Jean Dujardin fête les 20 ans d’OSS 117 avec Hugues Dayez
Nicolas et Eric Altmayer ont racheté les droits des romans de Jean Bruce, qui avait créé le personnage d’Hubert Bonisseur de la Bath, dans les années 50. Le 3e volet, « Alerte rouge en Afrique noire », ne sortira qu’en 2021, et Nicolas Bedos, qui prend le relais à la réalisation, n’arrive pas à se hisser au niveau exceptionnel de qualité du numéro 2.
Un des mérites de la revue est de proposer des **interviews détaillées des principaux créateurs** de cette réjouissante parodie des films d’espionnage en général et des James Bond en particulier. À l’origine, l’idée émane d’un duo de producteurs, Nicolas et Eric Altmayer, qui ont acquis les droits des romans de Jean Bruce, créateur du personnage d’Hubert Bonisseur de la Bath, un espion de la CIA dans les années 50.
Dans les années 60, André Hunebelle, le réalisateur des « Fantômas », avait déjà adapté les exploits d’OSS 117 sur grand écran, à travers des films d’aventures au premier degré. Cependant, les frères Altmayer souhaitent le réinventer et sollicitent Jean-François Halin, un auteur des « Guignols de l’Info », pour moderniser le concept. Le réalisateur Michel Hazanavicius, une autre recrue de Canal + pour ce projet, a expliqué le coup de génie apporté par le scénariste.
**Michel Hazanavicius** : *Jean-François Halin a trouvé cette approche du personnage où, à mon sens, il a su exploiter les ressorts appropriés pour offrir **une sorte de vision d’un Français** avec toutes les imperfections que l’on peut prêter à ce Français moyen. Ainsi, il apparaît gentiment raciste, homophobe, misogyne, supérioriste, colonisateur, tout ce que l’on veut. Et nous avons poussé cela jusqu’à en faire de la comédie. Jean Dujardin parvient à sauver complètement ce personnage, lui donnant humanité, charme, innocence, naïveté, etc. Et son talent apporte beaucoup. Il y a aussi différents niveaux. Malgré tout, le fait qu’il nous fasse rire, même si parfois à ses dépens, est ce qui le rachète. *
Jean Dujardin a été immédiatement sélectionné pour le rôle par les frères Altmayer, qui avaient produit sa comédie « Brice de Nice ». Comment l’acteur, popularisé par la sitcom « Un gars, une fille », a-t-il réussi à incarner OSS 117, un parfait imbécile très confiant, tout en rendant le personnage **attachant aux yeux du public** ?
**Jean Dujardin** : *Le défi principal, c’est que ce personnage cumule toutes les tares. On pourrait le qualifier de **parfait crétin arrogant**. Comment le faire apprécier du spectateur malgré tout ? Je ne le sais toujours pas. Je pense que cela passe par une approche enfantine. Je ne veux jamais y mettre de la haine. J’essaie de ne jamais être complaisant envers le personnage, de ne pas le surplomber en intelligence, d’être très direct dans les effets. Je crois que ce sont mes traits d’enfance qui font qu’on voit qu’il est **totalement à côté de la plaque**. C’est plus de la candeur et de l’ignorance, de la naïveté, que du racisme pur. Ça s’exprime ainsi. Être rigide dans ses convictions, au premier degré et dire des choses comme ça, permet de pardonner à ce genre de personnage. Si je commence à me moquer de ses bêtises, à trouver le texte drôle, cela deviendrait insupportable. Ça pourrait sembler arrogant. Je pense que tout doit être clair. *
L’association Jean Dujardin/Michel Hazanavicius/Jean-François Halin représente une **alchimie rare au cinéma**. Le trio impressionne : en 2006, « OSS 117, Le Caire, nid d’espions » attire plus de 2 millions de spectateurs, et en 2009, le second film, « Rio ne répond plus », dépasse les 2 millions 500 000. Le troisième volet, « Alerte rouge en Afrique noire », ne sortira qu’en 2021, Hazanavicius étant passé à un autre projet, et Nicolas Bedos, son successeur à la réalisation, ne parvient pas à égaler la qualité exceptionnelle du numéro 2.
Qu’importe, **le personnage est devenu culte et la trilogie a réussi à imposer un humour parodique transgressif** très rare dans le cinéma français.

