Algérie : Pape Léon XIV appelle au pardon lors de sa visite
Le pape Léon XIV a entamé lundi en Algérie sa première grande tournée internationale depuis son élection, une visite qui est la première d’un pape dans ce pays musulman. Au premier jour de sa visite de deux jours en Algérie, Léon XIV a rendu hommage, devant le monument des martyrs à Alger, aux victimes de la guerre d’indépendance contre la France (1954-1962).
Le pape Léon XIV a débuté lundi en Algérie sa première grande tournée internationale depuis son élection, une visite historique car c’est la première d’un pape dans ce pays à majorité musulmane. Cependant, cette visite a été perturbée avant son commencement par des critiques appuyées du président américain. À bord de l’avion qui l’emmenait de Rome à Alger, le pape a déclaré aux journalistes l’accompagnant qu’il n’avait pas « l’intention d’entrer dans un débat » avec Donald Trump et qu’il n’avait pas « peur » de son administration.
Sa réponse faisait suite aux remarques du président américain, qui s’est dit ne pas être « un grand fan » du pape. Léon XIV avait auparavant prononcé un discours appelant à mettre fin au conflit au Moyen-Orient. « Le pape Léon est FAIBLE face à la criminalité, et catastrophique en matière de politique étrangère », a ensuite écrit Donald Trump sur son réseau Truth Social. Les évêques italiens et américains ont exprimé leur soutien au chef de l’Église catholique, tandis que la Première ministre italienne Giorgia Meloni, bien que proche de Donald Trump, lui a souhaité un voyage fructueux, ce qui peut être perçu comme un geste de soutien envers le pape.
Au premier jour de sa visite de deux jours en Algérie, Léon XIV a rendu hommage, devant le monument des martyrs à Alger, aux victimes de la guerre d’indépendance contre la France (1954-1962). Sous un temps pluvieux et en présence de mesures de sécurité sévères, Léon XIV, visiblement ému, a déposé une gerbe de roses blanches avant de s’y recueillir en silence. Il a déclaré en anglais : « La paix qui permet d’envisager l’avenir avec un esprit réconcilié n’est possible que par le pardon », appelant à ne « pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération ».
La colonisation de l’Algérie par la France, commencée en 1830, a été marquée par de nombreux massacres, la destruction des structures socio-économiques et des déportations massives, selon des historiens. Quelques minutes auparavant, le pape avait été accueilli avec honneur par le président Abdelmadjid Tebboune, et il devait prononcer un discours devant les autorités et le corps diplomatique.
Dans l’après-midi, le pape devait visiter la Grande Mosquée, un complexe monumental avec le plus haut minaret du monde (267 m), avant de se rendre à la basilique Notre-Dame d’Afrique, un site chrétien emblématique du pays surplombant la baie d’Alger. Lors d’une célébration interreligieuse rassemblant chrétiens et musulmans, le chef des 1,4 milliard de catholiques lancera un appel à la fraternité dans un pays où l’islam sunnite est religion d’État et où les catholiques ne représentent pas plus de 0,01 % de la population de 47 millions d’habitants.
Ce déplacement marque le début de la première grande tournée internationale du pape de 70 ans, qui le mènera ensuite au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale (du 13 au 23 avril), pour un périple de 18 000 km à l’agenda chargé.
Pour cette visite, Alger a tiré parti de ses atouts, embellissant les routes avec des fleurs et les drapeaux jaune et blanc du Vatican. Toutefois, aucun bain de foule n’est prévu dans la capitale. Ce lundi, Léon XIV se recueillera également en privé dans la chapelle des 19 « martyrs d’Algérie », des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de la guerre civile (1992-2002). Dans un pèlerinage plus personnel, le pape se rendra mardi à Annaba (est), près de la frontière tunisienne, l’ancienne Hippone dont Saint Augustin (354-430), grand penseur chrétien, fut l’évêque.
Le voyage en Algérie « est très spécial », a déclaré Léon XIV avant son arrivée. Saint Augustin, dont l’héritage imprègne son pontificat, est « un pont très important dans le dialogue interreligieux », a-t-il ajouté. Immédiatement après son élection en mai 2025, depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre, Léon XIV s’était présenté comme « un fils de Saint Augustin » en référence à l’ordre qui porte son nom. Avant de devenir le chef de l’Église catholique en mai 2025, Robert Francis Prevost avait visité deux fois l’Algérie en tant que responsable de cet ordre, fondé au XIIIe siècle sur des principes de vie commune et de partage.

