Hongrie : Viktor Orbán change le système électoral pour éviter le vote populaire ?
Peter Magyar est largement donné en tête des sondages indépendants, mais l’optimisme de ses partisans reste mesuré en raison des surprises que peut réserver le système électoral hongrois. Lors des dernières élections, le Fidesz a obtenu 54% des voix et 68% des sièges, conservant ainsi sa super-majorité des deux tiers.
Même si Peter Magyar est largement en tête dans les sondages indépendants, l’optimisme de ses partisans reste prudent. Ils savent que le système électoral hongrois peut réserver des surprises.
La Hongrie ne possède qu’une chambre dans son parlement, mais son scrutin est mixte. Le Parlement compte 199 sièges renouvelables tous les quatre ans.
**Deux scrutins pour deux types d’élus au Parlement**
Lors des élections législatives, l’électeur hongrois remplit deux bulletins de vote.
D’abord, il y a **106 sièges élus au scrutin uninominal majoritaire à un tour** dans autant de circonscriptions électorales. Ce système est simple, mais comporte des spécificités.
Toutes les circonscriptions n’ont pas la même population. Ainsi, obtenir un mandat dans les circonscriptions moins peuplées coûte « moins cher », et celles-ci se trouvent souvent en province, dans des zones rurales où l’électorat est conservateur et plus vulnérable à la propagande du gouvernement, qui contrôle la majorité des médias en Hongrie.
Par conséquent, un siège à Budapest, où l’électorat est plus progressiste et éduqué, « coûte » plus de voix qu’un mandat dans un village éloigné, avec un écart allant jusqu’à 20 %.
S’ajoutent ensuite **93 sièges pourvus au scrutin proportionnel plurinominal de liste**, avec un seuil électoral de 5 % au sein d’une circonscription unique nationale.
**Le système de compensation des voix**
Ce scrutin proportionnel est qualifié de « compensation » : au-delà des voix pour les listes nationales, les partis recueillent également des suffrages « fragmentaires » du scrutin uninominal, c’est-à-dire les voix excédentaires nécessaires à l’obtention d’un siège.
La restitution de voix perdues à l’échelle locale pour un pot commun est fréquente dans de nombreux systèmes électoraux. Toutefois, en Hongrie, le gagnant bénéficie également d’un dispositif de rattrapage : les voix superflues pour remporter le scrutin uninominal majoritaire sont également ajoutées au pot commun national de sa liste.
Cette méthode de répartition se fait selon le scrutin proportionnel d’Hondt, offrant ainsi une prime au gagnant, instance instaurée par Viktor Orbán lorsqu’il était à la tête du gouvernement.
Cela permet à un parti d’obtenir près des deux tiers des **sièges** avec seulement 50 % des **voix**, offrant ainsi une super-majorité propice à des modifications constitutionnelles et à la prise de décisions controversées.
**Une super-majorité avec seulement la moitié des votes**
Ce phénomène s’est déjà produit par le passé (pourcentages arrondis) :
– En 2010 : le Fidesz remporte 53 % des voix et 64 % des sièges, battant ainsi les socialistes.
– En 2014 : le Fidesz conserve le pouvoir avec 45 % des voix et 67 % des sièges.
– En 2018 : le Fidesz, avec son allié KDNP, totalise 49 % des voix et 67 % des sièges.
– En 2022 : le Fidesz obtient 54 % des voix et 68 % des sièges, préservant sa super-majorité face à « Unis pour la Hongrie », la coalition d’opposition, qui totalise 35 % des voix et 28 % des sièges, ainsi que 6 % des voix et 3 % des sièges pour Mi Hazank, le nouveau parti d’extrême droite.
Lors des dernières élections, les sondages s’étaient révélés inexacts. Cette fois, les résultats des instituts de sondage indépendants prévoient une avance de Peter Magyar, le candidat d’opposition, fluctuante entre 6 et 16 %.
Selon certaines analyses, un parti doit devancer son principal adversaire d’environ 5 points de pourcentage pour assurer une majorité simple, en raison du découpage des circonscriptions et du système de compensation des voix. Pour obtenir une super-majorité, au moins 10 points d’avance sont nécessaires.
Ce mécanisme a jusqu’alors favorisé Viktor Orbán, mais pourrait bénéficier à l’opposition si elle atteint les résultats annoncés.
**Trucs et trucages**
Tout ce qui précède est une question de mathématiques, mais d’autres facteurs peuvent également influencer les élections en Hongrie.
Pour renforcer l’effet détaillé ci-dessus, le pouvoir a souvent redessiné les circonscriptions à son avantage, diluant ainsi l’opposition et facilitant l’élection de ses propres candidats.
Des observateurs politiques décrivent le système électoral hongrois comme « libre mais pas juste », car 80 % des médias, tant publics que privés, sont contrôlés par le gouvernement, laissant peu de place aux voix d’opposition.
Des experts rapportent des ingérences russes. Un réseau géré depuis l’étranger, ayant influencé les élections néerlandaises l’an dernier, aurait été relocalisé pour promouvoir des contenus pro-Orbán sur X avant les élections en Hongrie, selon l’ONG Alliance4Europe.
Viktor Orbán a contre-attaqué en affirmant que ses « adversaires » cherchaient à créer « le chaos » pour contester leur victoire. Il accuse de « complot avec des services de renseignement étrangers« , évoquant des « menaces de violence » à l’encontre de ses partisans et des « accusations de fraude électorale fabriquées » sans fournir de preuves.
De nombreux Hongrois vivant à l’étranger craignent que leur vote exprimé dans certains pays, notamment en Europe occidentale, ne soit manipulé par des membres fidèles au pouvoir dans les consulats. Ainsi, beaucoup profitent des congés de Pâques, se terminant ce dimanche en Hongrie, pour revenir voter dans des bureaux plus fiables à leurs yeux.
Le tourisme électoral suscite également des inquiétudes quant à des irrégularités : il est possible en Hongrie de s’inscrire pour voter hors de sa circonscription, par exemple pour un long week-end.
Il convient enfin de souligner que des sièges sont réservés à certaines minorités, si celles-ci obtiennent suffisamment de voix. En pratique, cette mesure bénéficie principalement aux minorités allemande et rom, n’ayant pas un poids significatif dans les équilibres politiques.
Le système de vote hybride et le redécoupage des circonscriptions illuminent la domination du Fidesz sur 16 ans de vie politique en Hongrie. Cependant, ces éléments pourraient à présent se retourner contre lui. Il est essentiel de garder en mémoire que décrocher une majorité ne suffit pas pour l’emporter en Hongrie.

