Rachat de SFR : un marché à trois opérateurs pourrait-il émerger ?
Le secteur de la téléphonie mobile en France devrait revenir à un modèle à trois opérateurs avec le rachat de SFR, pour lequel des « négociations exclusives » ont été annoncées ce vendredi. L’accord dévoilé vendredi prévoit que Bouygues Telecom héritera du segment « B2B », tandis que les offres grand public et les infrastructures seront partagées entre les trois acheteurs.

« Que les choses ont changé. Que les fleurs ont fané. Que le temps d’avant. C’était le temps d’avant… » Cela fait référence à la période précédant l’arrivée de Free sur le marché de la téléphonie mobile en 2012. Avec le rachat de SFR, pour lequel des « négociations exclusives » ont été annoncées ce vendredi, le secteur s’apprête à revenir à un modèle à trois opérateurs.
– Pourquoi passer à trois opérateurs ?
La réduction à trois opérateurs est soutenue depuis plusieurs années par les acteurs du marché français. « Ils perçoivent un marché à quatre comme excessivement concurrentiel », a déclaré à l’AFP Marc Bourreau, économiste en télécommunications et professeur à l’école d’ingénieurs Télécom Paris.
Après une croissance significative du nombre de nouvelles cartes SIM, l’augmentation globale du nombre d’abonnés mobiles ralentit depuis plusieurs années. « Les opérateurs n’ont plus vraiment la capacité d’attirer de nouveaux consommateurs, c’est un marché saturé, donc la concurrence est assez forte », a ajouté Marc Bourreau.
Dans ce contexte, tous les opérateurs se sont déclarés favorables à cette évolution. « Il ne fait aucun doute qu’une consolidation en France créera de la valeur pour toutes les parties prenantes, y compris pour nous », a souligné en octobre le directeur financier d’Orange, Laurent Martinez.
– Quelles conséquences sur les prix ?
Bien que les opérateurs espèrent réaliser des bénéfices plus importants sur un marché à trois, la question de la pérennité des prix bas préoccupe les observateurs et les acteurs publics. Selon une étude de l’Union européenne en 2022, les prix des forfaits mobiles et des abonnements fixes en France sont parmi les plus compétitifs d’Europe, notamment pour les forfaits haut de gamme.
Suite à l’officialisation de l’accord vendredi, le ministère de l’Économie a affirmé qu’il resterait « extrêmement vigilant », particulièrement concernant « l’impact sur les prix des abonnements pour les consommateurs ». « Il y aura probablement une petite hausse des prix », a précisé Stéphane Villard, associé chez Deloitte et spécialiste du secteur des télécoms. « Cependant, la structure à trois permet de maintenir une intensité concurrentielle suffisamment forte pour que l’augmentation des prix ne soit pas massive », a-t-il ajouté.
Dans leur communiqué de vendredi, les opérateurs ont voulu rassurer en indiquant qu’ils voulaient « préserver un écosystème concurrentiel au bénéfice des consommateurs ».
– Que deviendraient les clients SFR ?
Selon l’accord dévoilé vendredi, Bouygues Telecom devrait récupérer le segment « B2B », c’est-à-dire les offres destinées aux professionnels, tandis que les activités grand public et les infrastructures seraient réparties entre les trois acquéreurs. Cependant, les modalités précises concernant le transfert des abonnés SFR (mobile et box) n’ont pas été détaillées à ce stade. Des informations supplémentaires pourraient être communiquées si un accord définitif était atteint avant la fin de la période de négociations exclusives, qui se termine le 15 mai.
Cependant, Bouygues Telecom, Free (Iliad) et Orange avaient déjà esquissé un cadre pour le transfert des abonnés lors de la présentation de leur première offre de rachat en octobre. Ils avaient alors indiqué qu’en cas de validation du rachat, les actifs de SFR (Altice France) seraient d’abord transférés dans une société commune avant d’être intégrés chez Bouygues Telecom, Orange et Free.
L’offre de rachat actuellement en cours de négociation, si acceptée, devra également obtenir l’approbation des autorités de concurrence compétentes. L’avenir des 8.000 employés de SFR demeure, quant à lui, incertain. Plusieurs syndicats ont déjà demandé des garanties sur l’emploi dans le secteur.

