QRÂ : implications des « midterms » aux États-Unis ?
Les élections « de mi-mandat » aux États-Unis sont organisées deux ans presque jour pour jour après l’élection présidentielle, qui s’est tenue le 5 novembre 2024, et auront lieu le 3 novembre 2026. Lors de ces élections, les électeurs sont appelés à renouveler l’ensemble des élus à la Chambre des représentants, qui compte 435 membres élus pour un mandat de 2 ans, et à remplacer environ un tiers des membres du Sénat, qui compte 100 membres élus pour une période de 6 ans.
Bernard Piraux, de Beauraing, nous a posé cette question : « Aux États-Unis, les élections de mi-mandat semblent importantes, quelles sont leurs réelles implications ? »
### Un scrutin « à mi-mandat », vraiment ?
Les élections « de mi-mandat » ont lieu presque deux ans après l’élection du président des États-Unis. L’élection présidentielle s’est déroulée le 5 novembre 2024, et ces « midterms » se tiendront « le mardi suivant le premier lundi de novembre » de deux ans plus tard, soit le 3 novembre 2026.
Cependant, aux États-Unis, le mandat du président commence réellement le jour où il prête serment. Depuis 1933, cette cérémonie se déroule le 20 janvier. Le mandat présidentiel dure quatre ans et se termine également un 20 janvier, lorsqu’un successeur prête serment. Les élections de « mi-mandat » ne se tiennent donc pas vraiment à la moitié du mandat du président en fonction, mais deux ans après l’élection présidentielle.
En vérité, la démocratie américaine a été conçue pour que des élections aient lieu tous les 24 mois. « Tous les deux ans, on renouvelle l’ensemble de la Chambre des représentants et un tiers des membres du Sénat », explique Serge Jaumain, professeur d’Histoire contemporaine à l’ULB et directeur du Centre pour l’étude des Amériques, AmericaS. « On parle beaucoup des midterms, mais on oublie souvent qu’au moment du scrutin présidentiel, on a les mêmes élections. Au moment de la présidentielle, ce scrutin cache en quelque sorte ce qui se passe à la Chambre des représentants et au Sénat. »
### Concrètement, pour qui vont voter les Américains ?
Lors des « midterms », les électeurs votent pour renouveler l’ensemble des élus à la Chambre des représentants (chambre basse), qui compte 435 membres élus pour un mandat de 2 ans. Ces élus représentent directement la population, ce qui signifie que plus un État est peuplé, plus il est représenté. Par exemple, l’État le plus peuplé, la Californie, a 52 sièges, tandis que des États comme le Wyoming ou l’Alaska n’en ont qu’un.
Ces élections comprennent aussi le renouvellement d’environ un tiers du Sénat (chambre haute), qui compte 100 membres élus pour une période de 6 ans. Tous les deux ans, 33 ou 34 sénateurs doivent donc être remplacés. Cette année, 35 postes seront à pourvoir en raison d’élections spéciales pour remplacer des sénateurs quittant leur poste avant la fin de leur mandat.
Au Sénat des États-Unis, il n’y a pas de prorata en fonction de la population ; chaque État est représenté de manière égale : 2 sénateurs par État.
### Quel impact dans le cadre de l’équilibre des pouvoirs ?
Ces élections influencent grandement l’équilibre du Congrès, l’organe législatif fédéral composé de la Chambre des représentants et du Sénat. Elles déterminent donc la capacité du président des États-Unis à gouverner, étant donné qu’il doit obtenir l’aval du Congrès pour diverses décisions, notamment budgétaires.
« L’organisation des pouvoirs aux États-Unis consiste en trois pouvoirs qui, d’une certaine manière, se contrebalancent », analyse Serge Jaumain. « Le pouvoir présidentiel, le pouvoir législatif (le Congrès) et le pouvoir judiciaire. L’idée des pères de la Constitution américaine était réellement de contrebalancer le pouvoir du président. »
### Ces élections de mi-mandat peuvent-elles redessiner le paysage politique ?
Après l’élection présidentielle de novembre 2024, Donald Trump a remporté la victoire, non seulement à la présidence mais aussi grâce à la majorité républicaine à la Chambre des représentants (220 sièges pour les Républicains contre 215 pour les Démocrates) et au Sénat (53 républicains contre 47 démocrates). Ce contexte permet au président de gouverner plus librement, contrairement à un Congrès non favorable.
### « La plupart du temps, le parti du président perd ces élections »
Les élections de mi-mandat sont souvent considérées par les observateurs comme un « baromètre » de la présidence actuelle. « Après deux ans, les électeurs peuvent exprimer leur opinion sur la politique menée par le président », explique Serge Jaumain. « Le président a généralement fait des promesses. À mi-mandat, les électeurs réalisent souvent qu’elles ne sont pas tenues. »
Historique, « la plupart du temps, le parti du président perd ces élections. C’est une manière pour les électeurs de montrer leur désenchantement et d’exercer une pression sur le président alors qu’il lui reste deux ans de mandat. »
### Comment est positionné le camp Trump aujourd’hui ?
Le site RealClearPolling, un agrégateur de sondages, permet d’observer la cote de popularité de Donald Trump. Le 14 avril, près de six Américains sur 10 (56,6 %) disaient ne pas être d’accord avec sa politique, tandis que 41,1 % exprimaient une forme d’approbation.
C’est son niveau le plus bas depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, bien qu’il ait déjà connu des cotes plus basses durant son premier mandat.
De plus, des outils, comme celui du New York Times, scrutent les intentions de vote pour le Congrès. Les résultats montrent que le camp démocrate est bien positionné.
« Les démocrates bénéficient d’un léger avantage », écrit Caroline Soler, analyste des sondages pour le New York Times. « Ces premiers sondages suggèrent que cette tendance pourrait se confirmer en 2026. Les démocrates sont en tête dans la grande majorité des récents sondages, même si leur avance reste faible. Cependant, avec les redécoupages électoraux en cours dans plusieurs États, la proportion de voix nécessaire aux démocrates pour reconquérir la Chambre des représentants dépendra des modifications. »
Pour Serge Jaumain, il est difficile de prédire si le pouvoir va complètement basculer. « Mais on pourrait avoir un réel rééquilibrage des pouvoirs qui limiterait les pouvoirs du président. Aujourd’hui, on a l’impression que Donald Trump est tout-puissant. Si, lors des midterms, les démocrates remportent au moins la chambre des représentants, ses pouvoirs seront plus restreints. »
### Donald Trump et le contrôle du système électoral
Sous la présidence de Donald Trump, la régularité des scrutin soulève des préoccupations. En février, le Washington Post a rapporté que des partisans de Trump, proches de la Maison-Blanche, évoquent des allégations d’ingérence étrangère. Le Washington Post précise qu’ils « ont fait circuler un projet de décret présidentiel de 17 pages qui prétend que la Chine s’est ingérée dans l’élection de 2020, afin de déclencher une urgence nationale et débloquer des pouvoirs présidentiels extraordinaires » pour organiser les élections de Congrès.
Quels pourraient être ces pouvoirs d’urgence ? « Donald Trump conteste vivement le vote par correspondance » explique Serge Jaumain. « Les démocrates votent généralement par correspondance davantage que les républicains. Trump souhaiterait aussi que les électeurs présentent une preuve de leur citoyenneté, ce qui pourrait décourager certains électeurs, notamment parmi les couches les plus défavorisées. »
Aux États-Unis, il n’existe pas de système de carte d’identité, comme en Belgique. L’idée serait d’exiger une pièce d’identité avec photo, tel qu’un passeport ou un permis de conduire, mais beaucoup d’Américains parmi les plus démunis n’en possèdent pas. Certains pourraient ne pas être informés des nouvelles règles électorales mises en place et se trouver empêchés de voter.

