Recharger une voiture électrique en 5 minutes : la révolution chinoise
BYD communique une puissance de charge de 1.500 kW, alors que les dernières générations de chargeurs rapides installés en 2026 plafonnent à 400 kW. Dans le courant de l’année, BYD prévoit d’installer 3.000 stations « FLASH Charging » en Europe.
De l’industrie automobile chinoise, les annonces spectaculaires sur une nouvelle révolution dans la mobilité électrique ne sont pas rares. Récemment, lorsque BYD a déclaré pouvoir recharger un véhicule en 5 minutes, les Européens ont esquissé un sourire, attendant de constater la véracité de cette promesse. Aujourd’hui, ils n’ont plus le même sourire, même Tesla, avec ses Superchargeurs, semble désormais dépassé.
BYD évoque une puissance de charge de 1.500 kW, alors que les dernières générations de chargeurs rapides, prévues pour 2026, atteignent seulement 400 kW. Toutefois, une telle puissance ne sert à rien si la batterie n’est pas conçue pour la supporter. C’est précisément là que BYD fait forte impression.
Le géant chinois a également lancé une nouvelle marque, Denza, accompagné d’une nouvelle génération de batteries « Blade » et de son système « FLASH Charging ». Ensemble, ces innovations permettent une recharge de 10 à 70 % en 5 minutes et de 10 à 97 % en moins de 10 minutes. De plus, même en cas de températures très basses, le temps de chargement n’augmente que de 3 minutes.
Pour présenter cette innovation, BYD a investi dans un événement marquant : privatisation de l’opéra Garnier à Paris, réservation d’une partie du circuit de Mortefontaine pour une semaine, invitation de délégations d’Europe et présence de Stella Li, la dirigeante reconnue comme manager automobile de l’année 2025.
L’événement modernisé a été rehaussé par la présence d’une multitude d’influenceurs, publiant des vidéos de l’événement sur les réseaux sociaux. Cela a permis d’informer instantanément des millions de suiveurs sur la nouvelle marque, représentant ainsi une publicité idéale à moindre coût.
Le lendemain, les influenceurs ont cédé la place à des journalistes et de nombreux employés de BYD. L’objectif était de s’assurer que tout soit à la hauteur des attentes. Au programme, des démonstrations de drift, des concours de manœuvres entre une voiture autonome et une autre conduite par des journalistes (la première l’emportant systématiquement), et des démonstrations de roulage « en crabe ». La Denza Z9GT s’est révélée impressionnante.
Avec 1.156 ch répartis sur trois moteurs et ses quatre roues directrices, elle peut quasiment tourner sur elle-même en ajustant la rotation des roues et en faisant glisser les pneus. Certains pourraient la qualifier de gadget ou de caprice technologique, mais il semble que cette innovation trouve un écho favorable en Chine.
Nous avons pu essayer le véhicule sur la route ouverte et confirmer sa conception solide. Un temps d’adaptation de quelques jours aurait été nécessaire pour maîtriser les multiples fonctions et fournir un avis complet, mais cela n’était pas l’objectif principal.
Le moment fort de l’événement fut la démonstration du système de recharge rapide. BYD a établi à Mortefontaine le premier « FLASH Charging » européen, conçu pour permettre la recharge simultanée de deux véhicules. Les câbles sont maintenus au-dessus du sol par des rails coulissants, ce qui rend le processus non seulement plus simple, mais aussi moins salissant.
Lors de cette démonstration, les chiffres ont défilé sur grand écran. La batterie de 122 kWh (trois fois celle de la Renault 5) gagnait en moyenne un kilomètre par seconde. En 5 minutes, il était possible d’atteindre deux tiers de capacité. Tandis que les autres systèmes ralentissent à 80 %, le FLASH Charging maintient sa puissance. La charge s’est arrêtée à 97 % en 9 minutes et 20 secondes, un véritable record, permettant de récupérer près de 600 km d’autonomie.
« C’est une technologie qui lève le dernier frein de l’électromobilité », a expliqué Alexandre Bonhomme, responsable marketing produits chez BYD France. « Pour éviter de surcharger le réseau, notre chargeur est équipé de deux grandes batteries, également Blade, situées dans des armoires. Elles stockent l’énergie et agissent comme un tampon afin de ne pas demander au réseau jusqu’à 1.500 kW instantanément. » Cela permet de charger deux véhicules en toute sécurité.
Bien que la vitesse de charge, l’un des plus gros défauts de la mobilité électrique, semble disparaitre en théorie, il faut relativiser. Ce système n’est opérationnel que lorsque tous les composants sont réunis : batterie « Blade », électronique embarquée et « FLASH Charging ». Le développement a nécessité six années de travail de la part de milliers d’ingénieurs.
Nathalie Job, professeur en ingénierie chimique à l’université de Liège et spécialiste des batteries, souligne : « BYD travaille depuis 25 ans dans ce domaine avec pas moins de 120.000 ingénieurs. Cela dépasse le nombre d’ingénieurs formés chaque année en France et en Allemagne. Considérez qu’un million et demi d’ingénieurs diplômés sortent des écoles chinoises chaque année. BYD a acquis un avantage considérable, notamment en production. Ce qui est novateur n’est pas tant la batterie, qui utilise la technologie LFP (Lithium-Fer-Phosphate), moins dense que les NMC classiques, mais surtout l’électronique embarquée. BYD a un système intégré qui fonctionne efficacement. »
Ainsi, si vous ne possédez pas une Denza, à 115.000 euros pour la version électrique et 101.000 euros pour l’hybride, ou une BYD équipée de batteries Blade de dernière génération, vous ne pourrez pas bénéficier de cette puissance de recharge. En ce qui concerne les 1.500 kW annoncés pour le chargeur, BYD précise qu’il s’agit d’une valeur maximale, et que la Denza peut accepter « 1.000 kW et plus ».
Durant l’année, BYD prévoit d’installer 3.000 stations « FLASH Charging » en Europe, tant dans ses concessions — où une recharge gratuite de 18 mois est offerte lors de l’achat — que sur des stations existantes le long des grands axes. Le groupe n’a pas encore divulgué d’informations concernant la compatibilité avec d’autres marques de voitures ni le prix du kWh, qui varie selon la localisation.
Naturellement, la recharge rapide ne concernera dans un premier temps qu’un nombre limité de clients. Cependant, cette technologie a le mérite d’exister et de fonctionner. D’autres fabricants de batteries, de voitures ou de chargeurs s’en inspireront sûrement. Néanmoins, il reste encore du chemin à parcourir avant que toutes les voitures électriques puissent être rechargées aussi rapidement qu’un plein de carburant. Ce qu’a réussi BYD était encore considéré comme de la science-fiction il y a quelques années.

