Belgique

Jeudi en Prime : Yvan Verougstraete sur l’incapacité de l’État fédéral face à Donald Trump au Moyen-Orient.

Yvan Verougstraete, le président des Engagés, affirme que l’État « n’est pas en capacité aujourd’hui de compenser les bêtises de Donald Trump au Moyen-Orient » et que la Belgique devrait plaider au niveau européen pour dégager des marges de manœuvre pour investir dans la transition énergétique. La Banque nationale a chiffré à 42 millions les recettes supplémentaires engrangées par l’État, au maximum, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.


## Comment les Engagés souhaitent-ils aider la population ?

Que veulent les Engagés ? « Face à cette situation qui est compliquée pour la population, le rôle de l’Etat n’est pas de raconter n’importe quoi. Ce n’est pas de distribuer l’argent qu’il n’a pas », répond Yvan Verougstraete, le président des Engagés.

« Depuis le début, les Engagés plaident pour des mesures ciblées, temporaires, vers ceux qui en ont le plus besoin », poursuit le président, citant « celles et ceux qui doivent travailler avec leur véhicule et qui ne disposent pas de carte essence, les ménages qui sont en précarité et qui doivent se chauffer au mazout ainsi que certains secteurs comme les soignants ou les agriculteurs ». « On veut que le surplus de taxes, de TVA, qui pourrait être perçu par l’État sur cette augmentation du prix des carburants, puisse être redistribué, mais prioritairement et de manière ciblée, vers ces populations-là », précise-t-il.

Les Engagés s’éloignent de la piste du cliquet inversé, une mesure « simple à mettre en œuvre », mais « pas du tout ciblée ».

Dans tous les cas, ajoute Yvan Verougstraete, « avec les montants qu’on aura à disposition, on parle de 40-50 millions […] il ne faut pas raconter n’importe quoi, l’État fédéral n’est pas en capacité aujourd’hui de compenser les bêtises de Donald Trump au Moyen-Orient ».

Rappelons que la Banque nationale a chiffré à 42 millions les recettes supplémentaires engrangées par l’État, au maximum, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

Il y aurait donc des mesures ciblées. « Il y aura un signal réel de ce gouvernement. C’est important qu’il puisse faire sa part », estime le président des Engagés.

## De la marge de manœuvre au niveau européen ?

Au sein du gouvernement, ce vendredi, les Engagés demanderont aussi que la Belgique plaide au niveau européen pour qu’on y dégage des marges de manœuvre pour investir dans la transition énergétique.

« C’est-à-dire qu’on puisse investir massivement pour veiller à ce que ceux et celles qui, aujourd’hui, doivent se chauffer au mazout, puissent passer à l’électrification, puissent isoler leurs bâtis, et que ce montant d’investissement, très important, qui pourrait être fait aussi avec la Banque européenne d’investissement, puisse ne pas rentrer dans le calcul du déficit de l’État », explique Yvan Verougstraete.

## Taxer les surprofits des secteurs énergétiques ?

Du côté des Engagés, on plaide aussi pour une taxation des surprofits des entreprises pétrolières et gazières. Mais la Belgique a peu de moyens en la matière. « Dire qu’aujourd’hui il y a des surprofits exorbitants à capter en Belgique, ce n’est pas la vérité », explique Yvan Verougstraete.

« Là où il y a des surprofits, ce sont principalement les spéculateurs, ceux qui ont aujourd’hui accès à ces énergies, qui font de l’achat et de la vente et qui anticipent le fait qu’il y ait une ressource rare, pour, avec des stocks qu’ils ont produits au même montant, puissent les vendre beaucoup plus cher », poursuit-il. « Et ça, on a une petite chance d’y arriver au niveau européen ».

Raison pour laquelle le président des Engagés plaide pour que la Belgique se joigne à d’autres pays européens qui demandent à la Commission européenne d’agir pour capter ces surprofits. Il espère que le gouvernement belge décidera de s’engager dans cette voie.

Les États européens, et donc la Belgique, attendent aussi beaucoup de la fameuse « boîte à outils » que l’Europe prépare pour aider les États membres à faire face à la crise actuelle.

De manière générale, l’Europe doit être « beaucoup plus forte, plus ferme, plus proactive, que ce soit face à Trump, que ce soit face à Netanyahou, que ce soit face aux surprofits, que ce soit face aux multinationales », estime Yvan Verougstraete. « Nous sommes en danger pour notre prospérité », précise-t-il.

## La bonne entente règne-t-elle encore au sein du gouvernement ?

Difficile d’interviewer le président des Engagés sans qu’il soit aussi question du MR, l’autre formation politique francophone au sein de la coalition Arizona. Du côté du MR, le président Bouchez menace de bloquer le gouvernement s’il n’obtient pas satisfaction dans le dossier des aides face aux hausses des prix de l’énergie.

« Ce n’est pas à moi de commenter la technique des autres », répond Yvan Verougstraete, mettant en avant « plus de 20 propositions » faites par les Engagés « pour aider ceux et celles qui en ont vraiment besoin ». « C’est notre manière de travailler. Peut-être que c’est moins sexy que d’autres », ajoute-t-il. « J’ai toujours eu le sentiment dans ma carrière par le passé que fermeté ne demandait pas de crier. Et donc, je crois qu’on peut être ferme sur nos demandes, être exigeant, être clair, avoir tracé des lignes rouges, et ce n’est pas pour ça qu’il faut absolument faire des tonnes autour ».

Quand on lui demande s’il y a encore de l’entente au sein du gouvernement fédéral, alors que d’ici juillet il faudra encore se mettre d’accord sur des économies supplémentaires, Yvan Verougstraete se montre confiant. « Il y a des hommes et des femmes dans ce gouvernement, et en dehors de ce gouvernement, des présidents de partis qui sont des gens intelligents, rationnels, et qui prennent la mesure du défi qui est devant nous », affirme-t-il.

On rappellera que la réforme de la TVA sur le take-away retoquée par le Conseil d’État ne rapportera pas ce qui était prévu au budget de l’État et que, par ailleurs, le Bureau du Plan a estimé à 5 milliards d’euros les efforts budgétaires supplémentaires à réaliser.

## Pour un meilleur équilibre homme-femme

Cette semaine, le Bureau du Plan a aussi calculé l’impact de la réforme des pensions. Cet impact sera généralement plus négatif pour les femmes, car elles sont souvent des carrières davantage marquées par des interruptions et du travail à temps partiel.

Pour le président des Engagés, ce rapport du Bureau du Plan met en exergue la nécessité d’un changement dans l’organisation des carrières des femmes. « Pour cela, l’État, et notre rôle à tous, votre rôle, le mien, peut-être, aussi en tant qu’homme, c’est de continuer à évoluer dans la culture », explique-t-il.

Il donne l’exemple de son père, « le premier homme chez IBM à avoir décidé de travailler à trois-quarts temps pour permettre à ma maman de travailler à plein temps ». Concernant cet équilibre entre les carrières des hommes et des femmes, « l’État a un rôle à jouer. Pour pouvoir permettre aux parents de travailler, il doit garantir plus de places en crèche, de l’accueil en temps libre », avance Yvan Verougstraete.

« Il doit aussi veiller à ce qu’il y ait un accompagnement et une prise en considération du vrai travail qu’est de s’occuper d’un enfant. Et c’est pour ça que, comme engagé, on s’est battu pour les congés parentaux, les congés de soins, parce qu’on ne veut pas être une société où les congés de soins ne sont pas pris en considération comme le travail », ajoute-t-il.

Yvan Verougstraete suggère aussi plus d’équilibre dans la répartition des montants de retraite au sein des couples « si à un moment donné, il y en a un des deux qui décide de se mettre un peu en retrait et qu’il a des conséquences au niveau de sa retraite ».

En attendant que de telles mesures existent, la réforme des pensions aura été mise en œuvre. Pour Yvan Verougstraete, « pour toutes celles et ceux qui iront jusqu’à l’âge de la pension, il n’y aura pas d’impact ». Il faut ici plutôt comprendre qu’il n’y aura pas de malus pension pour ceux qui cocheront toutes les cases pour parvenir à y échapper.

## Être plus ferme face à Donald Trump

Que devrait envisager la Belgique par rapport à la guerre au Moyen-Orient ? Devra-t-elle s’impliquer après la guerre et le blocage du détroit d’Ormuz ? « Oui, il faut, une fois qu’il y aura la paix, parce qu’on ne va pas aller se mettre dans une guerre qui n’est pas la nôtre », répond Yvan Verougstraete.

Quelle attitude avoir face au président américain Trump et au Premier ministre israélien Netanyahou ? « L’Europe aujourd’hui n’est pas suffisamment forte et on doit avoir une réponse beaucoup plus forte face à ces tyrans, ces pyromanes que sont les Trump et les Netanyahou de ce monde », répond le président des Engagés. Celui-ci plaide pour « suspendre l’accord de coopération avec Israël ».

Quant à Donald Trump, « il faudrait rentrer dans un bras de fer avec M. Trump plutôt que de signer un accord de libre-échange avec les États-Unis », estime Yvan Verougstraete. « Il y a 300 milliards d’euros qui vont du marché européen vers les États-Unis chaque année. Si on lui envoyait le signal que demain, on va défavoriser, qu’on va mettre une petite taxe sur ces nouveaux moyens qui iraient vers les États-Unis, la bourse américaine, elle chute », explique le patron des Engagés.

« Aujourd’hui, la Chine, en menaçant sur les matériaux critiques rares, a des bateaux qui traversent le Détroit, comme par hasard. Eh bien, je pense que les Européens, il est temps qu’on soit matures et d’ailleurs, on obtiendra le respect », conclut Yvan Verougstraete.