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Hongrie : les élections législatives peuvent-elles mettre fin à Viktor Orban ?

7,5 millions d’électeurs sont appelés aux urnes à travers le pays, plus de 500.000 ressortissants enregistrés à l’étranger. Les analystes s’attendent à un taux de participation record, de l’ordre de 75%, avec de premiers résultats partiels attendus peu après la clôture des votes.


7,5 millions d’électeurs doivent se rendre aux urnes à travers le pays, avec plus de 500.000 Hongrois enregistrés à l’étranger. Les citoyens doivent choisir parmi cinq partis en compétition, dans un système électoral majoritaire mixte qui favorise largement le Fidesz de Viktor Orban.

Les sondages d’instituts indépendants anticipent une victoire écrasante pour le parti Tisza, dirigé par le conservateur pro-européen Peter Magyar, qui a su, en deux ans, constituer un mouvement d’opposition capable de rivaliser avec le Premier ministre nationaliste hongrois, dont la popularité a chuté parallèlement à la croissance du pays.

En revanche, les institutions proches du pouvoir pronostiquent la victoire de la coalition Fidesz/KDNP emmenée par Viktor Orban, qui recherche un cinquième mandat consécutif. Cependant, des signes d’inquiétude se font sentir au sein du Fidesz, qui bénéficie du soutien actif du président américain Donald Trump. Cette semaine, le vice-président américain J.D. Vance s’est rendu à Budapest pour vanter les mérites de Viktor Orban et critiquer l’ingérence des « bureaucrates de Bruxelles ».

Donald Trump lui-même a multiplié les messages vendredi, promettant de mettre la « puissance économique » des États-Unis au service de Viktor Orban, qu’il considère comme un défenseur de la lutte contre l’immigration et de la « civilisation occidentale ».

### La lassitude européenne

Viktor Orban, qui a transformé son pays de 9,5 millions d’habitants en un modèle de démocratie illibérale, est perçu comme un symbole par de nombreux mouvements d’extrême droite à travers le monde. Proche du président russe Vladimir Poutine, il a régulièrement critiqué les sanctions de l’Union européenne contre la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022.

Bien que Bruxelles ait évité de se prononcer ouvertement sur les élections, un diplomate européen affirme que « la plupart des États membres seront plutôt heureux de se débarrasser d’Orban », ajoutant que « la patience a atteint ses limites ».

Âgé de 62 ans, Viktor Orban s’est souvent opposé aux 26 autres pays membres et Bruxelles, qui l’accuse de saper l’État de droit, a gelé des milliards d’euros de financements.

### Une campagne « purement négative » du Fidesz

Pendant sa campagne, il a promis de continuer sa répression contre les « fausses organisations de la société civile, les journalistes vendus, les juges (et) les politiciens ». Andrea Szabo, du Centre des sciences sociales de l’université ELTE, juge que « s’il l’emporte, cela signifiera clairement un basculement vers l’autoritarisme ».

Orban s’est également présenté comme un rempart contre l’Ukraine, qu’il accuse de vouloir entraîner les Hongrois dans la guerre. Mais face à une économie stagnante et une corruption trop évidente, cet argument ne semble pas avoir trouvé écho, selon les analystes.

« Le Fidesz a décidé de mener une campagne purement négative », souligne Andrea Szabo. « Il n’y a pas un seul message qui puisse vraiment rassembler la nation. Au contraire, ils n’ont parlé que de la guerre, la guerre et encore la guerre. »

### « Donnez sa chance au changement »

Peter Magyar, 45 ans, qui parcourt inlassablement la Hongrie depuis mi-février, s’est engagé à améliorer les services publics, en particulier dans la santé et l’éducation.

« Donnez sa chance au changement ! », a exhorté cet ancien membre du Fidesz lors d’un meeting jeudi, promettant de s’attaquer à la corruption, de restaurer les institutions démocratiques et de faire de la Hongrie un membre fidèle de l’Union européenne, dont elle fait partie depuis 2004.

### Accusations d’ingérence

« Il est important qu’il y ait vraiment une nouvelle ère, une nouvelle Hongrie vivable », a déclaré à l’AFP Daniel Pasztor, retraité de 60 ans, lors d’un autre meeting vendredi. En revanche, Attila Szoke, un chauffeur de taxi quinquagénaire, a déclaré jeudi lors d’un meeting de Viktor Orban : « Une victoire de Tisza serait vraiment terrible pour la Hongrie ».

Les analystes s’attendent à un taux de participation record, d’environ 75%, avec des résultats partiels attendus peu après la fermeture des bureaux de vote. Toutefois, en cas de résultats serrés, le vainqueur pourrait ne pas être connu avant la fin complète du dépouillement samedi, selon le Bureau électoral national.

Alors que l’opposition hongroise craint que Viktor Orban ne reconnaisse pas les résultats des élections, des accusations d’ingérence russe et d’achat massif de voix par le Fidesz ont émergé. Le dirigeant nationaliste a en retour accusé Tisza de « comploter avec des services de renseignement étrangers » pour manipuler les résultats.