Tozeur : Conflit moderne et traditionnel sur les croûtes
À Tozeur, les boulangeries modernes proposent une grande variété de pains, tels que les pains italiens dorés et les pains « mbeses » imbibés d’huile d’olive. Les familles de Tozeur continuent de privilégier la préparation de leur pain à la maison, valorisant ainsi le savoir-faire traditionnel et l’authenticité du pain pétri à la main.

Alors que les vitrines des boulangeries contemporaines se métamorphosent en véritables spectacles de saveurs variées pour attirer les clients, une odeur ancestrale continue de régner dans les cuisines de Tozeur : celle du pain fait à la main.
Entre la promotion de la diversité et l’engouement pour le fait-maison, une exquise résistance se forme autour du tajine en argile. Plus qu’un simple héritage, ce pain traditionnel se dresse contre l’uniformisation croissante, prouvant qu’au sein de l’oasis, les familles restent fidèles au savoir-faire de leurs mères.
La Presse — À Tozeur, alors que les rues s’animent d’un tintamarre incessant devant les boulangeries, une autre histoire, plus discrète et plus profonde, s’écrit à l’intérieur des foyers oasiens. C’est ici que le pain traditionnel, loin des tendances éphémères, se révèle être une résistance savoureuse face à la diversification croissante du marché.
Les attraits de la modernité : un marketing de la diversité
Il suffit de flâner dans les rues de la ville pour mesurer l’ampleur de ce phénomène. Les boulangeries modernes sont devenues de véritables vitrines de la mondialisation culinaire. Afin d’attirer une clientèle en quête de nouveauté, elles rivalisent d’imagination : pains italiens à la croûte dorée, pains «mbeses» généreusement arrosés d’huile d’olive, ou encore des créations garnies d’olives vertes, de graines de fenouil (besbas) ou de nigelle (habbat halawa).
Cette multitude de formes et de saveurs vise à satisfaire tous les palais, transformant le pain en un produit de consommation presque ludique. Cependant, malgré ces incessantes sollicitations sensorielles, cette diversité semble, pour bon nombre de familles de Tozeur, rester une option superficielle, incapable de déloger le véritable roi de la table.
Le tajine en argile : le dernier rempart
Car la véritable magie s’opère dans l’intimité des cuisines. Là où la boulangerie industrielle prône la rapidité et la variété, le foyer de Tozeur privilégie la patience et l’authenticité. Le pain fait maison n’est pas qu’un simple aliment ; c’est un acte mémoriel.
Le rituel débute par le pétrissage manuel de la pâte, un geste transmis de génération en génération. Mais l’élément central, le gardien du savoir-faire, demeure le tajine en argile. Installé sur un feu doux, il attend de recevoir la pâte étalée avec soin. C’est cette cuisson lente sur terre cuite qui confère au pain une texture et un parfum de terroir qu’aucune machine moderne ne peut égaler.
Le «rqaq» et le «chapati» : plus qu’une recette, une identité.
Ainsi naît le Rqaq, un pain fin et délicat qui incarne l’essence même de la région. Chaque bouchée évoque un voyage dans le temps, un rappel des souvenirs d’enfance ancrés dans la mémoire collective de chaque habitant.
Sur ces tajines domestiques, on retrouve aussi des versions locales du chapati, un pain robuste et réconfortant qui demeure le favori des familles. Pour les habitants de Tozeur, choisir de préparer leur pain à la maison plutôt que de céder à la commodité de l’achat en boutique, est une véritable déclaration d’affection à leur patrimoine. Cela prouve que, face à l’uniformisation des goûts, l’identité culinaire locale demeure le fondement de la convivialité familiale.
En fin de compte, bien que les boulangeries modernes apportent une touche de couleur et de variété au tissu urbain, elles ne parviennent pas à rompre le lien sacré qui unit les Tozeurois à leur pain traditionnel. Dans le débat actuel sur la diversité et la qualité des céréales, Tozeur offre une réponse claire : la véritable excellence ne réside pas dans la multiplicité des étiquettes, mais dans la chaleur d’un tajine en argile et le savoir-faire des mains qui pétrissent l’histoire.

