cependant, David Copello explique que ce style est également recherché par certains politiciens français : « Ils tentent de provoquer pour se démarquer. Lisnard avec sa déchiqueteuse à papier, Ciotti évoquant la tronçonneuse, même Valérie Pécresse qui parlait de couper dans les budgets à la hache. On reste néanmoins sur des profils beaucoup moins « outsiders » que Milei. »

**« Pas sûr que les Français accepteraient cela »**

En outre, ils se distinguent de l’Argentin, qui était relativement inconnu avant son élection comme député en 2021, deux ans avant d’accéder à la présidence, par des parcours politiques déjà bien ancrés. « Il devient donc délicat de jouer la carte de l’anti-système. Si je devais citer quelqu’un, je dirais qu’en termes de radicalité et de programme politique, le plus proche est Éric Zemmour. »

« Appliquer le programme de Milei en France entraînerait des conséquences encore plus drastiques qu’en Argentine. Les Français ne soupçonnent sans doute pas la réalité d’un Milei au pouvoir. Les coupes dans les retraites, le chômage, la Sécurité sociale, l’enseignement, cela représenterait un raz-de-marée en termes de transformation économique et sociale. Pas sûr que les Français accepteraient cela. La société argentine est très différente. Le taux d’emploi informel y atteint 40 %, un système de retraite existe, mais travailler jusqu’à 80 ans est courant. L’impact serait donc perçu différemment dans un État-providence comme la France. »