Aux Etats-Unis, la pellicule perdue d’un trésor du cinéma français est retrouvée.
Le coffre en bois a été dans la famille pendant un siècle et contenait un film perdu de Georges Méliès intitulé « Gugusse et l’automate », réalisé en 1897. Les archivistes de la Bibliothèque du Congrès ont passé une semaine à restaurer et numériser la bobine, qui est désormais accessible sur leur site.
Le vieux coffre en bois appartenait à la famille depuis un siècle, ayant été déplacé au fil des générations, passant du grenier à la grange, puis au garage. Personne ne savait qu’il renfermait un trésor du cinéma français. Cela a changé lorsque Bill McFarland, professeur à la retraite et arrière-petit-fils d’un projectionniste de Pennsylvanie rurale, a découvert de vieilles pellicules qu’il jugeait « trop précieuses pour être jetées ». Cependant, le septuagénaire « n’avait aucune idée de ce qu’elles représentaient » ni comment les projeter. Il a d’abord tenté de les vendre à un antiquaire, qui a refusé après avoir appris que les bobines en nitrate étaient très inflammables et pouvaient exploser. L’été dernier, Bill McFarland s’est donc rendu au Centre national de conservation de l’audiovisuel de la Bibliothèque du Congrès, situé à Culpeper, en Virginie. Parmi les dix bobines, il y avait un film perdu de Georges Méliès, pionnier français du cinéma, intitulé « Gugusse et l’automate », d’une durée de 45 secondes.
Ce film a été réalisé en 1897, deux ans après la première projection cinématographique publique organisée par les frères Lumière à Paris, auquel Georges Méliès, illusionniste, a assisté. Ce dernier deviendra célèbre pour ses expérimentations avec les premiers effets spéciaux au cinéma. Cinq ans plus tard, en 1902, il a réalisé « Le voyage dans la lune », considéré comme l’un des premiers films de science-fiction. Son dernier film a été produit en 1913, avant qu’il ne tombe dans l’oubli et ne devienne vendeur de jouets dans une boutique de la Gare Montparnasse, alors que le centre du cinéma se déplaçait de l’Europe vers l’Amérique.
Georges Méliès est considéré comme l’un des « premiers réalisateurs de films », selon George Willeman, responsable du fonds de bobines en nitrate à la Bibliothèque du Congrès. Celui-ci souligne que la pellicule retrouvée par Bill McFarland est probablement une copie de troisième génération de la bobine originale. Les films de Méliès ont été victimes de contrefaçon, ce qui fait de lui « l’un des premiers cinéastes confrontés au piratage ». De plus, il aurait détruit environ une centaine de ses négatifs, dont certains auraient été fondus pour fabriquer des bottes pour les soldats pendant la Première Guerre mondiale. Bien que « Gugusse et l’automate » figure dans le catalogue de l’illusionniste, il n’avait jamais été projeté avant que Bill McFarland ne dépose ses bobines à Culpeper, en septembre dernier.
Dans ce film, Georges Méliès incarne un magicien qui actionne la manivelle d’un automate qui grandit peu à peu, avant de frapper le magicien sur la tête avec un bâton. Ce dernier réplique en assénant des coups de marteau à l’automate, qui rétrécit puis disparaît complètement grâce à un processus de montage. « Ces scènes sont d’une grande précision pour un film aussi ancien, et les blagues sont intemporelles », s’émerveille Jason Evans Groth, conservateur des images animées de la Bibliothèque du Congrès. L’arrière-grand-père de Bill McFarland, William DeLyle Frisbee, est né en 1860 en Pennsylvanie. Pendant son temps libre, il laissait de côté ses champs de pommes de terre et ses ruches pour parcourir la campagne en calèche, avec un phonographe Edison dernier cri et une lanterne magique, puis plus tard, un projecteur et des films.
Des récits de ses voyages, consignés dans des carnets usés, témoignent des pérégrinations de William DeLyle Frisbee. « J’ai donné un spectacle à Garland, cinq dollars de recettes, public difficile », peut-on lire dans l’un de ses journaux, en référence à une petite ville de Pennsylvanie. « Je suppose qu’un samedi soir, ils avaient peut-être un peu trop bu », imagine Bill McFarland. « Peut-être y avait-il des clients déçus, ou simplement trop bruyants ? Ou peut-être étaient-ils excités à la vue des images ». Un siècle plus tard, les archivistes de la Bibliothèque du Congrès ont ressenti la même excitation face aux pellicules. Ils ont conservé ces précieuses bobines dans une chambre froide spécialement conçue pour éviter tout incendie lié au nitrate, aux côtés de dizaines de milliers d’autres films des temps d’or d’Hollywood.
Les archivistes ont passé une semaine à restaurer la bobine et à la numériser. Avec le temps, la pellicule avait rétréci et s’était déchirée, mais elle était malgré tout en bon état pour des négatifs restés des années dans un grenier ou une grange exposée au soleil. « Gugusse et l’automate » constitue désormais un morceau de l’histoire du cinéma, accessible sur le site de la Bibliothèque du Congrès.

