Giorgia Meloni face à sa première crise politique en Italie
Les 22 et 23 mars derniers, les Italiens étaient invités à participer à un référendum sur la réforme du système judiciaire, la participation à ce vote ayant été exceptionnelle, soit près de 60% de participation. Le « non » l’a emporté avec 54% des voix, ce qui a conduit Giorgia Meloni à promettre de gouverner l’Italie « jusqu’au dernier jour », c’est-à-dire, jusqu’aux élections législatives en 2027.
Les 22 et 23 mars derniers, les Italiens ont été appelés à voter lors d’un référendum concernant une réforme du système judiciaire. Cette réforme proposait de modifier la Constitution afin de séparer les carrières des juges et des procureurs, d’ajuster le statut des magistrats et d’améliorer l’efficacité et l’indépendance de la justice. C’est ainsi que la Première ministre Giorgia Meloni a présenté ce projet qu’elle défend depuis le début de son mandat. Toutefois, cette réforme a suscité de vives critiques de la part de l’opposition de gauche, qui craignait qu’elle ne réduise l’indépendance du pouvoir judiciaire, comme l’a exprimé la présidente du Parti démocrate, Elly Schlein.
La campagne menée en amont de ce référendum a amplifié les tensions entre la droite et la gauche, tensions qui se sont reflétées dans les résultats des urnes. Le « non » a triomphé avec 54 % des voix. Selon les médias italiens, ce référendum s’est transformé en un plébiscite visant Giorgia Meloni. Un véritable choc pour la Première ministre et son gouvernement, comme l’explique Enrico Traversa, professeur invité en droit européen à l’université de Bologne et observateur de la politique italienne : « C’était une très mauvaise surprise pour le gouvernement. On peut dire que c’était un vote de méfiance des électeurs vis-à-vis du gouvernement, d’autant plus que la participation au vote était anormalement élevée. »
La participation à ce scrutin a en effet été remarquable, atteignant près de 60 %, un niveau rarement obtenu pour un référendum constitutionnel en Italie. Avec ce résultat, les Italiens ont clairement rejeté la réforme de la justice, même si ce vote a pris une dimension davantage symbolique : « Le contenu de cette réforme constitutionnelle du Conseil supérieur de la magistrature était très juridique. Il est évident que l’immense majorité des électeurs n’y comprenait pas grand-chose. Qui sait dans la rue en Italie quelles sont les compétences du Conseil supérieur de la magistrature ? Il faut une licence en droit pour connaître tout ça, » précise Enrico Traversa.
Les deux dernières semaines précédant le vote ont pris l’allure d’une véritable campagne pour ou contre le gouvernement, selon le professeur de l’université de Bologne : « J’étais à l’université pour donner mes cours. J’ai pu constater que les deux dernières semaines de campagne électorale ont vu une mobilisation de jeunes absolument exceptionnelle. Ce sont des millions et des millions de jeunes qui sont allés voter. »
Malgré ce résultat, la Première ministre n’a montré aucun signe de démission, contrairement à un de ses prédécesseurs, comme le rappelle Enrico Traversa : « Il y a dix ans, Matteo Renzi, qui était Premier ministre de l’Italie à l’époque, avait dû se poser la question de sa confiance suite au résultat d’un référendum négatif. Il a été obligé, moralement, de donner sa démission, alors que Madame Meloni n’est pas du tout impliquée dans les résultats du référendum. Le gouvernement va donc continuer jusqu’à la fin de la législature. »
Giorgia Meloni a en effet promis de gouverner l’Italie « jusqu’au dernier jour », c’est-à-dire jusqu’aux élections législatives en 2027.
Le rejet par les Italiens de la réforme a également des conséquences sur une autre réforme constitutionnelle. Celle-ci, défendue par Giorgia Meloni depuis le début de son mandat, visait à permettre l’élection du Premier ministre au suffrage universel direct. Ce projet avait déjà fait l’objet de critiques, certains y voyant un moyen pour la Première ministre d’extrême droite de conserver son poste au-delà de 2027.
Enrico Traversa qualifie ces projets de « dangereux » : « Si cette réforme – sur la justice – avait été approuvée par les électeurs, Giorgia Meloni aurait immédiatement relancé la procédure pour faire valider une seconde réforme constitutionnelle, beaucoup plus grave et dangereuse, c’est l’élection directe du Premier ministre. Tous les pouvoirs reviendraient au Premier ministre, sans prérogatives pour le président de la République et le Parlement. Le Premier ministre aurait pu ordonner au président de la République de dissoudre le Parlement en cas de vote de méfiance. »
Au-delà de ses projets de réforme, il semble que Giorgia Meloni subisse les conséquences de son amitié avec le président américain. Cela est particulièrement vrai depuis le début de la guerre en Iran et la nouvelle crise énergétique. L’Italie est très préoccupée par l’impact de ce conflit sur le prix de l’énergie, car le pays dépend fortement des importations, tout en ayant peu investi dans les énergies renouvelables ces dernières années.
Carlo Calenda, sénateur de l’opposition, a exprimé sur X que selon lui, « la proximité avec Trump a beaucoup nui à Mme Meloni et à son gouvernement », ce qui expliquerait en partie la défaite au référendum. Enrico Traversa partage cette analyse : « Giorgia Meloni a pris ses distances par rapport à la guerre en Iran, condamnant de facto ce conflit. Son amitié avec Donald Trump s’est refroidie. Cela lui a coûté des dizaines, voire des centaines de milliers de voix, notamment chez les jeunes. » Cette situation a incité Meloni à se rapprocher davantage d’autres chefs de gouvernement européens, y compris le chancelier allemand.
Son parti, Fratelli d’Italia (FDI), demeure cependant en tête des sondages et Giorgia Meloni a réussi à convaincre de nombreux détracteurs grâce à son style de gouvernance. Le reste de son mandat, qui s’étend sur une année et demie, déterminera si la Première ministre parviendra à maintenir son image de gagnante.

